Culture

Le Carreau du Temple Un quartier authentique et branché

Autour du Carreau du Temple, le quartier du Marais tente de garder un caractère artisanal et cherche à sauvegarder certains commerces de bouche. Témoin de l’histoire de Paris, il a connu au fil des siècles la grandeur, la décadence et renoue, depuis près de cinquante ans, avec les lustres d’antan. La réhabilitation voulue par les élus afin de préserver l’attrait authentique de ce coin de la cité attire curieux, badauds et boutiques tendance.

Les alentours du Carreau du Temple sont des lieux chargés d’Histoire de celle qui a façonné Paris. Ils portent les traces de ses nombreuses affectations au fil des siècles où se mêlent les Templiers, la Révolution française, le Second Empire, la révolution industrielle. Au XIIe siècle, les chevaliers de l’Ordre du Temple de Jérusalem reçoivent en donation du roi les terres qui constituent l’enclos du Temple. Revenus des croisades et désormais très fortunés, ils forment un état dans l’état. L’Ordre devenu plus riche que le roi indispose. Philippe le Bel, qui un temps avait accepté l’hospitalité des Templiers pendant les émeutes de 1306, fomente un plan machiavélique en propageant de fausses accusations et des rumeurs insensées. Un procès inique se termine par la mise au bûcher de 54 templiers, la mort de l’Ordre.

Il ne restera désormais, à Paris, des Templiers que leur souvenir et le nom d’un quartier. Le lieu devenu propriété de l’ordre de Malte – entre les rues du Temple, de Bretagne, de Picardie et Béranger – jouit de privilèges comme l’exemption de taxes… déjà un enjeu à l’époque. Au fil des siècles, l’aristocratie et la bourgeoisie y construisent de nombreux hôtels avant que la Révolution au XVIIIe siècle ne se saisisse de cet enclos. L’histoire tragique se répète avec l’emprisonnement de la famille royale dans la Tour du Temple (démolie par Napoléon qui craignait que l’endroit devienne un lieu de pèlerinage pour les royalistes) jusqu’à l’exécution de Louis XVI le 21 janvier 1793. De l’enclos des Templiers, il ne reste qu’un ultime vestige, une tour d’enceinte de 5 mètres de diamètre et 10 mètres de hauteur au 73 rue Charlot. Désillusion, les passants ne voient rien, ce souvenir du temps passé est à l’intérieur d’une propriété privée.

Quant à la Rotonde du Temple, construite en 1788, elle était fort prisée des marchands. Les boutiques s’y louaient à prix d’or grâce aux privilèges d’extraterritorialité dont elle bénéficiait. Si ce droit n’existe plus, c’est toujours un privilège de tenir boutique dans le quartier. Chocolatier de renom, marque branchée, galerie d’art, cantine healthy, boutique design… Ici tout est beau, à l’extérieur comme à l’intérieur à des prix qui, à défaut de laisser rêveur, laissent songeur. Au XVIIIe siècle, la ville de Paris fait édifier un marché couvert constitué de quatre carrés ayant chacun une spécialité (linge de mains, soieries, cuir, fripes). Et au milieu un “carreau” où fonctionnait une bourse du vêtement. D’où viendrait l’expression « laisser sur le carreau« : il s’agissait alors des vêtements restés sur le « Carreau » dont personne ne voulait ! Entrée dans le langage courant, l’expression a conquis toute la France.

 

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Le Carreau du Temple Le Marais

4 Rue Eugène Spuller, 75003 Paris. www.carreaudutemple.eu/
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Le Carreau du Temple Paris Capitale Magazine (3)

Le Carreau du Temple,

Puis Haussmann passe par là. Sous l’impulsion de Napoléon III, la structure en bois est remplacée par du métal, du verre et de la brique ; le tout moins sujet aux incendies. Le lieu sert toujours de marché jusqu’à ce que l’activité décline. Les pavillons sont désertés et les opérations immobilières démarrent. Sursaut en 1904, lorsque le Carreau abrite la première foire de Paris. Bref sursis avant que les démolitions ne se poursuivent. Il devient après la Seconde Guerre mondiale un haut lieu de la fripe, puis retourne à l’oubli et manque de disparaître complètement. En 1982, la population du quartier se bat pour le faire inscrire à l’inventaire des Monuments historiques. Finalement, sous la mandature de Bertrand Delanoë en 2001, un projet de réhabilitation de deux des six bâtiments érigés en 1863 par Jules de Mérindol, l’architecte de la Grande Halle de la Villette, est lancé.

 

au coeur du Marais.

Aujourd’hui le Carreau du Temple est redevenu un haut lieu de l’activité du quartier du haut Marais avec une riche programmation culturelle, artistique et commerciale. Un nouveau centre plein de vie et d’animations, point de ralliement d’un quartier ; symbole de la France où les rues reprennent les noms de ses provinces. Ainsi, la rue de Picardie, non loin de là, ouverte sur des terrains appartenant à la culture du Temple, a connu différents noms (rue du Beaujolais, rue des Alpes) avant de prendre ce dernier. Henri IV avait formé le projet de faire bâtir une grande place semi-circulaire où devaient aboutir huit rues portant chacune le nom d’une province. Sa mort a interrompu le projet. Néanmoins le quartier garde trace de cet ambitieux plan urbanistique avec les rues de Normandie, de Picardie, de Bretagne mais aussi celle de Saintonge, de Berry…

En revanche pourquoi une rue Charlot ? Non il ne s’agit pas du fameux personnage de Charlie Chaplin, mais de Claude Charlot, ex-paysan languedocien, devenu riche financier au XVIIe siècle qui y avait fait bâtir plusieurs maisons et donna naissance à tout un quartier neuf de lotissements dans les années 1626 de ces terres délaissées de l’ex-enclos des Templiers.

