Art

Fondation Louis Vuitton Entre art et audace

À la lisière du bois de Boulogne, l'édifice conçu par la “starchitecte” Frank Gehry déploie ses ailes de verre. Une prouesse architecturale voulue par Bernard Arnault, le président du groupe LVMH, et dédiée à la création artistique contemporaine.

Mon premier ressemble à un nuage. Mon deuxième déploie ses ailes, mon troisième pourrait s’envoler, et mon tout est… la Fondation Louis Vuitton, « un espace qui ouvre le dialogue entre le public et les artistes », explique Bernard Arnault, le président du groupe LVMH. En la réalisant, Frank Gehry, génie de l’architecture internationale – il a reçu le Prix Pritzker en 1989 –, signe l’un des premiers chefs-d’œuvre de l’architecture du XXIe siècle, dans lequel il combine, avec éclat, puissance, élégance et poésie.

Construit sur un terrain de la Ville de Paris, l’édifice de plus de 10 000 m2, qui reviendra dans cinquante-cinq ans à la municipalité, ne passe pas inaperçu. La partie centrale en béton blanc, surnommée l’iceberg, posée sur un bassin créé de toutes pièces, s’inscrit harmonieusement dans l’environnement, jouant ainsi des effets de miroir entre le ciel et l’eau. C’est en déambulant au cœur du bâtiment qu’on en expérimente la beauté renversante. Sur les terrasses, le visiteur découvre Paris autrement. Avec un champ de vision à 360°, la tour Eiffel apparaît au loin, le bois de Boulogne s’étend devant, les tours de la Défense sont à deux pas. « Il s’établit un rapport entre le bâtiment et la nature, entre l’eau, la forêt et le ciel », note Jean-Paul Claverie, conseiller de Bernard Arnault depuis les années 90.

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Fondation Louis Vuitton

8 avenue du Mahatma Gandhi 75016 Paris Tel : 01 40 69 96 00 www.fondationlouisvuitton.fr
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Un édifice, véritable sculpture architecturale

Deux expositions consacrées à Frank Gehry, l’une sur l’ensemble de son œuvre au Centre Pompidou, l’autre sur cette réalisation à la Fondation Louis Vuitton, permettent de mieux comprendre la genèse de ce projet pharaonique. Cet espace abrite l’une des plus grandes fondations d’entreprise privée en Europe, grâce à l’engagement du mécénat du groupe LVMH. Elle s’inscrit dans l’héritage d’une longue relation avec les créateurs. Féru d’architecture, Bernard Arnault a choisi Frank Gehry pour construire “son rêve” à la suite d’une visite au musée Guggenheim de Bilbao. Sans doute a-t-il été séduit par le style de l’Américano-Canadien, plus proche de la sculpture que de l’architecture, en ce qu’il fuit les lignes droites, entrechoque les volumes, révolutionne les modes de construction.

Cent ingénieurs pour relever les défis

En 2002, Frank Gehry visitait les lieux. « J’ai imaginé Marcel Proust, déambulant au XIXe siècle dans ce jardin d’Acclimatation. Et je n’ai jamais pu rêver d’autre chose qu’un édifice en verre comme le Grand Palais pour Paris », se souvient l’architecte, aujourd’hui âgé de 86 ans mais à la silhouette toujours aussi alerte. Il commença à dessiner les premiers croquis, imaginant, sur un bout de papier, un nuage de verre. Une pure folie ! De la ténacité et de la patience, il en aura fallu. Le président de LVMH brava alors tous les obstacles administratifs, juridiques et surtout… techniques. Il demanda à plus de cent ingénieurs de mettre leurs talents au service de l’architecte. Ce qui fut fait, avec le soutien de Dassault Systèmes. Trente brevets d’innovations technologiques furent déposés. Les 12 500 m2 de verrières sont formés de 3 600 panneaux uniques, moulés sur mesure, ce qui constitue en soi un façonnage révolutionnaire. Ces voiles de verre s’entremêlent à d’énormes piliers de mélèze venant de la Forêt-Noire, traversées par des structures en acier et soutenues par des panneaux de Ductal, un béton blanc aussi doux qu’une peau. Force, douceur et lumière, trois mots qui résument parfaitement cet édifice. En 2006, le projet est lancé ; en 2008, la première pierre, posée. Six ans plus tard, la Fondation ouvre ses portes. « Aujourd’hui, lorsque je regarde cet endroit, pensé il y a quelques années, j’aimerais changer certaines choses. Mais cela n’est plus possible ! », déclare Frank Gehry, un brin espiègle. Murs droits, plafonds d’équerre, puits de lumière naturelle pour douze salles de tailles différentes constituent autant de “cubes blancs” mis à la disposition des artistes. L’édifice est conçu pour être flexible, en mouvement permanent, à l’image de la création contemporaine. « J’ai créé le violon. À Suzanne Pagé d’en jouer désormais », déclare l’architecte.

La directrice artistique de la Fondation, qui officia auparavant pendant trente-trois ans au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, détaille avec enthousiasme les grands axes d’exposition : « Jusqu’en mars 2015, le programme inaugural de la Fondation s’organise en trois temps, conçu chacun autour d’un accrochage, d’un choix précis plus ou moins développé de la Collection, composée d’œuvres appartenant à la Fondation et à la collection de Bernard Arnault, ainsi que divers événements pluridisciplinaires. Le public doit vivre une expérience émotionnelle », explique cette fougueuse grande dame de l’art contemporain. Citons le Dano-Islandais Olafur Eliasson et son mirage de soleil d’hiver composé par quarante-trois colonnes avec deux faces miroir et une face en mosaïque de lumière jaune, qui apparaît comme une promenade ludique d’une simplicité enfantine. La vidéo, certaines sont réalisées par Pierre Huyghe et Christian Boltanski, apparaît comme une solution idéale pour des architectures très présentes comme celle de la Fondation Louis Vuitton. La sculpture se doit d’être monumentale dans pareil palais de géant. Et donc, Thomas Schütte et son jeune sourcier qui garde les pieds dans la boue, blanche comme lui, donnent à la démesure du lieu quelque chose d’ancestral. La Fondation a également la volonté de s’ouvrir à d’autres univers que l’art pur, et plus particulièrement à celui de la musique. Le prodige Lang Lang va se mettre au piano. Puis le groupe Kraftwerk, mythique initiateur de la musique électronique, investira l’auditorium modulable à souhait, sorte d’écrin de l’ensemble des toiles commandées à Ellsworth Kelly, Tarek Atoui et Dominique Gonzalez-Foerster.

Le parcours au sein de cet iceberg de verre se prolonge de deux manières différentes. Soit par une halte à la librairie qui présente une grande variété d’ouvrages et de jeux éducatifs autour de l’art. Soit par une pause gastronomique au restaurant Le Frank, dont la carte a été confiée aux soins du chef étoilé Jean-Louis Nomicos, propriétaire dans le 16e des Tablettes. Abrités dans une bulle tout en verre et bois, les convives peuvent déguster des mets délicats sous d’immenses lampes poissons, imaginées par Frank Gehry himself ! Cette nouvelle aventure culturelle parisienne est un rêve enfin devenu réalité.

« J'ai créé le violon. À Suzanne Pagé d'en jouer désormais », déclare l'architecte.

Bertrand Lavier – Empress of India ©ADAGP, Paris 2014 ©Fondation Louis Vuitton Marc Domage

Cette nouvelle aventure culturelle parisienne est un rêve enfin devenu réalité

Par Fabrice Léonard - Publié le

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