Interview

Buccellati La nouvelle ère

Le joaillier italien, mondialement connu pour ses créations au style flamboyant, aux montures ciselées et pour sa maîtrise de l'or travaillé comme de la dentelle, ouvre une nouvelle boutique à Paris. Rencontre avec Andrea Buccellati, le directeur de la création de la maison.

Vous installez votre boutique parisienne rue de la Paix, de l’autre côté de la place Vendôme. Quelle fut la motivation de ce déménagement ?

Tout simplement parce que notre bail arrivait à expiration et que le groupe LVMH venait d’acheter tout l’immeuble.

Comment avez-vous imaginé ce nouvel espace ?

Tout d’abord, c’est une formidable opportunité d’avoir trouvé cette adresse très prestigieuse au 1 rue de la Paix. Nous avons juste traversé la place Vendôme en diagonale, si je peux m’exprimer ainsi. Ces 200 m2 inaugurent le nouveau concept de nos boutiques à travers le monde. Au rez-de-chaussée, les collections de joaillerie, horlogerie et argenterie sont exposées.

 

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Buccellati

1 Rue de la Paix, 75002, Paris Tel : 01 42 60 12 12 www.buccellati.com
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Le second étage est un salon plus confidentiel, réservé à nos clientes qui souhaitent créer avec nous des joyaux uniques. Les murs sont recouverts de bois, de miroirs fumés et d’acier patiné couleur bronze qui apportent à la fois clarté et chaleur. Les vitrines, plus aériennes car entourées de ce bronze sombre, mais capitonnées de tissu clair, mettent en lumière nos créations. Nous n’avons pas réinstallé les boiseries de l’ancienne boutique – que nous avons conservées d’ailleurs – pour laisser place à un camaïeu de teintes chocolat, beige et grège. Grande nouveauté dans cette boutique : des comptoirs afin d’exposer la ligne Birdal, composée d’anneaux sertis, de bracelets et de tiares. Je dois avouer que, si nous avons perdu en prestige d’adresse, nous avons sans doute gagné en visibilité rue de la Paix : beaucoup plus de femmes poussent la porte de ce nouvel espace, sans doute moins intimidées par le cérémonial un peu “pesant” de la place Vendôme. Et je m’en réjouis !

Avez-vous imaginé des pièces spéciales à l’occasion de l’ouverture de cette nouvelle boutique ?

Non, car nos créations sont presque toutes uniques ! Notre clientèle retrouve l’ensemble de nos collections d’horlogerie, de haute joaillerie et de joaillerie – dont la dernière née Opéra – et les trésors d’argenterie. (Andrea Buccellati nous fait découvrir un centre de table en argent dont les bords sont en tubes de lapis-lazuli et carrés de cristal de roche.) Mais qui sait… peut-être profiterons-nous de cet espace pour dévoiler au cours de l’année une nouvelle ligne de haute joaillerie.

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La maison Buccellati s’est installée à Paris en 1979. Racontez-nous cette aventure ?

Mon père adorait la place Vendôme, symbole de la joaillerie dans le monde. Nous avons eu la chance de participer à une vente à la chandelle, remportant, face à des concurrents de poids comme Mitsubishi et Deutsche Bank, un premier magasin avec quatre vitrines. Ensuite, nous nous sommes agrandis en récupérant deux autres espaces contigus, augmentant ainsi le nombre des vitrines de la boutique à six. Exploit impossible aujourd’hui ! À la demande de mon père, je suis venu à Paris pour m’occuper des travaux et de l’ouverture. Je venais de rejoindre l’entreprise un an auparavant à l’âge de 20 ans. Je dois dire que j’ai passé de formidables années ici. Beaucoup de travail avec la bonne vieille méthode familiale (ouvrir à 7 h 30, contrôler le nettoyage…) et de sorties également !

En tant que joaillier étranger à vous installer dans le sérail de la place Vendôme, quelles furent les réactions de vos prestigieux voisins ?

Certains joailliers furent très hostiles à notre arrivée, les réactions, assez virulentes. Imaginez un étranger se faire une place dans l’antre du savoir-faire français. Quelle histoire ! Et puis le temps a tassé les choses…

Chez Buccellati, création et savoir-faire sont une affaire de famille – votre fille Lucrezia imagine désormais des bijoux pour la maison –, quelles sont les évolutions stylistiques que vous avez remarqué entre les différentes générations ?

Mon grand-père fut très influencé par le courant Art déco dans les années 20 et 30 avec des bijoux aux formes linéaires et certains plus “rocaille”. Mon père, très inspiré par le style baroque, imagina des joyaux opulents et travaillés avec du mouvement. Mon univers est plus essentiel et géométrique. Ma fille aime la simplicité, le modernisme et l’épure. Lucrezia apporte vraiment des idées nouvelles. Lorsqu’elle a pensé à 0des boucles d’oreille à porter sur le cartilage, je lui ai dit que ça n’était pas Buccellati. Mais finalement ce qu’elle a créé apporte un point de vue plus actuel. Je suis très classique, alors, avec ma fille, nous formons une sacrée équipe. Je suis très fier de Lucrezia. C’est toujours un plaisir pour un père de voir que sa fille partage sa passion.

Qu’est ce que votre père vous a transmis ?

Presque tout : ne jamais faire de compromis sur le style Buccellati et être intransigeant sur la qualité artisanale de chaque produit. Mon père m’a transmis l’honnêteté dans le travail, mais aussi sa passion. Il faut aimer ce qu’on fait pour créer de telles pièces. Comme lui, je dessine tout le temps !

Par Fabrice Léonard. Photos : Hugo Mapelli - Publié le

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