Interview

Le Paris de Géraldine Pailhas

Ce printemps, Géraldine Pailhas est à l’affiche de Céline ! Deux clowns pour une catastrophe, Mobile Étoile et Marseille. Elle y interprète des rôles très différents qui montrent l’étendue de sa palette de jeu. Pour Paris Capitale, elle évoque Lucette, compagne du romancier Céline qu’elle incarne dans le film d’Emmanuel Bourdieu, ainsi que sa vie parisienne partagée entre gastronomie japonaise, salles de cinéma, art… et foot.

En 1948, Céline est en exil au Danemark. Plein d’enthousiasme, un jeune universitaire américain et juif, Milton Hindus vient le visiter. Il se trouve alors jeté dans les griffes du romancier et de sa compagne Lucette qui espèrent que cet admirateur va les aider à revenir en France, où l’homme de lettres est considéré, à juste titre, comme un collaborateur des nazis. Peu à peu, l’innocent Hindus (Philip Desmeules) prend la mesure de l’antisémitisme qui ronge l’esprit tourmenté de son héros. Adapté de l’ouvrage de l’essayiste, mis en scène avec sobriété et efficacité, le film d’Emmanuel Bourdieu ne dédouane nullement Céline, magistralement incarné par Denis Lavant. Tout à la fois maternelle, séductrice, dompteuse, Géraldine Pailhas alias Lucette pose un regard scrutateur sur les deux hommes.

Lucette est un personnage très ambigu…

Son rôle est d’être vigilante, de limiter les excès voire les explosions de son compagnon. Je la vois comme quelqu’un de bonne foi, qui cherche à ce que les choses s’arrangent. Mais il n’en reste pas moins qu’elle forme un couple infernal avec Céline.

Le rôle de Denis Lavant en Céline l’amène à être extravagant, mais la mise en scène vous permet d’exister…

Nous n’avons pas la même présence à l’écran, même si nos rôles sont physiques – Lucette est une femme costaude, qui marche, danse, coupe du bois, etc. Lui se répand, elle est droite comme une flèche.

Êtes-vous une lectrice de Céline ?

Bien sûr. Comment ne pas être saisi par son langage ? Et aussi choqué par ce qu’il a pu écrire. Quand je le lis, je ressens mon corps se mettre en action, autant que mon esprit.

Les rôles dans lesquels on va vous voir ensuite sont loin de cet univers…

Effectivement, dans Mobile Étoile de Raphaël Nadjari (sortie le 26 avril) je suis une chanteuse qui veut faire revivre des musiques juives du xixe siècle. Et puis, je suis dans Marseille (sur Netflix le 5 mai), série dans laquelle j’interprète la femme de Gérard Depardieu alias le maire, Robert Taro.

Marseille est votre ville natale. Quel souvenir gardez-vous de votre première venue à Paris ?

J’avais 6 ans. J’étais fascinée par la tour Eiffel et je le suis toujours maintenant que je suis Parisienne. Mais comme beaucoup d’habitants de la capitale, où je vis depuis vingt-cinq ans, je n’y suis toujours pas montée !

Comment vous êtes-vous acclimatée à Paris ?

Grâce à toutes ces salles de cinéma où l’on peut voir des films du monde entier. Elles sont devenues des refuges pour moi. J’y vais encore beaucoup, à tel point que que j’entretiens quasiment des relations avec les ouvreuses ! Je fréquente surtout les salles qui sont près de chez moi, mais j’ai une tendresse particulière pour L’Arlequin et le Saint-Germain qui sont de beaux endroits. Et j’apprécie aussi l’engagement des 3 Luxembourg où l’on maintient longtemps des films à l’affiche.

 

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À part les cinémas, quels lieux fréquentez-vous ?

Même si je suis aventureuse, j’ai tendance à creuser un même sillon. Par exemple, je suis passionnée par tout ce qui se mange de bon. Aller au restaurant est essentiel pour moi, surtout dans les japonais. Notamment au Yen (22, rue Saint-Benoît, 6e) dont la spécialité est les soba, des nouilles au sarrasin, ou le Kunitoraya (5, rue Villedo, 1er) où là, ce sont les nouilles udon qui sont exceptionnelles. Pour les pâtisseries, japonaises toujours, je vais chez Toraya (10, rue Saint-Florentin, 1er).

Allez-vous dans d’autres boutiques ?

Je ne suis pas une grande shoppeuse. Le Bon Marché et la Grande Épicerie me conviennent bien car j’y trouve quasiment tout ce dont j’ai besoin. Depuis qu’on y a fait des travaux, c’est un lieu éblouissant, qui n’a rien à envier aux plus belles adresses de Tokyo ou New York.

Avez-vous des lieux culturels préférés ?

Le Palais Garnier, c’est toujours une fête d’y aller pour moi qui suis une ancienne danseuse. J’aime aussi le Louvre : s’y perdre est délicieux, on y trouve ce qu’on n’y cherchait pas. Et le centre Pompidou, pour ce que l’on y voit autant que pour le bâtiment que je trouve toujours audacieux.

Vous rendez-vous dans des galeries ?

Mon rapport à l’art contemporain est complexe car mon père était galeriste. Après sa mort, j’ai eu beaucoup de réticence à m’aventurer hors du champ qu’il défendait, comme si cela était une offense faite à sa mémoire. Cela dit, je me sens bien chez Kamel Mennour (47, rue Saint-André des Arts, 6e), ce qui est logique dans la mesure où sa démarche est proche de celle de mon père, ou encore chez Laurent Godin (5, rue du Grenier Saint-Lazare, 3e).

Des images fortes ?

Paris la nuit, au retour d’un voyage, c’est à couper le souffle. Sinon, j’adore mon arrondissement, le 14e, où l’on peut voir des maisons d’architecte où l’on a envie d’entrer ! J’aime les quartiers qui sortent du rythme haussmannien. Si cela m’était possible, c’est du côté du Palais-Royal que j’habiterais.

Et ce que vous n’aimez pas du tout ?

Le parc des Princes ! En toute bonne foi, car je ne suis pas anti-PSG bien que Marseillaise d’origine. Non, ce stade est d’une rare mocheté, il n’est pas à la hauteur de l’équipe qui, je trouve, est magique. Mais j’y vais de temps en temps, ainsi qu’au Stade de France et au Vélodrome.

Par Michel Doussot. Photos : Marcel Hartman - Publié le

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