Interview

La nouvelle ère Paule Ka

Fondée en 1987, la griffe haut de gamme française s’apprête à écrire son avenir avec Alithia Spuri-Zampetti, la nouvelle directrice de la création. Rencontre avec cette Italo-Américaine à quelques jours de la présentation de sa première collection lors de la Semaine de la mode à Paris.

Quel est votre parcours ?

Après mon diplôme à la Central Saint Martins School de Londres, j’ai travaillé chez Valentino puis Bottega Veneta. Et j’ai passé les six dernières années chez Lanvin en charge des collections de prêt-à-porter femme auprès d’Alber Elbaz.

Avant de travailler chez Paule Ka, quelle image aviez-vous de la marque ?

Assez fashion au vu des campagnes de pub que je voyais dans les magazines. J’avais en tête cette paire de chaussures à plateformes en plexiglass avec des strass et cette collection entièrement vernie qui furent photographiées partout vers 2008. Mais je n’étais jamais entrée dans une boutique Paule Ka jusqu’à ce que je sois contactée par Catherine Vautrin, la présidente de la maison. J’y ai découvert des collections assez classiques alors que j’avais une image d’une griffe plus mode. Mais ce style intemporel ne m’a pas effrayée. Au contraire. Je trouvais intéressant le challenge de faire évoluer les collections vers quelque chose de beaucoup plus contemporain.

Comment imaginez-vous le futur de Paule Ka ?

Il n’est pas question de faire table rase du passé et repartir à zéro. Je souhaite faire évoluer les collections saison après saison : partir de la base classique et élégante de la griffe et proposer plusieurs options pour qu’elle devienne petit à petit plus mode. En 2008, Paule Ka avait une image branchée qui s’est un peu perdue par la suite. Je voudrais renouer avec cette facette fashion.

 

Qu’avez-vous découvert en rentrant chez Paule Ka ?

Une des choses qui est sans doute la plus précieuse dans mon travail et qui vaut de l’or : un atelier intégré composé de cinq modélistes, très chevronnés qui sont passés par des grandes maisons comme Dior ou Sonia Rykiel. Ce vivier à côté de mon bureau me permet de suivre pas à pas la construction d’un modèle avant qu’il ne soit produit. L’atelier, c’est la vie du vêtement ! À titre de comparaison, il y a six personnes au sein de l’atelier chez Lanvin !

Parlez-nous de la collection capsule que vous avez imaginée ?

C’est, en sorte, ma première approche de Paule Ka. Je me suis plongée dans les archives, découvrant le “fit” iconique de la marque : la robe trois trous, la robe trapèze, la robe volume imprimée. Et toutes ses variantes. J’ai la chance de travailler avec les collaborateurs du fondateur Serge Cajfinger. Ils sont comme une bible ! Nous avons ressorti les anciennes collections, fait essayer ces vêtements sur un mannequin et étudié l’ADN de Paule Ka pour le projeter dans l’instant présent et l’avenir. Cette collection capsule se compose de coton, d’étoffes légères, de jacquards somptueux. J’ai joué avec les tissus. Le nœud étant un signe distinctif de Paule Ka, j’ai voulu le retravailler. Je ne l’aime pas quand il est plaqué façon décoration. Il est plutôt suggéré dans la construction des vêtements : inséré en broderie dans la robe, ou même drapé, appliqué ou esquissé grâce à un tissu dévoré.

Que préférez-vous dans votre travail de directrice artistique ?

D’abord, dialoguer avec l’atelier. Et puis choisir les tissus. C’est vital dans mon processus créatif. Je ne suis pas de ces stylistes qui s’inspirent de “l’ombre de l’arbre dans la rue”. Les collections que je crée se construisent par les tissus : cette soie ira sur telle robe, ce coton pour un top, cette laine pour ce manteau… J’ai la chance de travailler avec une textile designer. Des motifs et des tissus exclusifs à la maison sont imaginés par mes équipes et moi-même, puis développés en interne. Et sont produits ensuite dans des usines françaises ou italiennes. Nos outils technologiques permettent de calculer au plus juste le métrage nécessaire pour réaliser le vêtement. C’est pour ça que cette marque est très spéciale : travailler comme dans une maison de couture, mais avec l’aide de machines ultra-high-tech de production.

Paule Ka va dévoiler pour la première fois la collection Automne-Hiver 2016-2017 que vous avez dessinée, avez-vous le trac ?

Je suis un peu stressée, j’avoue. La présentation sur mannequins vivants est un exercice difficile. Le “set designer” doit monter le décor et régler la scénographie dans la nuit qui précède l’événement. Tout doit aller très vite. Chaque détail doit être réglé au millimètre près dans un laps de temps réduit.

Quels sont vos décennies de mode et vos couturiers préférés ?

J’ai une prédilection pour les années 50, cet âge d’or de la mode où tout n’était que luxe et abondance afin de conjurer les horreurs de la guerre passée. J’adore les photos d’Irvin Penn, les jeux de blanc et noir, le “pea coat”, les tissus lourds et riches, le new-look, chers à cette époque. La mode doit être généreuse, transmettre joie et rêve à ses clientes. J’ai un grand respect pour Cristobal Balenciaga, Monsieur Dior et Azzedine Alaïa car leurs vêtements sont très construits et ultra-pensés. Et bien sûr Alber Elbaz avec qui j’ai travaillé chez Lanvin. Je ne connais personne d’autre aussi talentueux que lui. Il est mon inspiration personnelle : son éthique de travail, sa gestion des équipes, sa créativité, son sens du détail. Je me réfère beaucoup à lui dans mon quotidien.

Installée désormais à Paris, quelles sont vos adresses favorites dans la capitale ?

Je suis une fan des 9e et 18e arrondissements. J’adore flâner au musée de la Vie romantique. Pour un dîner, je file chez Il Brigante, une minuscule pizzeria gérée par un Sicilien où la pizza est meilleure qu’à Naples ! Et j’ai un faible pour les restaurants japonais de la rue Saint-Anne derrière l’Opéra Garnier.

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Par La Rédaction - Publié le

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