Evénement

La Biennale Paris continue sa mue

Depuis plus d’un demi-siècle, l’historique Biennale Paris témoigne de l’art de vivre français. La Biennale 2018 marque un nouveau tournant en s’associant avec les salons Paris Design Week (6 au 15 septembre) et Maison & Objet (7 au 11 septembre) pour créer l’événement art déco de septembre à Paris. Une 30e édition décoiffante
du 8 au 16 septembre au Grand Palais !

« Paris est exceptionnelle. Elle demeure la dernière capitale au monde à avoir autant de galeries accessibles avec le Carré des Antiquaires, le quartier Matignon et les puces », témoigne Mathias Ary Jan, président du Syndicat National des Antiquaires depuis 2016 et propriétaire d’une galerie à son nom. En effet, ni Londres, ni New York, ni Maastricht, ni aucune autre grande ville de la planète ne possède une telle concentration d’œuvres remarquables dans toutes les spécialités. « Être à la tête de la Biennale signifie un engagement total avec mon conseil d’administration pour défendre la place prestigieuse du marché parisien », poursuit ce passionné de peinture du XIXe siècle, spécialisé dans l’Orientalisme et la peinture Belle Époque depuis plus de dix ans.

Fondée en 1962 sous l’impulsion d’André Malraux, qui lui ouvre les portes du Grand Palais, l’ancienne Biennale des Antiquaires, devenue Biennale Paris, accueille les plus prestigieux décorateurs, joailliers, libraires et marchands. Collectionneurs et célébrités se bousculent à son bal puis à son dîner de gala initié en 1996. Ici règnent le faste, l’élégance, le glamour. L’art si recherché du vivre à la française.

Cet événement, aussi spectaculaire que prestigieux, a certes un peu perdu de sa notoriété depuis les années 1990 face à la concurrence d’autres événements artistiques et à la montée en puissance de la Fiac. Mais l’institution se « tourne désormais vers l’avenir » poursuit Mathias Ary Jan, plus déterminé que jamais.

P

La Biennale Paris Grand Palais

Avenue Winston Churchill, 75008, Paris www.labiennaleparis.com
Voir l’itinéraire

En effet, La Biennale confirme son nouveau calendrier annuel afin de faire partie de l’agenda et du dynamisme des foires internationales. Elle cherche aussi à capter les synergies indispensables à son développement en s’ouvrant au design et à la création contemporaine. Preuve en est son partenariat avec la Paris Design Week (lire l’article ici), le Salon Maison & Objet et les Journées Européennes du Patrimoine (lire l’article ici) pour créer un seul et grand événement. « Nous avons plus de pouvoir ensemble pour attirer la clientèle avec un volume de marchandise de qualité, confie Mathias Ary Jan (ici à droite). Nous avons ainsi obtenu pour la première fois dans notre histoire, le pavoisement des Champs-Élysées. Mais c’est surtout la présence de tous les collectionneurs et de tous les décorateurs du monde entier rassemblés autour de la valorisation des métiers d’art et du patrimoine, au même moment début septembre à Paris, qui permettra à la Biennale de se tourner vers le XXIe siècle. » Le plus grand rassemblement au monde lié aux arts décoratifs et au commerce de l‘ameublement se met en place !

Une année de nouveautés

Au sein de l’écrin du Grand Palais, l’équipe de la Biennale Paris, avec à sa tête Christopher Forbes, apporte d’importantes nouveautés à ce merveilleux musée éphémère. La clarté d’abord. Avec un nouveau plan attendu depuis des années ! Deux grandes allées suppriment les contre-allées et placent les 85 stands au même niveau. La confiance ensuite. Avec la garantie des sources des objets donnée à une commission d’experts. Celle-ci, rigueur oblige, est renforcée par un laboratoire scientifique carrément « ancré sur place pouvant intervenir lorsqu’un commissaire peut émettre un doute sur une œuvre », insiste Mathias Ary Jan. L’esprit champagne, évidemment ! Avec la scénographie de « Jean-Charles de Castelbajac qui a toujours eu une sensibilité pour le passé tourné vers l’avenir. » L’hommage historique, bien sûr. Avec une exposition hors-norme dans la Nef de Pierre-Jean Chalençon qui possède l’une des collections napoléoniennes les plus prestigieuses au monde qu’il rassemble depuis son enfance. Le dîner de gala enfin avec « Christopher Forbes qui a fait un travail extraordinaire en faveur de la fondation ALIPH pour la protection du patrimoine dans les zones en conflits ». Ce dîner « demeure toujours aussi important », conclut le président du Syndicat National des Antiquaires. L’art de vivre à la française lance donc une nouvelle saison à Paris. 2018 promet une ébullition sans commune mesure dans la capitale. Comme l’art contemporain en octobre et la photographie en novembre, Paris redevient la vitrine de l’excellence et du raffinement en septembre.

