Art

Monumenta Ça chine au plus haut

Après Richard Serra, Christian Boltanski, Anish Kapoor ou encore Ilya et Emilia Kabakov lors de la dernière édition en 2013, c’est au tour de l’artiste d’origine chinoise Huang Yong Ping d’investir les 13 000 m2 du Grand Palais. Peu connu du grand public, cet homme à l’allure frêle va pourtant créer l’œuvre la plus grande au monde jamais construite dans un bâtiment ! Un monstre-serpent de 250 mètres de long, symbole de l’univers. Visite à l’atelier de Monumenta Empires !

À quelques enjambées de la gare d’Ivry-sur-Seine, Huang Yong Ping, 62 ans, invite à pénétrer dans son atelier. Deux jours avant le début de la construction de la plus grande œuvre jamais réalisée en intérieur dans le monde, l’ambiance est au travail, à la concentration, aux derniers rectificatifs. Les équipes sont plus qu’investies par ce projet unique et gigantesque. Dernière recommandation du galeriste Kamel Mennour qui représente, soutient et encourage Huang Yong Ping : « Tout va bien se passer. Quoi qu’il arrive, il faut toujours rester positif. Il y a toujours des solutions. Gardez le sourire. » Au sol, superbe, la maquette au 1/20e du Grand Palais avec Empires, cette œuvre incroyable, démesurée qui prend 90 % de l’espace de l’atelier. Attention ! Tout le monde ici marche en chaussettes, le galeriste montre l’exemple, pour ne rien abîmer et ne pas apporter de la poussière. Le visiteur a l’impression d’être devant un grand jeu merveilleux dont on se demande quelles sont les règles. Trois cents containers de bateaux forment huit montagnes, dont une de plus de 10 mètres de haut, sur lesquelles se pose le squelette d’un impressionnant monstre-serpent aux 102 dents et long de 250 mètres. Au centre, une copie exacte d’un bicorne de Napoléon numérisé en format extra-large donnera l’ombre dans la lumière du Grand Palais. Ailleurs dans Paris, Ai Wei Wei vient d’enlever ses gigantesques cerfs-volants de la voûte du Bon Marché, la scène artistique chinoise explose les cimaises de la fondation Vuitton, Lu Chao dévoile ses “foules” à la galerie Obadia… La Chine ? Bien plus qu’à l’honneur en ce printemps parisien.

“Huang Yong Ping. Empires-Monumenta 2016”
Jusqu’au 18 juin. Fermé le mardi. 10 €.

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Monumenta Grand Palais

3 Avenue du Général Eisenhower, 75008, Paris www.grandpalais.fr
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Interview

Dans quel état d’esprit êtes-vous arrivé en France en 1989 pour l’exposition “Les Magiciens de la Terre” au Centre Pompidou et à la Grande Halle de la Villette ?

Huang Yong Ping : c’était la première fois que je sortais de Chine. J’avais juste ma valise. Les chars envahissaient le centre de Pékin. Je n’avais pas de plan. Rester à Paris était une chance.

Vous dites « Le zen est Dada, Dada est zen », êtes-vous toujours d’accord avec cela ?

HYP : le dadaïsme fait partie de l’histoire de l’art alors que le zen est notre religion. Mon travail est à l’image d’un pont qui veut relier ces deux philosophies comme l’Orient et l’Occident par exemple. Je veux créer des ponts. Entre les mythes, les économies, le commerce, les catastrophes, les civilisations. Car je n’ai plus vraiment de pays d’origine. Il y a beaucoup d’artistes de ma génération et d’autres plus jeunes qui sont comme cela. L’artiste est tout le temps en mouvement. L’art ne peut être enfermé dans une nationalité. L’artiste doit sortir. C’est une façon de penser. Je dis toujours « frapper l’Orient avec l’Occident et frapper l’Occident avec l’Orient ». Quand je vivais en Chine j’utilisais des méthodes liées à l’art occidental et conceptuel, des méthodes liées au processus plutôtqu’à l’objet lui-même qui rentrait vraiment en contradiction avec ce qui était enseigné dans les écoles de mon pays. À partir de 1989, arrivé en Occident, j’ai commencé à utiliser des méthodes, des références liées plutôt à la tradition chinoise. Il faut toujours étudier une problématique avec une distance. C’est cette stratégie de frapper l’un avec l’autre.

Que signifie pour vous le Grand Palais ?

HYP : c’est un lieu où je peux justement travailler avec l’histoire, le politique, le contexte social. Ce projet s’appelle Empires pour Monumenta et pour le Grand Palais. Car il y a cette même notion de monumentalité dans ces trois mots, cette notion d’empire industriel à son apogée et le chaos.

En quoi consiste votre projet ?

HYP : c’est un projet assez simple. La première chose importante est le grand portique créé avec les containers. La deuxième, le contraste entre le serpent en mouvement et les containers stables et géométriques. C’est comme le yin et le yang. C’est le souffle universel, le qi qui se transforme sans cesse et donne à l’univers et aux êtres leurs formes dans le bouddhisme Tchan. La troisième, le chapeau noir de Napoléon épicentre autour duquel tout tourne. Le Grand Palais se situe seulement à un kilomètre des Invalides. C’est l’histoire qui entre dans l’œuvre. C’est ce chapeauqui symbolise les guerres de Napoléon, mais aussi bien sûr toutes les guerres actuelles économiques, politiques et sociales que je veux dénoncer. Les grandeurs et les décadences, l’hégémonie et le déclin.

Qu’elle est la place de l’homme dans votre œuvre ?

HYP : L’homme est toujours présent. C’est l’homme qui fait l’œuvre et c’est l’homme qui visite et regarde l’œuvre.

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Par Anne Kerner. Photos : Jean-François Gaté, Fabrice Seixas - Publié le

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