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Picasso Un musée à la mesure de son génie

La saga du musée Picasso – les travaux, l’administration et la présidence ont été l’objet de nombreuses et vives controverses – a pris fin le 25 octobre 2014 avec l’inauguration des lieux qui ont doublé leur surface d’exposition. Visite guidée avec Olivier Picasso, l’un des petits fils du peintre, auteur du récent ouvrage Picasso, portrait intime.

L’hôtel Salé, musée consacré à Pablo Picasso, a rouvert ses portes au public, après cinq ans de rénovation. Désormais présidé par Laurent Le Bon, ce joyau architectural du XVIIe siècle a doublé sa surface d’exposition permettant d’explorer les différents courants artistiques du peintre dans un parcours chronologique de 1895 à 1972. Une collection de cinq mille œuvres, constituée de la donation personnelle du peintre et de dations des ayants droit, que le monde entier nous envie ! Cour d’honneur, combles, étage noble et salon Jupiter déroulent les grandes phases stylistiques de l’artiste : monochromie, primitivisme, cubisme, polymorphisme, surréalisme, métamorphoses, peinture de guerre, années pop ainsi que ses tableaux d’après les “maîtres”… Le sous-sol évoque les lieux et les œuvres clés créées au Bateau-Lavoir au château de Boisgeloup, aux Grands-Augustins et à la villa La Californie à Cannes. Auditorium, café, atelier pour enfants et boutique font de ce musée, qui devrait attirer cette année un million de visiteurs, un véritable lieu de vie autour du travail de Pablo Picasso.

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Musée Picasso

5 rue de Thorigny 75003 Paris Tel : 01 85 56 00 36 www.museepicassoparis.fr
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Picasso disait : « Donnez-moi un musée et je le remplirai ! » En doublant la surface d’exposition de l’hôtel Salé par rapport à son ouverture en 1985, n’est-ce pas comme lui en offrir deux ?
Le musée national Picasso s’étend en effet aujourd’hui sur 5 300 m2 dont 3 800 m2 d’exposition. Il offre désormais 34 salles, soit une quinzaine de plus que précédemment avec un accrochage inaugural de quatre cents chefs-d’œuvre.

Que penserait Pablo Picasso de son musée ?
Je crois qu’il aurait posé le pinceau en se disant : « J’ai bien travaillé ! » Il était tellement obsédé par l’urgence du temps et égocentré sur son œuvre que je me demande si un tel appétit aurait pu être satisfait. Mais ce musée est un bon début de réponse…

Quelle salle vous émeut particulièrement ?
Honnêtement quand je monte l’escalier d’honneur, une merveille architecturale, j’éprouve une fierté exceptionnelle devant le buste de ma grand-mère Marie-Thérèse Walter. J’ai l’impression d’être à la maison… Et, je suis très impressionné par le dernier étage qui accueille la collection personnelle de Picasso. Une centaine de paysages, nus et natures mortes de Renoir, Degas, Gauguin, Cézanne, Matisse et aussi le Douanier Rousseau avec lequel il menait un dialogue ininterrompu. Il y a là un effet miroir puissant et Picasso semble dire : « Regardez, je suis l’un des vôtres ! »

Auteur de Picasso, l’inventaire d’une vie, un documentaire sur l’histoire de sa succession, parlez-nous de la donation exceptionnelle faite cet été par votre mère, Maya Widmaier Picasso ?
Ma mère voulait réagir face au tumulte de l’éviction d’Anne Baldasseri que, mon oncle, Claude Picasso soutenait lorsqu’il hurlait « La France se fout de mon père » alors que Laurent Le Bon était nommé président. Il fallait donner un signe fort de la famille en faveur des liens que nous tenons à garder avec le musée. Ma mère nous a donc réunis et, a choisi de donner un carnet inédit, estimé 2 millions de dollars, comprenant 38 dessins au crayon d’études de nus réalisés en avril 1960 et un dessin de 1908 représentant un visage féminin de la période cubiste. Au dos, est dessiné le bas du visage de Guillaume Apollinaire qui est en réalité la moitié d’une œuvre, l’autre moitié appartenant déjà au musée.

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Quelle ambition avez-vous pour ce lieu ?
J’ai une vision très américaine. L’architecte Jean-François Bodin a pris en compte la nouvelle façon du public qui vit une visite au musée comme un véritable divertissement. Il a su induire une circulation, une information et, intégrer de nouvelles technologies tout en conservant les éléments architecturaux du patrimoine de l’hôtel Salé. Cette démarche en fait un lieu extraordinaire prêt pour le XXIe siècle. L’équipe scientifique du musée et ses quatre conservatrices vont maintenant gérer un nouvel accès aux archives uniques au monde et favoriser l’accès aux étudiants, aux chercheurs.

Comment allez-vous célébrer les 30 ans du musée en 2015 ?
J’aimerais véritablement apporter ce que je sais faire au travers de la société des amis de Picasso. Ce relais dans la société civile signe une dynamique considérable à l’image de celle des amis de Pompidou ou du Palais de Tokyo. La plongée dans ce continent inconnu des archives offre une relecture passionnante de la collection. Recevoir une fortune aussi exceptionnelle propulse notre envie de participer à l’essor pédagogique auprès des jeunes du monde entier. Nous allons poursuivre par des regards contemporains sur le dialogue avec l’œuvre. Car nous avons la volonté de rendre à Picasso ce qu’il nous a donné !

Donnez-moi un musée et je le remplirai !

Par Sylvie Gassot - Publié le

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