Mode

FENDI 50 ans de passion

Cinquante ans, rien que cela. 50 ans de collaboration artistique fêtés par une collection de Haute Fourrure, l’édition d’un livre et une médiatisation mémorable. Juste avant l’été, Fendi et Karl Lagerfeld ont célébré le demi-siècle de la plus longue collaboration entre un créateur et une maison de mode. Impossible de passer sous silence cet événement aussi parisien qu’italien. Voici la saga de cette aventure créative.
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Fendi

41 avenue Montaigne 75008 Paris Tel : 01 49 52 84 52 www.fendi.com
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D’aucuns prétendent la mode futile, éphémère, sans éthique ni valeurs, n’aimant que les relations fugaces appelées à être dénouées, l’encre du contrat entre un styliste et la maison dont il porte le flambeau à peine sèche. Eh bien, les exemples montrant que cette vision relève du cliché ne manquent pas. Dans la couture comme le prêt-à-porter, s’il existe des destins de comète, des parcours d’étoiles filantes aussi vite encensées que crashées puis oubliées, nombre d’histoires attestent combien la durée, une collaboration de longue haleine sont aussi possibles, souhaitées et même fêtées. La preuve avec les noces d’or entre Karl Lagerfeld et Fendi, cinquante années d’osmose créative, mariage heureux entre le génie allemand du kaiser de la mode et le talent italien du plus grand des fourreurs que les médias, comme le public, ont salué et applaudi avant l’été. À l’occasion de la présentation de la première collection de Haute Fourrure Fendi à Paris, de l’anniversaire de la maison (90 ans) et de son demi-siècle d’entente avec l’homme au col cassé, c’est bien la valeur “fidélité” que chacun a saluée dans cette union hors normes. Et pour cause, elle n’a jamais cessé, au fil des décennies, de donner naissance à des modèles qui ont frappé les esprits, marqué l’histoire et transformé Fendi en signature fashion-fourrure connue dans le monde entier.

Lorsqu’on est un créateur, avoir le temps devant soi – ici, la vie – procure une vision différente des choses. Cela permet d’avancer et d’inventer en toute quiétude et sérénité, de travailler au service d’une marque en pensant long, loin. Cette vision-là (prendre conscience qu’il faut donner du temps au temps), seule une maison familiale peut s’autoriser à la mettre en pratique. Et la saga Fendi s’est transformée en réussite autant parce qu’une même lignée en a les commandes depuis 1925 (même après le rachat par LVMH en 2001) que parce que le grand Karl a pu y œuvrer en toute quiétude. Quand Adele et Edoardo fondent leur maison à Rome au cœur des années folles, vite suivie de l’ouverture d’une boutique dédiée aux fourrures et sacs, ils s’inscrivent dans leur époque, qui veut que l’on travaille pour soi comme pour les générations futures. Du reste, dès les années 50, études à peine finies leurs filles Paola, Anna, Franca, Carla et Alda – celles que le fashion world baptise “Les sœurs Fendi” – entrent dans la société et y insufflent un nouvel esprit débordant d’enthousiasme et d’innovation. Bien de leur temps, heureuses de la dolce vita en train de réjouir l’Italie après les années noires, elles révolutionnent la griffe, refondent les modèles, adoptent de nouvelles techniques de fabrication, changements qui correspondent aux attentes des femmes soucieuses d’une élégance différente, loin des diktats de la fourrure d’autrefois.

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Fendi invente la “fun fourrure”

Mais si l’amorce est faite, il faut aller plus loin. Et c’est l’arrivée de Karl Lagerfeld, en 1965 donc, qui accélère le mouvement, le créateur débordant d’idées pour transformer la fourrure, alors fort sérieuse, empesée par son statut de “cadeau à Madame montrant que Monsieur a réussi” et ses lignes sévères, en vêtements modernes et tendance. Le logo Fendi est revisité – les deux F signifiant Fun Fur – “en cinq secondes à Rome” d’après Karl même si, par la suite, de nombreux croquis l’ont peaufiné ; des peaux négligées voire méprisées car trop “pauvres” sont redécouvertes ; le cuir est coupé, incrusté, imbriqué… Résultat, face à ses confrères accrochés aux modèles lourds, compassés, Fendi invente la fourrure légère, douce, facile à adopter, confortable, moderne. Un succès. Un succès qui tient au talent de Karl Lagerfeld et à la complicité quasi-amicale qui s’élabore entre lui et les Fendi. Face à la matriarche romaine qu’était Adele, « femme au charme incroyable, aux yeux d’une grande intelligence, dotée d’un véritable charisme », comme lui-même l’a décrite dans la presse en précisant qu’avec lui elle se montrait “délicieuse” bien que pas tendre avec ses filles, c’est bel et bien une famille qui est concernée par le renouveau de la marque. Dont tous les membres, Via Frattini, sont impliqués. Ainsi, dès l’arrivée de Karl, Silvia Fendi – qui prendra plus tard la responsabilité des accessoires et de la mode masculine, créera le sac Baguette… – est à ses côtés alors qu’elle a tout juste… 4 ans. Son rôle ? Porter, enfant, sur une photo, la même fourrure qu’un homme et une femme mettant en avant une collection capsule unisexe. Quarante-six ans plus tard, l’affection attentive entre ces deux tempéraments ne se dément pas. Et Karl Lagerfeld apprécie toujours autant de concevoir des collections pour la maison romaine, car il est heureux de la liberté, ancrée sur la confiance, qu’on lui accorde depuis 50 ans. « L’avantage, c’est que je n’ai jamais eu l’impression d’être coincé dans un mariage avec Fendi, ou disons qu’il s’agissait d’une union libre », expliquait-il récemment à Point de Vue. Et d’ajouter : « La passion est restée intacte parce qu’il n’y avait pas d’exclusivité. »
Pour la collection automne/hiver 1972, il invente une cape en vison marron foncé et noir baptisée Astuccio, mariant motifs linéaires, uniformes et jeu d’asymétrie des doublures, qui fascine les critiques. Cinq ans plus tard, le prêt-à-porter s’ajoute aux collections afin d’offrir des fourrures à productions certes limitées mais plus vastes. Les matières sont par ailleurs travaillées autrement, imprimées, plissées, colorées, tressées, avec effets de rayures, les cuirs traités, ajourés… Naissent des œuvres à part entière, véritables tableaux de peaux comme Mappamondo, une cape de la fin des années 70 en taupe, découpée et rebrodée créant l’illusion des continents, ou la collection 1979/80 évoquant les cieux. En 1979, apparaît la fourrure gonflable “anti-froid et anti-choc” !

