Evénement

L’Opéra de Paris, quelle histoire !

Plus ancienne maison du genre au monde, l’Opéra de Paris fête ses 350 ans avec un riche programme de célébrations qui comprend pas moins de 420 levers de rideau, des expositions, des conférences, des master classes.

Dans la galaxie mondiale des maisons d’opéra et de danse, chaque capitale joue sa partition. À Moscou, le Bolchoï tient le haut du pavé. Restauré à grand frais il y a quelques années, il reste une fierté en Russie avec un ballet virtuose et un orchestre de qualité. Quant au Royal Opera House à Londres, lieu de productions lyriques et chorégraphiques, il vient de s’offrir de nouveaux espaces, ouvrant ses portes aux visiteurs toute la journée et non plus seulement les soirs de représentations. Une façon de rendre à Covent Garden tout proche son lustre d’antan. L’Opéra de Paris, lui, peut se targuer d’être la plus ancienne maison du genre. Avec deux salles, une historique le Palais Garnier, et l’autre tout juste trentenaire l’opéra Bastille, l’Opéra de Paris dispose d’un outil de production unique doublé d’une école de danse (désormais à Nanterre) et depuis peu d’une “salle” virtuelle, La 3e Scène, qui propose de la création numérique originale. C’est le prix à payer pour tenir son rang sur la scène internationale. Et résister aux turbulences.

En effet, les observateurs ont beaucoup glosé sur les “scandales” à répétition : le départ fracassant de l’étoile Sylvie Guillem, la démission de Benjamin Millepied, bref directeur de la danse, l’installation en ce début d’année des Saturnales, les deux œuvres d’art contemporain commandées à Claude Lévêque : un diadème lumineux qui surmonte Bastille, et deux grands pneus couverts à la feuille d’or dressés sur les rampes du grand escalier Second Empire de Garnier. Déjà en août 1869, une bouteille d’encre était lancée sur la statue de Carpeaux, La Danse, en façade de l’Opéra Garnier qui avait choqué les bonnes âmes. Drôle de manière de célébrer au nouveau venu bon vent…

Honorer l’histoire de l’Opéra de Paris n’est pas une mince affaire. Au contraire. « Cette maison a su bénéficier d’un rayonnement unique au monde et a vu se succéder les créations des plus grands compositeurs et chorégraphes. Nous sommes aujourd’hui dépositaires de cet héritage qu’il nous revient de conserver, non à la manière d’un gardien de musée, mais de faire vivre, grandir, évoluer », affirme Stéphane Lissner, actuel directeur général qui quittera le “navire” Opéra en 2021.

Surtout, l’institution, que beaucoup voient comme ambassadrice de la culture française dans le monde, a connu des grands maîtres tout au long de son histoire. De Jacques Rouché à Rolf Liebermann, de Serge Lifar à Rudolph Noureev pour la danse. Pas moins. Et lorsqu’en 1989 on inaugure la seconde salle – à l’architecture décriée – place de la Bastille, c’est Pierre Bergé, mentor d’Yves Saint Laurent, esthète et directeur de la société de l’Opéra de Paris, qui organise la cérémonie. De tout temps, cette maison aura eu un pied dans le passé, un autre dans le présent. Il faut penser rénovation et création, s’ouvrir au public jeune et maintenir une certaine excellence. À l’époque de Gérard Mortier, directeur de 2004 à 2009, la saison lyrique prendra ainsi un virage plus moderne avec l’invitation faite à des metteurs en scène contemporains. Certains soirs de première, les sifflets couvrent alors les applaudissements. Ainsi au fil des années, le public parisien – mais composé tout autant d’amateurs venus du monde entier – s’est taillé une réputation d’intransigeance. Pas toujours pour le meilleur. Espérons que cette programmation anniversaire calme ses ardeurs.

Plus de 800 000 spectateurs en 2017-2018, sans doute autant cette année et une place au sommet à conserver. Pour ce faire, les rendez-vous vont s’enchaîner ce printemps, d’un gala événement le 8 mai avec la star Anna Netrebko, à la finale d’une battle hip-hop sur la scène de Garnier le 26 décembre prochain. Ce qui s’appelle un grand écart.

3 questions à Germain Louvet, étoile du Ballet de l’Opéra de Paris

Comment définir le style français du ballet de l’Opéra de Paris ?

Si je devais utiliser trois termes pour définir le style français du ballet de l’Opéra j’emploierais : esthétique, élégance, et précision. À l’École de danse de l’Opéra de Paris, l’apprentissage se fait dans le but de rendre le mouvement beau. Il est toujours mis en avant l’idée que ce n’est pas la performance ni la réussite de l’exécution d’un pas qui prévaut, mais la manière la plus esthétique et la plus juste qui est intéressante. Ce n’est ni la quantité de pirouettes, de tours en l’air ou la hauteur d’un saut qui est recherchée, mais bien l’intérêt qu’on va lui donner en rendant l’image belle, maîtrisée et facile.

Cette maison est riche de 350 ans d’histoire. Vous sentez-vous dépositaire, à votre façon, de cette histoire ?

Je pense en effet que tous les artistes qui franchissent les portes de l’Opéra de Paris se sentent dépositaires de ses 350 ans d’histoire. On ne peut pas le nier quand on foule la scène, quand on raconte ces histoires à travers opéras et ballets ou même quand on touche les barres des vieilles rotondes de l’opéra Garnier. Toutes les grandes personnalités qui, depuis Louis XIV, ont façonné cette culture de l’art vivant que nous continuons à faire vivre, vibrer et évoluer. Nous avons la responsabilité à la fois de perpétuer des traditions qui témoignent aussi de notre culture et de notre histoire au sens large, sans cesser de remettre en question la place que nous occupons vis-à-vis du monde actuel, de notre société et de l’art tout simplement.

Comment imaginer le futur de la maison Opéra ?

L’Opéra de Paris restera toujours garant des classiques d’après moi car à l’inverse d’une toile de maître qui, lorsqu’elle est achevée, peut traverser les âges intacte, l’académisme et le savoir-faire de la danse classique doivent être cultivés et se renouveler sans cesse pour rester à la hauteur de son héritage. En revanche, je pense que les grands défis de l’avenir vont être d’assumer sa responsabilité d’Opéra d’État (si l’État finit par stopper les coupes budgétaires de plus en plus drastiques d’année en année) en rendant ses spectacles accessibles au plus grand nombre et à une plus grande diversité sociale. Et enfin de continuer à innover en termes numériques en collaborant avec des artistes contemporains qui maîtrisent les nouvelles formes d’expressions.

Par Philippe Noisette. Photos : Ludovic Baron / Julien Benhamou / Patrick Tourneboeuf / Svetlana Loboff - Publié le

Vous aimerez sûrement les articles suivants…

Aucun commentaire

Ajouter votre commentaire

Rejoignez-nous sur Instagram Suivre @ParisCapitale