Evénement

La Biennale Paris 2017 Les antiquaires font peau neuve

Pour réveiller une affluence en berne et le désir d’un public – international notamment – refroidi par les attentats de 2015 et 2016, la Biennale Paris opère sa mue, en douceur, parfois dans la continuité. Elle demeure l’un des plus beaux musées éphémères, avec vue sur le ciel par la verrière du Grand Palais, à visiter du 11 au 17 septembre.

C’est une double révolution qui se joue au Grand Palais. Après avoir adopté un nouveau nom l’an passé, troquant cinquante ans de tradition sous le label de la Biennale des Antiquaires pour choisir celui de Biennale Paris, l’événement change de rythme en s’annualisant. C’est sous cette forme, plus courte également et plus dynamique, que prendront place sous la nef du Grand Palais une centaine d’antiquaires dont un tiers vient de l’international. Une nef transformée en immense musée éphémère pluridisciplinaire où se croiseront une faune de collectionneurs acharnés et une foule de passionnés venus simplement pour le plaisir des yeux. Car l’inédit, la rareté, l’étonnement sont au rendez-vous de cette édition, qui multiplie les curiosités, à l’instar d’une toile de Picasso présentée par la galerie Hélène Bailly, qui joue les Arcimboldo. Dans cet extraordinaire Paysage anthropomorphe, le maître a en effet caché, dans les plis d’un rocher, un visage d’homme âgé qui pourrait bien être le sien tant il ressemble à son profil peint dans la série L’artiste et son modèle.

Autre curiosité à ne pas rater : quatre tapisseries commandées par Colbert à la Manufacture Royale des Gobelins et finement exécutées par les plus grands lissiers de leur époque entre 1665 et 1673 à partir des Chasses de Maximilien. Cette fameuse tenture de Bruxelles en douze pièces, réalisée au XVIe siècle et conservée au Louvre, retrace douze mois de chasses impériales, d’après des cartons du peintre flamand Barend Van Orley.

Pour se mesurer à la relativité à laquelle incitent les arts ancestraux, il faut admirer les rondeurs d’une statuette en albâtre gypseux présentée par la galerie Kevorkian, réalisée sous le Néolithique récent (Ve-IVe millénaire avant Jésus-Christ) du côté de l’Anatolie Occidentale. Du haut de ses 13 centimètres, 6 000 ans d’histoire nous contemplent !

Alors que l’on célèbre cette année le cinquantenaire de la mort de René Magritte, La Boon Art Gallery rend hommage au surréaliste belge en présentant deux de ses œuvres à la profondeur métaphysique. Il faut en effet laisser le regard s’égarer dans l’univers suprasensible de L’Oracle (1931) et des Perfections célestes en quatre panneaux (1930).

De son côté, la galerie Berès expose un objet on ne peut plus bohème et précieux : un tambourin peint par Manet en 1879. Intitulé Espagnols, et conservé dans son état original, orné de ses rubans et de ses dessins à l’encre de Chine, il témoigne de l’admiration du peintre pour les maîtres espagnols. En effet, la danseuse de flamenco, éventail brandi, pose devant la même silhouette enturbannée qu’un des personnages des Majas au Balcon de Goya. Au rayon peinture, on notera enfin la présence d’une toile inédite d’Auguste Herbin – chef-d’œuvre de l’abstraction géométrique dont il fut un précurseur – peinte en 1918 (galerie Damien Boquet Art), ainsi qu’un pastel délicat d’Odilon Redon intitulé Eve (galerie Taménaga).

