Musée

Le nouveau souffle de Rodin

Depuis la rénovation du musée d’Orsay en 2011, Paris chouchoute son patrimoine. Après La Monnaie de Paris et le musée Picasso inaugurés en grand format pendant la semaine de la Fiac l’an passé, puis celui de l’Homme en octobre dernier, c’est au tour du joyau que représente le musée Rodin, proche des Invalides, de faire peau neuve.

Il était temps ! L’écrin de l’œuvre de Rodin, le titan de la sculpture, n’avait pas été touché depuis son ouverture en 1919. Soit près d’un siècle ! Dans l’état, son charme désuet était à bout de résistance alors qu’il est l’un des musées les plus fréquentés de France avec pas moins de 700 000 visiteurs par an.

Ici, on marche dans les pas d’Auguste Rodin, mais également dans ceux des nombreux propriétaires et locataires de l’ancien hôtel Peyrenc de Moras, plus connu sous le nom de hôtel Biron. Élevé en 1737 par l’architecte du roi, Jean Aubert, dans le plus pur style rocaille du XVIIIe siècle, alors en bordure de la capitale, il devient à la fois maison de ville et de plaisance. En 1753, le futur maréchal de Biron l’achète et réaménage le parc exceptionnel de trois hectares, à l’égal de la surface du parc de l’hôtel Matignon, avec un ensemble raffiné de jardins à l’anglaise et à la française qui enchante le Tout-Paris. Depuis Parisiens et voyageurs du monde entier continuent à venir flâner entre les buissons et les rosiers ou à s’attarder sur des bancs devenus légendaires. Surtout après 1905, date à laquelle le domaine, abandonné par la société du Sacré-Cœur de Jésus dans l’attente d’être vendu, se met à accueillir des hôtes de choix comme l’écrivain Jean Cocteau, le peintre Henri Matisse, la danseuse Isadora Duncan, la sculptrice Clara Westhoff, épouse du poète Rainer Maria Rilke. Ce lieu unique, d’une poésie à couper le souffle, laissé dans un délicieux état de grâce séduit totalement Rodin en 1908. Il loue alors quatre pièces au rez-de-chaussée, puis occupe tout l’hôtel à partir de 1911 pour en faire son atelier et showroom où il reçoit modèles et collectionneurs. C’est cet éden qui, aujourd’hui, attire aussi bien le grand public – en grande majorité étranger – que la jet-set contemporaine, et où se déroulent nombre de manifestations de prestige ou de tournages de films. Claude Pinoteau y a tourné La Boum 2, Woody Allen, Minuit à Paris, la maison Dior aime y faire défiler ses collections haute couture, comme celle de l’automne-hiver en juillet dernier.

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Musée Rodin

77 Rue de Varenne, 75007, Paris Tel : 01 44 18 61 10 www.musee-rodin.fr
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C’est à Catherine Chevillot que revient le privilège de diriger ce musée de renommée internationale, bijou de la culture française, lieu de manifestation du luxe. Un musée riche de près de 7 000 sculptures, 8 000 dessins et 7 000 objets d’art accumulés au cours des vingt dernières années de la vie du “père de la sculpture moderne”. Pendant les trois ans de travaux, les 16 millions d’euros nécessaires à ce projet ont été financés à 49% par le ministère de la Culture et 51% par le musée Rodin soutenu par la fondation Iris & B. Gerald Cantor. « La sculpture, l’affirmation de sa réalité comme poésie, de son histoire comme de sa modernité, ont donc guidé tous les choix lors de la rénovation : respect du lien de Rodin à cette architecture telle qu’il l’a connue et occupée, de l’interaction entre le jardin et les salles; jeu de la lumière naturelle; discrétion du dispositif muséographique, parcours simple alliant le chronologique et le thématique, qui se prolonge dans la lumière paisible du jardin », explique la directrice du musée.

En effet, la spécialiste a tout compris : répondre aux désirs de l’artiste… au rêve secrètement caressé tout au long de sa vie de créer son propre musée réalisé en 1916, donnant à l’État la totalité de ses collections pour sauver l’hôtel Biron de la démolition. Il n’en verra toutefois jamais l’accomplissement, décédant deux ans avant son ouverture, le 4 août 1919. Ainsi, respectueux de sa mémoire, de sa présence toujours si forte, le visiteur peut l’imaginer caressant si délicatement sur le papier ses nus érotiques dans le salon ovale donnant sur le jardin, l’œil posé sur le modèle entouré de ses accumulations de meubles, d’objets et d’antiques. Ici encore des vases grecs ou chinois. Plus loin un brûle-parfum japonais. Rodin est là. Dans la lumière paisible, il se bat pourtant avec la matière, il monte et démonte les pièces, les articule sans limite, les photographie et les recompose. Camille Claudel, son élève et sa muse, amoureuse passionnée pendant presque quinze ans, laisse ses traces, avec des œuvres remarquables.

Rénover en gardant l’âme du lieu. Tel est donc le résultat magique de cette restauration. De l’extérieur presque rien n’a changé. Le bâtiment comme les garde-corps restent dans leur jus. À l’intérieur ? L’une des plus belles scénographies du moment. Cohérente. Lisible. Raffinée. Le parcours ? Une déambulation continue et fluide. Les pièces baignées par la lumière naturelle conservent l’enfilade originelle. Les miroirs avec leurs reflets tout comme les boiseries, les vitres des fenêtres rénovée avec la technique du verre coulé et le parquet Versailles totalement reconduits à l’identique préservent l’ambiance chaleureuse et intime, ancienne et rare, de cette demeure privée. De nouvelles salles se concentrent l’une sur le mobilier de l’artiste, recréant un espace de réception, l’autre sur son amour pour l’antique qui nourrit sa notion de la sculpture partielle, avec cent vingt-trois œuvres, sorties tout droit des réserves, entourant le célèbre Homme qui marche. Ailleurs encore, regardez la superbe présentation de plâtres, de terres cuites, de maquettes préparatoires ou d’assemblages mise en regard des marbres, permettant l’appréhension des techniques, du processus créatif et de l’univers de Rodin. Enfin, une cinquantaine d’œuvres issues de sa propre collection de ses amis peintres trouvent leur place au musée comme Le père Tanguy de Van Gogh en qui l’artiste voyait « un admirable démolisseur des formules académiques ». Autre perle, la galerie d’art graphique, où se multiplieront les expositions sur les dessins, photographies et gravures, qui illumine l’esthétique du maître de La porte de l’Enfer sur laquelle il travailla trente ans.

L’hôtel Biron ? Un lieu, un homme, une œuvre. Les murs dans lesquels naquit la sculpture moderne. Et sur laquelle le visiteur peut encore rêver dans le jardin peuplé de trente bronzes monumentaux comme les Bourgeois de Calais ou Le Penseur. Une demeure jusqu’à alors très prisée et qui devrait le devenir encore plus ! Rodin ? Toujours révolutionnaire.

De 10h à 17h45, mercredi 20h45
Fermé lundi – 10 €

mise en place des oeuvres pour la museographie nouvelle de l’hotel Biron 2015
5_musée Rodin, Auguste Rodin La Méditation ou la voix intérieure  © agence photographique du musée Rodin, J. Manoukian
Par Anne Kerner - Publié le

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