biennale-paris-Mathias-Ary-Jan-syndicat-antiquaires-france-2018

Jean-Charles de Castelbajac : une scénographie colorée

Qu’avez-vous ressenti lorsque l’on vous a demandé de réaliser la scénographie de la Biennale Paris ?

J’ai ressenti beaucoup de curiosité et beaucoup d’intérêt car j’aime l’histoire et elle est toujours présente dans mon cœur. J’aime les grandes scénographies qui interpellent. J’avais déjà travaillé pour les Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ), réalisé une installation célébrant la mort d’Henri IV sur le Pont Neuf, le travail de scénographie a ponctué toute ma carrière. C’est un moyen d’amener des éléments d’histoire en voie d’oubli et de les ramener dans la modernité. C’est un défi.

Qu’elle est votre vision pour la Biennale Paris ?

Mon intention s’est cristallisée sur la collection de Pierre-Jean Chalençon qui est une réunion extraordinaire de souvenirs sur l’Empire. J’ai voulu faire un geste qui se propage sur toute la Biennale et qui parte de son cœur comme un signal, comme un signe fort de modernité. Mon idée était d’envisager ce projet comme si j’avais été convoqué par l’empereur à Fontainebleau et qu’il me demande : « Castelbajac, mon image est un peu vieillissante, j’ai le plus beau nom du monde, je suis face à une concurrence extraordinaire de toutes les marques de luxe, pouvez-vous repenser mon logo, ma scénographie mon image, pour que les jeunes appréhendent ma vision comme quelque chose d’ultra-contemporain. » C’est cela le challenge de l’histoire. C’est cela le projet. Ce n’est pas de magnifier mais d’inspirer.

Comment avez-vous conçu ce projet ?

Je suis parti d’une idée très simple, d’abord la structure de la tente omniprésente dans l’histoire de l’Empire. J’ai créé un carrousel monumental d’étendards de 26 mètres de long aux couleurs de la modernité, fortes et vives de la vie, où sont incarnés tous les êtres qui composaient le premier cercle de l’empereur. Les couleurs descendent vers le sol et se reflètent dans un carré de miroirs, qui est le réceptacle de la collection de Pierre-Jean Chalençon. Ce cube de miroirs, je l’ai envisagé comme un pop-up store, comme si Napoléon devenait une marque. Le nouveau logo de l’empereur sème le trouble en devenant ultra contemporain.

Comment faire pour qu’aux yeux d’une jeune génération de visiteurs, Napoléon devienne désirable ?

Je ne cesse de travailler dans cette lutte aujourd’hui entre l’histoire, les marques de luxe et la société de consommation. Votre geste est audacieux… C’est un geste très audacieux pour le Grand Palais mais qui a été très bien accueilli. Nous avons été toute une équipe avec le président, le SNA, le Grand Palais pour relancer la Biennale. J’espère que d’autres suivront et que ce geste interpellera. La Biennale est une énergie merveilleuse. Les antiquaires sont des explorateurs et je suis de leur côté pour leur donner les bannières de demain. Sortie le 20 septembre sur Arte d’un moyen-métrage sur l’épopée Pop de Jean Charles de Castelbajac.

Par Anne Kerner. Photos : Galerie Ana Chiclana, Madrid-Paris / Th. Hennocque / Galerie Perrin, Paris - Publié le

Vous aimerez sûrement les articles suivants…

Rejoignez-nous sur Instagram Suivre @ParisCapitale