Spectacles

Vive le Fashion Freak Show de Jean Paul Gaultier

Provocateur, drôle, l’enfant terrible de la mode bouscule Paris. Prêt à en découdre avec les codes de la revue, il signe un époustouflant défilé de souvenirs sur lequel il promène de fil en aiguille son regard tendre et décalé sur l’univers freaky, sexy, crazy de la mode. Des folles soirées du Palace aux sulfureuses nuits londoniennes, Jean Paul Gaultier célèbre 50 ans de culture pop, disco, funk, punk, rock… avec les pièces cultes de son répertoire – de la marinière au corset de Madonna – et un festival de costumes exclusifs.

A la veille de la première avez-vous le trac ?

Je me sens complètement dedans et cela me réveille la nuit. Je ne sais pas si c’est vrai ou si je rêve ! C’est beaucoup de travail comme créer dix défilés à la fois. Étant un control freak maniac total, je plonge et puis je nage en apportant beaucoup d’importance à la mise en scène.

Pour vous, la mode a-t-elle toujours été liée au spectacle ?

Déjà enfant, je greffais des plumes et des seins en cônes à mon ours Nana, ma première héroïne transgenre ! Je voulais montrer les différences, pas faire de la mode sur cintre avec des patronages. Alors pour mon premier défilé j’ai choisi des non-mannequins, des beautés avec des attitudes autres que le cliché sexy sensuel attendu. J’articule toujours la mode comme un show, car habiller quelqu’un c’est lui donner vie !

Quel pitch feriez-vous à Madonna du Fashion Freak Show ?

Je lui dirais d’abord de venir parce que l’on va parler d’elle ! Je résumerais ce show comme étant l’histoire de ma vie, des choses que j’ai vécues, vues, revendiquées et aussi d’autres que je n’ai jamais racontées. On ouvre sur moi à 9 ans, découvrant grâce à ma grand-mère les Folies Bergère dans un documentaire. Puis sur Falbalas le film de Jacques Becker, où Micheline Presle tombe amoureuse d’un couturier, qui déclenche ma vocation ! Comme mon langage est essentiellement graphique, des flashs vidéos et photos feuillettent la chronologie de mon journal intime. Avec des hommages à Pedro Almodovar, Rossy di Palma, Luc Besson pour le cinéma. Madonna, Kylie Minogue, Mylène Farmer, Lou Reed… et pour la danse Régine Chopinot et Angelin Preljocaj.

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Sur scène la fête est grandiose, vous révélez quinze danseurs, comédiens, circassiens, vous invitez Catherine Ringer ou B. Demi Mondaine, vous créez une centaine de costumes dans un défilé de 400 tenues…

J’ai voulu inventer un genre nouveau à la croisée de la revue et du spectacle de mode. La mode doit être le reflet de la société avec ses changements, ses chaos, ses espoirs. Le vêtement est superficiel certes, mais en s’habillant on peut dire des choses, mentir, tricher, raconter son époque, le rapport à la féminité et à la masculinité, les sexualités, les différences, les frontières. Alors place à la surprise avec des créatures délurées, passionnées, haut perchées, mal élevées, bien gaulées, culottées… et déculottées !

Vous êtes à la fois auteur, metteur en scène, scénographe, styliste… quelle est la dream team, qui vous épaule ?

Raphaël Cioffi met mes idées en mots avec humour car j’écris visuellement. À la co-mise en scène Tonie Marshall, la fille de Micheline Presle, appartient à ma famille de cœur. La chorégraphe Marion Motin (Madonna, Stromae, Christine and the Queens…) fait du ciselage sur-mesure. Et, pour la playlist de tubes, Nile Rodgers (3 grammy Awards), qui a signé Le freak c’est chic ! et a travaillé avec Madonna, David Bowie, Duran Duran, Daft Punk, etc., a créé un titre original chanté en live par Catherine Ringer.