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La Biennale Paris Nef du Grand Palais

8 Avenue Winston Churchill, 75008, Paris www.biennale-paris.com
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Projecteur sur une grande collection

Clou de l’événement, un coup de projecteur sera mis sur une grande collection, à travers une exposition qui s’accompagne de la parution d’un livre d’art. Cette année, c’est celle des Barbier-Mueller qui est explorée, et à travers les 130 œuvres présentées, toute la saga d’une famille helvète sur 110 ans et quatre générations. Elle est initiée par Josef Mueller, connaisseur avisé de la peinture de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, mais aussi un esprit libre et un pionnier dans l’âme, qui s’intéresse très tôt aux arts primitifs… Ceux-là mêmes qui fascineront tant sa fille Monique, son gendre Jean-Paul Barbier et leurs descendants. Parmi les pièces exposées, on verra la toile qui a inauguré cette fabuleuse collection : La jeune fille à la capucine du peintre suisse Cuno Amiet, acquise en 1907. Alors étudiant, Joseph Mueller n’hésitera jamais à casser sa tirelire ni à s’endetter pour succomber à sa passion, et, sa clairvoyance pour révéler ceux qui deviendront les maîtres du XXe siècle n’a pas de limite.

Sa passion se poursuit donc brillamment avec Jean-Paul Barbier, qui fut un mécène actif du musée du Quai Branly, et dont le nom est révéré en Suisse. Le musée ouvert avec sa femme, à Genève, en 1977, fait référence avec ses 7 000 pièces qui constituent l’un des plus importants ensembles d’art primitif au monde.

Aujourd’hui, cette collection unique est perpétuée par la génération suivante, celle de Jean-Gabriel (spécialiste d’art des Samouraï), de Stéphane (expert en numismatique et en peintures du XVIIIe) et de Thierry Barbier-Mueller (collectionneur d’art contemporain). La relève est déjà dans les starting-block, avec Diane Barbier-Mueller, qui illustre la quatrième génération.

Dans une mise en scène « imaginée comme une immersion dans l’intimité des collectionneurs », selon Laurence Mattet, directrice générale du musée Barbier-Mueller, on découvrira l’étonnante diversité de cette collection protéiforme. En voici quelques spécimens.

Le Masque nous emmène au Congo français, au XIXe siècle. On a longtemps pensé qu’il avait inspiré les visages oblongs des Demoiselles d’Avignon de Picasso. Ce fut démenti sans le moindre doute en 1984, lors de l’exposition “Le Primitivisme dans l’art du XXe siècle”, lorsque l’historien d’art William Rubin démontra simplement que la toile avait été peinte dix ans avant qu’il ne soit découvert. Un autre masque du Congo ayant appartenu à un maître du cubisme, André Lhote, figurera à ses côtés, tout comme celui qui fut propriété d’André Derain, ainsi qu’une statuette de Guinée-Conakry qui appartint à Vlaminck. Issu de l’exceptionnelle Samurai collection d’Ann & Gabriel Barbier-Mueller, la plus importante au monde en dehors du Japon, on verra également le travail exceptionnel réalisé au XVIIe siècle (au début de la période d’Edo) sur un casque japonais – Kawari Kabuto – en forme de coquille saint-jacques, en bois, cuir et carton laqués. À l’autre bout de la chaîne de la création, sera présentée Woman in Tub, une sculpture de Jeff Koons datant de 1988.

Enfin, la Biennale ne serait pas la Biennale sans la présence des grands joailliers internationaux, ces artistes de la gemmologie qui réjouissent tant le public. Le haut diamantaire indien Nirav Modi dévoile notamment une spectaculaire parure qui affiche au compteur 100 carats de diamants et 40 carats de rubis. La maison de haute joaillerie Boghossian, mythe parmi les mythes de l’univers des brillants, suscite l’émoi avec sa collection Les Merveilles. Cette parure (collier et boucles d’oreilles) ornée de diamants jaunes d’un côté, blancs de l’autre, est réversible selon que l’humeur soit à la lune ou au soleil, grâce à un ingénieux mécanisme. Mais un mécanisme autrement plus complexe attend aussi les amateurs de belles tocantes et d’équations impossibles, qui trouveront à n’en pas douter matière à réflexion, avec la mystérieuse montre sans aiguilles de l’horloger suisse DeWitt, baptisée Academia Mathematical.

