Exposition

Martin Margiela, aux musées des Arts Décoratifs & Galliera

Deux expositions rétrospectives consacrent l’immense créateur de mode belge Martin Margiela. L’une retrace son parcours au musée Galliera, l’autre ses années de collaboration avec la maison Hermès au musée des Arts Décoratifs.

Martin Margiela ? Un nom qui représente l’une des plus grandes et belle révolution dans le vêtement des années 1980. Cet aîné des “Six d’Anvers” (Walter Van Beirendonck, Ann Demeulemeester, Dries Van Noten, Dirk Van Saene, Dirk Bikkembergs et Marina Yee), à peine diplômé de l’Académie Royale, part en Italie se former auprès de fabricants milanais. Pour parfaire ses connaissances, il est décidé à travailler pour le talentueux Jean Paul Gaultier au point de faire un sit-in chez “l’enfant terrible” de la mode française. Son entêtement paye. Il devient son assistant pendant trois ans, apprend le mélange des couleurs, une certaine décontraction et la reconstruction des vêtements dont il fera sa signature.

Martin Margiela ? C’est encore une personnalité hors norme ou tout simplement profondément humaine qui, à l’heure de la logomania, se cache des médias pour protéger sa vie privée et invente une étiquette blanche cousue par quatre points comme signe de reconnaissance, le fameux Blanc de Meudon. Un passionné qui, depuis les années 1970, fréquente le musée Galliera et en retient toutes les silhouettes. Un féru d’histoire de la mode qui ne cesse de comprendre le vêtement dans sa construction et ses moindres détails de fabrication. Il s’enthousiasme évidemment pour l’œuvre de Rey Kawabuko et s’inspire de son “non fini” qu’il pousse au paroxysme avec l’effiloché.

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Margiela, les années Hermès Les Arts Décoratifs (MAD)

107, rue de Rivoli. 75001, Paris Tel : 01 44 55 57 50 madparis.fr
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Margiela/Galliera Palais Galliera

10, avenue Pierre 1er de Serbie. 75016 Tel : 01 56 52 86 00 www.palaisgalliera.paris.fr
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Martin Margiela au musée Galliera

Exposition Margiela Paris 2018

En 1989, il lance sa marque Maison Martin Margiela à Paris. Dès cette date – choisie pour commencer le parcours de l’exposition – sous des allures d’iconoclastes, ce passionné d’histoire et de culture fait défiler ses mannequins dans des lieux totalement improbables comme un terrain vague, une station de métro, un entrepôt qui bousculent le milieu de la mode habitué à des endroits plus conventionnels. Il met déjà en place tous les codes de sa carrière. Le savoir parfait du tailleur. Le trompe-l’œil qu’il instaure par le maquillage et les tatouages ethniques sur des résines transparentes. Le goût raffiné pour le passé avec l’utilisation de pièces anciennes. Et, bien sûr, la création d’une nouvelle carrure de mode à la manière des plus grands comme Chanel et Balenciaga. La sienne.

À l’opposé des énormes épaules des années 1980 à la Claude Montana ou Thierry Mugler, une veste noire aux épaules étroites et à la forme cigarette ! « L’exposition dévoile 130 silhouettes dans une mise en scène du musée en déconstruction. Sur 41 collections nous en présentons 32, explique Alexandre Samson, responsable des collections contemporaines. Des cimaises, des podiums, des échafaudages et des vitrines ont été transformés, le sol du musée totalement recouvert… Nous avons voulu rendre hommage aux collectionneurs, aux clientes, avec entre autres trois chambres de femmes et des intérieurs de collectionneurs. » Et le visiteur de découvrir ces collections. Avec le pull chaussette, le noir et blanc, Barbie, Stockman, Edredon, Oversize, Capuche…

Alexandre Samson et Martin Margiela ont décidé de finir la rétrospective par une dernière salle majeure consacrée aux moments les plus forts de ces vingt ans de création jusqu’en 2009. Pour encore mieux rendre visible le parcours insensé du créateur, le musée des Arts Décoratifs honore les huit ans de son travail à la maison Hermès. Une collaboration dont Marie-Sophie Carron de la Carrière nous donne les clés dans l’interview qu’elle nous a accordée.

Margiela/Galiera, 1989-2009 au Palais Galliera du 3 mars au 15 juillet. Fermé lundi. 
Margiela, les années Hermès, 1989-2009 au musée des Arts Décoratifs. du 22 mars au 2 septembre. Fermé lundi. 11 €. 

poster veste Margiela exposition 2018

exposition martin margiela au musée Galiera

Interview

Marie-Sophie Carron de la Carrière, aujourd’hui conservatrice en chef du patrimoine mode au musée des Arts décoratif, avait fondé le département Création contemporaine du palais Galliera pour lequel, dès 1989, elle avait fait entrer les silhouettes de Martin Margiela. C’est donc à cette historienne du costume et véritable visionnaire que Pierre-Alexis Dumas – directeur artistique d’Hermès et président des Arts décoratifs – a proposé de réaliser cette exposition sur Margiela et les années Hermès.

Comment avez-vous rencontré Martin Margiela ?

À mes débuts, les musées de la mode avaient une vision tournée vers le costume alors que je regardais ce qui se passait sur le terrain. À ma rencontre avec Martin Margiela, j’ai eu un flash professionnel. Je me suis dit, ce sont ces vêtements qu’il faut faire entrer au musée. Pendant les sept ans de mon activité à Galliera, nous achetions une tenue complète et il en donnait une autre. Ma mission était de prouver que l’esthétique de la mode n’est pas inerte.

Pourquoi Jean-Louis Dumas, charismatique P.-d.g. du groupe Hermès décédé en 2010, a-t-il fait appel à Martin Margiela ?

1997 marque le moment où les maisons de luxe, qui ont un autre métier à l’origine comme la sellerie chez Hermès, développent le prêt-à-porter et s’intéresse à la mode. La fille de Jean-Louis Dumas, Sandrine, défilait pour Margiela et a fait le relais avec son père. Ce dernier l’a appelé. Au sein de la maison cela a été une onde de choc.

Quel a été le travail de Margiela ?

Margiela a interrogé la griffe, les accessoires, les montres… Hermès lui a proposé un autre rythme que celui effréné de la mode. Son but était de construire une garde-robe avec des éléments qui se rajoutent et s’articulent dans le temps. Il a inventé une silhouette permanente où ce sont les détails qui font la différence, le luxe, comme la cloche de la clé du sac traditionnel qui s’accroche autour du cou, un bouton qui devient un logo discret… Mettre le corps en valeur tout en le rendant anonyme.

Que présentez-vous à l’exposition ?

Le visiteur découvre deux styles distincts qui amorcent un dialogue passionnant entre les vêtements que Margiela a créés pour Hermès entre 1997 et 2003, et ceux pour sa propre Maison. L’ensemble se déroule dans une succession de séquences thématiques de plus de cent silhouettes, de photos et de vidéos selon un parcours où se répondent l’orange de la maison Hermès et le blanc de la Maison Martin Margiela.

Marie-Sophie Carron martin margiela
Par Anne Kerner. Photos : Julien Vidal & Françoise Cochennec/Galliera/Roger-Viollet - Publié le

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