La nostalgie booste-t-elle votre créativité ?

On peut être centré sur les fondations de son enfance, aimer aujourd’hui et penser à demain ! Avant mes 18 ans et la rencontre avec Pierre Cardin, je sentais de l’amour dans ma famille, mais j’étais rejeté à l’école à cause de ma différence. Alors je mentais en disant que la fille qui faisait la Une de Elle était ma cousine pour être populaire. Mais dès que j’ai présenté mes dessins et senti que l’on m’aimait pour ce que je faisais, j’ai arrêté de mentir. À l’époque, seules les vestes d’homme avaient des poches intérieures pour le portefeuille, aujourd’hui les femmes ont aussi le droit de payer ! La société évolue dans le bon sens. Le regard sur les cougars, androgynes et transgenres est plus positif. Doit-on encore être révolutionnaire ?

Vous épinglez la chirurgie esthétique et la vanité des réseaux sociaux !

La chirurgie esthétique a toujours existé, Sarah Bernhardt a fait un lifting ! Mais aujourd’hui avec l’exagération d’une société qui évolue à l’extrême si on réfléchit il y a de très belles rides ! N’y voyez aucune condamnation, si c’est un choix c’est merveilleux. Mais, à titre personnel, je ne suis pas sûr… Quand aux réseaux sociaux, moi qui suis un enfant de la télé et des tabloïds, ce culte du moi, moi, moi, on peut en rire !

Londres joue-t-elle un rôle important, pour son exubérance ?

Je m’y suis arrêté en 1975 au retour des Philippines où je travaillais pour Pierre Cardin. Je suis allé voir The Rocky Horror Picture Show dont l’affiche m’a fait saliver. J’ai été bouleversé par Tim Curry qui, avec un humour poussé à l’extrême, jouait un travesti. Londres avait cette liberté. David Bowie m’a aussi beaucoup influencé en revendiquant l’ambiguïté de la part féminine des hommes.

Paris, capitale de vos obsessions, incarne-t-elle toujours le cœur de la couture ?

Paris représente la mode et demeure le lieu où tout le monde se rencontre. On ne lui a pas pris cette place même si la rue est un peu triste comparée à celle de Londres ou de Tokyo. Mais commercialement les Italiens ont pris du poids. Grâce à eux et à une licence japonaise, je poursuis l’aventure…

Si Fashion Freak Show était un parfum, quelle fragrance choisiriez-vous ?

Oh ! une odeur de soufre. Avec des notes de tubéreuse et aussi de lavande. Dans un flacon multiface qui capterait la lumière et surtout la renverrait.

Pour 2019 que peut-on vous souhaiter, partir à la conquête de Londres et Broadway ?

Je n’ose en rêver… Mais nous jouerons au Japon et en Espagne, d’ici là faisons des Folies (Bergère).

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Bio Express

Bio Express

  • Naissance à Bagneux
  • Entre chez Pierre Cardin le jour de ses 18 ans
  • Naissance de la griffe Jean Paul Gaultier et de sa première collection
  • Apparition de la marinière lors de la collection Toy Boy
  • Il fait défiler des hommes en jupe
  • Habille Madonna d’un mythique corset à seins pointus lors de sa tournée Blond Ambition tour
  • Lancement du premier parfum : Jean Paul Gaultier
  • Première collection haute couture : Gaultier Paris où la marinière devient une robe
  • Directeur du prêt-à-porter femme chez Hermès
  • La marque Gaultier est classée 500e fortune française par le magazine Challenges
  • Mylène Farmer clôture le défilé haute couture en robe de mariée
  • Fin du prêt-à-porter. Jean Paul Gaultier se consacre à la haute couture
  • Dessine des pièces de 10, 50 et 200 € pour la Monnaie de Pari
  • Création du Fashion Freak Show aux Folies Bergère
Par Syvlie Gassot. Photos : Peter Lindbergh (portrait) / Luke Austin - Publié le

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