Il faut attendre 1851 pour que la rue d’Orléans, la rue de Berry et la rue d’Angoumois ne fassent plus qu’une : la rue Charlot. Une rue qui commence rue des Quatre-Fils et se termine boulevard du Temple. Relativement étroite, elle conserve un certain charme qui fait tout l’attrait du Marais.Réputée pour ses boutiques artisanales, ces dernières ont peu à peu cédé la place aux boutiques de mode et aux commerces tendance.

Néanmoins certains demeurent. Le bijoutier Jonas Bowman ou l’équipe de Monsieur Paris continuent de faire perdurer l’esprit artisanal du quartier… même si désormais on surfe plus sur du haut de gamme et des espaces destinés aux jeunes branchés.

Un peu moins envahi de touristes que le secteur du Marais entre le BHV Marais – désormais réservé aux boutiques luxe, notamment masculine, et tous les concept-stores healthy inimaginables – et le métro Saint Paul, le haut Marais n’a pas résisté à la pression immobilière. Les prix ont grimpé et les habitants comme les commerces ont évolué. L’attrait principal des lieux reste ce dédale de petites voies qui subsistent, le quartier ayant échappé aux travaux haussmanniens. Entre les rues principales se croisent et s’entrecroisent des venelles qui donnent une image de ce à quoi la capitale Paris pouvait ressembler.

Car le Marais n’est pas un quartier comme les autres.

Entre le bas et le haut, les atmosphères sont différentes. Même au sein de la même rue, l’ambiance peut se moduler selon le numéro où l’on s’arrête. Ainsi, au début de la rue Charlot, plusieurs hôtels particuliers rappellent que le lieu fut prisé des bourgeois et des aristocrates. On pourrait ainsi citer au n° 7, l’hôtel de Cornuel, au n° 8 un hôtel construit au XVIIe siècle puis revendu au XIXe au préfet de police Louis-Marie de Belleyme, (une ruelle porte d’ailleurs son nom), au n° 9, l’Hôtel de Retz qui mérite un arrêt pour admirer son portail. Au n° 12 l’Hôtel de Brossier, qui a conservé une très belle porte sculptée, est revenu sur le devant de la scène en 2008 lorsqu’il a accueilli la huitième saison de l’émission de télé-réalité Star Academy. Au n° 28, on s’aventure au-delà du porche de l’hôtel de La Garde où la cour intérieure en demi-cercle et le corps de logis, agrémenté de tables, de bandeaux et d’encadrements moulurés autour des fenêtres, valent le détour.

La rue Charlot est une longue liste de monuments sinon remarquables du moins à remarquer. Au 57, l’hôtel du marquis de Boulainvilliers reste dans les mémoires du fait de sa femme, qui y recueillit Jeanne de Valois, future comtesse de La Motte, qui joua un rôle important dans l’Affaire du collier de la Reine. Au 58, derrière l’imposant portail sculpté de l’hôtel de Sauroy, cette belle demeure du XVIIe siècle a été réhabilité en appartements et en un espace pour la photographie où sont régulièrement organisés des expositions et des événements. Plus loin, la rue Charlot compte moins de belles maisons et laisse la place aux immeubles.

Pour l’instant, tous gardent un cachet parisien. On en oublierait presque que cet ancien quartier aristocratique des XVIIe et XVIIIe siècles, abandonné ensuite par les élites, a connu une densification importante et l’arrivée d’activités artisanales et industrielles dans des bâtiments qui ne leur étaient pas destinés au départ. Au fil des siècles, il devint même une zone insalubre aux immeubles surpeuplés. On avait même prévu de le raser dans les années 30 !!! Désormais après cinquante ans de sauvegarde, le quartier du Temple, où on ne s’aventurait pas, est devenu un des plus attrayants de Paris. Près de 75 % du bâti y est protégé et pour résister à la gentrification, voire la boboisation, la mairie projette d’y construire des logements sociaux à hauteur de 25 % du parc immobilier. Pour l’instant, on en est encore loin, à peine 7 %.

L’idée : remettre de la mixité dans un quartier et le rendre vivant par de “vrais” habitants pas seulement des touristes ou des Parisiens en quête d’une authenticité factice. La rue Charlot et ses alentours tentent de résister. Des métiers de bouche subsistent même s’ils s’apparentent plus à des lieux d’excellence mettant en avant le meilleur de la production. Les restaurants gardent une touche “rustique” avec poutres apparentes, parquets en bois, mais les cartes sont plutôt tendance healthy… Un mélange d’authenticité new age. Du neuf dans de l’ancien. C’est ce qu’on appelle la vie et qui rend ce quartier toujours aussi attrayant. Et où chacun vient chercher le bout d’histoire qui lui convient… ou mieux y vivre la sienne.

Le Carreau du Temple Paris Capitale Magazine (5)

Le magazine Paris Capitale vous a préparé un dossier sur les bonnes adresses du gravitant autour de du Carreau du Temple, dans le quartier du Marais, que vous pouvez retrouver en cliquant sur ce lien.

Par La Rédaction. - Publié le

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