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Élu à la tête du Syndicat National des Antiquaires en novembre dernier, Mathias Ary Jan inaugure la version annuelle de la Biennale des Antiquaires rebaptisée La Biennale Paris. Sa galerie, située dans le 8e arrondissement, fait référence chez les collectionneurs d’art orientaliste et de la Belle Époque. Elle présentera d’ailleurs lors du salon des œuvres de Victor Gabriel Gilbert, de Frits Thaulow et de l’Orientaliste Édouard Frédéric Richter. Dès aujourd’hui, il nous donne un avant-goût de l’édition 2017 de La Biennale Paris.

Quelle est la spécificité de La Biennale Paris ?

La particularité de La Biennale Paris est de présenter un vaste panorama artistique, où l’ensemble des spécialités du marché de l’art se côtoie sous la nef du Grand Palais. Nous y découvrirons aussi bien des œuvres majeures que des pièces plus confidentielles tels les objets de marines ou les panneaux de laque, absents depuis plusieurs années des grands évènements culturels. La joaillerie internationale sera également au rendez-vous car notre désir est de retisser le lien avec les grandes maisons de la place Vendôme pour 2018. Toute la force, la singularité et le dynamisme de la Biennale Paris ont comme ADN son histoire, son dîner de gala unique au monde sous la majestueuse nef du Grand Palais, une exposition muséale des collections Barbier-Mueller et des galeries présentant leurs plus belles découvertes. Par ailleurs, nous avons élaboré de nouveaux standards et les critères de la Commission d’Admission des Œuvres (CAO) sont les plus exigeants au monde.

Ne craignez-vous pas que l’annualisation de la Biennale puisse entraîner une désaffection du public ?

Au contraire, tout l’enjeu de cette annualisation est de fidéliser les collectionneurs et les amateurs d’art en occupant l’espace médiatique. Paris devient désormais le point de départ de la rentrée artistique au niveau international, le rendez-vous incontournable de la saison.

À quoi va ressembler la scénographie de cette édition ?

Des nouveautés seront apportées à l’élégante scénographie 2016 de Nathalie Crinière, avec notamment des allées et un centre végétalisés. Nous avons également fermé le Salon d’Honneur pour renforcer le dynamisme de la Nef, afin que chaque exposant soit traité sur un pied d’égalité. Quel que soit l’emplacement, toutes les œuvres seront mises en valeur. Comme à chaque Biennale, les galeries font un effort tout particulier pour la mise en scène de leur stand en faisant appel à des designers et architectes d’intérieur.

En 2016, la Biennale a enregistré une baisse de sa fréquentation, des Américains en particulier, en raison notamment des attentats de Paris et de Nice. Êtes-vous optimiste cette année ?

Je suis très optimiste pour plusieurs raisons. En premier, le rayonnement international de Christopher Forbes, nouveau président de La Biennale Paris, totalement investi dans son rôle. Le lien est créé également avec les American Friends of The Louvre à travers Becca Cason Thrash, présidente des grands donateurs du musée et membre de notre Comité d’Honneur. En second, des partenariats ont été noués avec des événements concomitants, comme Chantilly Arts & Elegance Richard Mille, le rendez-vous des plus grands collectionneurs de voitures anciennes, lesquels sont également amateurs d’art. D’autres synergies sont mises en place avec des expositions d’art majeures. La Biennale est un musée à ciel ouvert, pluridisciplinaire, et les exposants sont des passionnés, qui ont tous à cœur de partager leurs connaissances auprès du grand public. Des visites seront organisées, exactement comme dans un musée. Enfin, chaque année, une grande exposition sera consacrée à une collection exceptionnelle et donnera lieu à l’édition d’un livre d’art aux éditions Glénat. Je suis résolument confiant quant à la réussite de cet événement et le public, à n’en pas douter, sera au rendez-vous.

La Biennale Paris
Du 11 au 17 septembre

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Par Florence Halimi. Photos : - Publié le

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