La passion est restée intacte parce qu’il n’y avait pas d’exclusivité.

Une émulation constante entre Karl et Fendi

Faut-il continuer ? Bien évidemment tant l’émulation Karl-Fendi a régulièrement créé l’étonnement et l’admiration. 1986, la fourrure et le denim sont associés ; 1989, cuir grainé réversible et fourrure se combinent ; années 90, laine, soie, cachemire entrent dans la danse ; 1992, présentation d’une collection printemps/été (eh oui) où ce symbole de l’Italie que sont les pâtes sert de fil conducteur. 1993 : la fourrure emblématique Il Pazzo fait son apparition, manteau de cuir recouvert de résille de soie, elle-même rebrodée de laine et fourrure (belette, zibeline, vison, petit-gris, castor…).
Les années 2000, qui voient les peaux précieuses retrouver grâce auprès des femmes après des années de contestation, ne sont pas en reste : en 2000, la marqueterie de peaux rasées associe des cercles et des carrés colorés ; en 2008 le Fendi Fur Atelier recourt à la fusion moléculaire pour unir fourrure et or 24 carats ; en 2013, les tons pastel polychromes, le blanc et des couleurs aussi écrasantes que pures frappent les rétines ; en 2014, la fourrure poids-plume conquiert l’été, grâce à des robes et tops mixant organza de soie et implants de peaux rares…

L’apothéose, c’est le dernier défilé qui l’a incarnée, première collection de Haute Fourrure composée de pièces exclusives présentée durant la dernière fashion week au théâtre des Champs-Élysées, parade de vêtements montrant combien l’alchimie Karl Lagerfeld/Fendi fonctionne toujours à plein, un demi-siècle après ses débuts. Dans ce festival de trente-cinq modèles, devant un tableau de Chirico, formes extrêmes, jeux de textures et matières (zibeline, vison, lynx, astrakan…) ont époustouflé (et aussi fait crier les anti-fourrures venus perturber la présentation). Il est vrai que le brodeur Hurel et le plumassier Lemarié ont participé à cette collection où les manteaux se portent à l’endroit comme à l’envers, où la soie brodée habille les doublures, où une cape rose pâle en vison rasé se pare de plumes tandis que d’autres modèles associent jeux de rayures hyper graphiques et formes d’une audace luxueusement glamour. Des “fourrures royales”, selon KL.
La boucle serait bouclée ? La fin, là ? Évidemment non, puisque la passion et l’estime mutuelles qui lient Fendi et son directeur artistique visionnaire ont, dans cette collection comme depuis le début, les yeux rivés vers l’avenir. On ne peut donc souhaiter qu’une chose à ce couple libre fêtant ses noces d’or de mode : vivement les cinquante prochaines années !

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Un livre au poil

À événement d’exception, livre exceptionnel. Pour saluer les 50 ans d’un partenariat aussi unique, il fallait proposer un ouvrage à la démesure de la collaboration qui unit Karl Lagerfeld et Fendi depuis 1965. Édité par Steidl, Fendi by Karl Lagerfeld relate l’histoire de cette union mariant héritage, créativité et vision. Composé de croquis exclusifs, de textes inédits, cette plongée dans les archives du fourreur se décompose en plusieurs carnets. L’un reproduit 200 dessins emblématiques ; un autre présente les 120 croquis élaborés par Karl Lagerfeld pour aboutir au logo ; un troisième voit le roi de la mode répondre à 50 questions. Le tout est accompagné d’un poster de 50 000 photos des esquisses réalisées au fil des années pour les collections, d’un DVD exclusif montrant le directeur artistique à l’œuvre et enchâssé dans un écrin en bois ! Magistral.
Fendi by Karl Lagerfeld. Édition Steidl. 125 €.

02_FENDI by KARL LAGERFELD Book
Par La Rédaction - Publié le

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