Interview

Aurélie Dupont Un peu plus qu'une étoile

Star absolue du Ballet de l'Opéra de Paris, Aurélie Dupont a fait ses adieux en mai dernier avec L’Histoire de Manon. Elle a reçu Paris Capitale pour évoquer présent et avenir. Une étoile au firmament. Une Parisienne aussi.

Quel était votre état d’esprit à l’aube de cette « retraite » de l’Opéra de Paris ?

Ce départ, c’est à la fois particulier et très personnel. Je suis assez triste d’arrêter. Alors que j’avais senti certaines étoiles apaisées de partir de l’Opéra en leur temps, j’ai cette sensation de pouvoir encore continuer. Cette retraite, ce n’est pas mon choix. Vous quittez la scène bien sûr, mais également une ambiance, les studios de répétition, l’envers du décor.

Vous avez néanmoins encore des projets de scène ?

Je devais participer à la création du chorégraphe anglais Wayne McGregor cet été. C’est partie remise. Mais je vais retravailler avec le Japonais Saburo Teshigwara en septembre prochain. Ce sont des gens, des artistes, que je n’ai pas envie de perdre de vue. Ils me font penser que je peux continuer à danser. Que j’ai encore ma place avec eux.

Le Ballet de l’Opéra de Paris cela a-t-il été pour vous une famille, un cocon ?

Je dirais plutôt que c’est comme une histoire d’amour. Il y a des moments où on a besoin de partir, de tout

quitter ! On rencontre des chorégraphes sans avoir un feeling avec eux. Et il y a des coups de foudre. Comme avec Pina Bausch pour moi. Cette compagnie, c’est aussi une force incroyable. On garde des souvenirs à nul autre pareils.

En vérité, vous avez quitté la troupe pour mieux y revenir : vous allez devenir maître de ballet.

Je boucle la boucle en effet. Je crois que je sais m’occuper des autres. J’ai été surprise par cette proposition de Benjamin Millepied, le nouveau directeur de la danse. Qu’il ait pensé à me garder, à me faire travailler avec lui. J’aime ce que Benjamin apporte à l’Opéra de Paris avec ses différents talents. Il a un regard neuf, il va de l’avant, il bouscule nos habitudes. J’aime sa façon de travailler. Cela va faire avancer le regard des danseurs et des… spectateurs.

Avez-vous eu l’impression tout au long de votre carrière d’incarner un certain style français de la danse ?

Non, je ne me suis jamais identifiée à cela. J’ai souvent entendu que je n’avais pas le physique type de la ballerine. On me disait atypique, quelle horreur ! Cela ne veut rien dire et tout dire en même temps. Je suis de cette génération de l’après-Noureev. Mais je n’ai jamais clamé haut et fort que j’étais une danseuse au style français.

J'ai eu un choc outre-Atlantique en voyant Annie, un musical avec pour héroïne une petite fille

Vous êtes, peut-être, tout simplement une Parisienne ?

C’est possible. J’aime cette idée. Lorsque je me produis au Japon, on me parle beaucoup de mon allure et je ne sais si on fait référence à l’école de danse française ou à mon style plus parisien. En fait, nous avons, nous autres étoiles de l’Opéra de Paris cette qualité, une allure. Et les autres danseurs internationaux ont sans doute des qualités que nous n’avons pas.

Enfant, vous avez vécu quelque temps aux États-Unis.

Oui, j’avais 7 ans, mon père était en poste à Washington. J’y suis restée un peu plus d’un an. J’ai adoré cette époque. J’ai découvert sur place les comédies musicales : à l’époque c’est le genre de chose que l’on ne voyait pas à Paris. Il y avait le jeu, le chant, la danse. À ce moment-là, je ne pratiquais pas encore le classique. J’ai eu un choc outre-Atlantique en voyant Annie, un musical avec pour héroïne une petite fille. Je voulais être elle – et rousse en prime. Je n’ai plus pensé qu’à cela ensuite.

Qu’est ce qui a changé à l’Opéra de Paris avec votre génération d’étoile ?

J’ai eu le sentiment de me découvrir seule. Attention, je travaillais avec des professeurs, des chorégraphes et ils ont été importants pour moi. Mais, on me disait que ma génération d’interprètes était de transition après les grandes stars révélées par Rudolf Noureev à l’Opéra. Alors, pour moi, la curiosité a été nécessaire. J’ai eu cette envie de découvrir les chorégraphes vivants, d’être moderne. Avec la danse contemporaine, j’ai appris beaucoup. Ces artistes m’ont « soignée » en quelque sorte.w

Avez-vous douté dans votre carrière ?

Je n’ai fait que cela ! Ceci est dans ma personnalité à vrai dire. Je remets tout en question, je relance les dés en permanence, je repars à zéro. Mais le doute ce n’est pas que du négatif. La Manon que je dansais en 97 n’est pas la même que celle que je vais danser en mai 2015. Je veux qu’elle me ressemble d’une certaine façon.

 

Daphnis et Chloé (Saison 2013-2014)
Ses adieux avec Roberto Bolle

Vous allez faire vos adieux à Garnier avec la superstar du ballet italien Roberto Bolle. Pourquoi ce choix surprenant ?

J’espérais danser L’Histoire de Manon avec Hervé Moreau de l’Opéra de Paris. C’est un ami et un partenaire idéal. Il se remet d’une blessure et ce n’était pas possible. J’ai pensé alors à Roberto qui n’est pas qu’une vedette internationale, mais aussi un danseur qui a douté, a appris de ses déceptions comme moi. Il n’est pas du sérail de l’Opéra de Paris, mais on a respecté mon choix. Je sais que je peux me reposer sur lui pour cette dernière.

Avez-vous un passe-temps en dehors de la danse ?

J’adore être manuelle : je crée des bijoux moi-même. J’ai dans ma loge un véritable petit atelier avec du fil, des pinces, des accessoires. Il va d’ailleurs falloir que je déménage tout cela ! Travailler de mes mains est un véritable plaisir. C’est vrai qu’avec mon emploi du temps de danseuse et mes enfants, j’ai eu moins le temps ces derniers mois. Cela m’a manqué.

Quel conseil donneriez-vous à une jeune danseuse ?

Le respect : de son travail, du public, du chorégraphe, de l’œuvre. Mais aussi du pianiste qui nous accompagne en répétitions ou du chef d’orchestre, de la partition. Respect des gens des ateliers comme de son titre qu’il soit étoile ou coryphée. Et je dirais aussi respect de son ambition et de son corps.

C'est la fin d'une époque à l'Opéra de Paris

Aurélie Dupont en 5 dates

Aurélie Dupont en 5 dates

  • Entre à l'école de danse de l'Opéra
  • Est engagée à 16 ans dans le Corps de Ballet de l'Opéra de Paris
  • Création à l'Opéra de Paris du Sacre du printemps de Pina Bausch
  • Nommée étoile dans le rôle de Kitri de Don Quichotte
  • Création du rôle de Chloé dans Daphnis et Chloé de Benjamin Millepied
Par Philippe Noisette - Publié le

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