Evénement

Le renouveau du Théâtre du Châtelet

Après deux ans de travaux, le théâtre du Châtelet rouvre ses portes. Avec un lieu totalement restauré, depuis les façades jusqu’à la scène et la salle, en passant par toutes les parties publiques, foyers, galeries, escaliers... Avant la réouverture Paris Capitale a pu se glisser dans le théâtre, pour une visite guidée personnalisée.

Découvrir un théâtre encore en travaux, c’est voir une ruche d’ouvriers en action, des bâches et des échafaudages à tous les étages, des cartons de fauteuil sur la scène, de vieux tapis rouges empoussiérés et promis à une mort prochaine, quelques postes de radio pour égayer le travail des peintres maniant le rouleau, ou le pinceau pour les tâches plus artistiques…

Mais c’est aussi l’émerveillement des parties achevées. Sur les murs des parties publiques, un délicat décor en trompe-l’œil a été redécouvert et restauré, rappelant les demeures gréco-romaines. Dans la grande salle de spectacle, les balcons ont retrouvé leur éclat avec des peintures remettant à l’honneur de délicates frises florales, et des boiseries où toutes les feuilles d’or brillent à nouveau. L’immense lustre est encore descendu, déjà restauré et précautionneusement emballé. Il laisse voir la verrière, tout en haut, devenue un puits de lumière grâce à des vitres remises au jour. « Nous avons retrouvé ce plafond vitré qui était couvert de noir », explique Philippe Pumain, l’un des deux architectes de cette restauration. « Du coup, les metteurs en scène pourront jouer sur de meilleurs effets de lumières, avec de nouvelles lampes Led permettant une baisse de consommation d’énergie et tout un jeu de couleurs possibles. » Dans la salle, les fauteuils de velours rouge ne sont pas encore en place. Le sol en parquet est apparent et laisse voir des orifices réguliers, qui diffuseront chauffage ou climatisation selon les saisons. La scène, elle, est truffée de technologie moderne. « Cent kilomètres de câbles ont été changés », précise l’architecte. « Nous avons 60 porteuses de décors entièrement informatisées qui peuvent supporter chacune 750 kg et non plus 500 kg, et peuvent s’élever et s’abaisser à plus grande vitesse. »

Enfin, les quatre immenses statues allégoriques de la façade vont être remises en place, donnant une image, à l’identique, de ce théâtre inauguré en 1862 par l’impératrice Eugénie de Montijo, l’épouse de Napoléon III. « Le théâtre du Châtelet, comme celui de la Ville, a été conçu pour combler la destruction de nombreux théâtres du boulevard du Crime afin de créer la place de la République », rappelle Philippe Pumain. « L’Empereur a eu peur des émeutes et a commandé à l’architecte Gabriel Davioud les plans de deux théâtres populaires qui se feraient face sur une place emblématique comme celle du Châtelet, au beau milieu de Paris. » Le théâtre eut un public effectivement populaire, massé sur des bancs tout en haut, dans cet amphithéâtre que l’on rejoignait par des escaliers différents des nobles marches accédant au parterre.

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Théâtre du Châtelet

2, rue Édouard Colonne, 75001, Paris Tel : 01 40 28 28 40 www.chatelet.com
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Faire de ce Châtelet un théâtre “populaire”, c’est justement l’objectif de la nouvelle équipe en place, un duo détonnant composé de Ruth Mackenzie, Anglaise excentrique et réaliste en charge des choix artistiques, et son alter ego gestionnaire, le Français Thomas Lauriot dit Prévost. « Populaire », explique ce dernier, « cela veut dire ouvert à tous. Donc à tous les genres artistiques. On a la chance, ici, d’avoir ni troupe d’artistes ni orchestre à domicile. Nous pouvons programmer des projets très divers en repensant notamment le rapport artiste-public. »

La dream team a donc misé sur des spectacles où l’interactivité aura sa place, telle cette Parade inaugurale qui mènera (du 13 au 15 septembre) les spectateurs en “défilé poétique” derrière de gigantesques marionnettes, de la place de l’Hôtel de Ville jusqu’à la salle rénovée, comme pour mieux se ré-approprier ce théâtre tout neuf qui appartient à la ville de Paris. Parade, c’était le titre d’une œuvre iconoclaste des Ballets Russes créée dans ce même théâtre du Châtelet en 1917. De la danse, des costumes étranges, du cirque : voilà pourquoi c’est le circassien Stéphane Ricordel qui donnera ce jour-là un spectacle « avec plusieurs artistes de cirque dont une funambule qui sera à 4,50 m du sol, regardée par un petit garçon qui va grandir au fil de la traversée… » explique-t-il.

Éclectisme encore au fil de la saison, avec du théâtre en musique (Les Justes de Camus), de la danse (William Forsythe, Merce Cunningham, Pina Bausch, Akram Khan, Christopher Wheeldon.), de la danse qui chante (avec la reprise de la légendaire comédie musicale du Châtelet Un Américain à Paris), de la musique de toutes époques (Saül de Haendel, Les Troyennes en opéra coréen, le DJ Rone…), et puis “des femmes à l’honneur” souligne le directeur général avec Perle noire de Peter Sellars consacrée à Joséphine Baker, dont l’une des galeries du théâtre porte désormais le nom, ou encore le spectacle This Is How You Will Disappear de la Franco-Autrichienne Gisèle Vienne, sans oublier une première mondiale avec la musicienne malienne Rokia Traoré qui rendra hommage à Miriam Makeba, une icône de la lutte contre l’apartheid.

Le Châtelet sera aussi dans l’air du temps, avec des préoccupations écologiques : « Tous nos décors sont désormais fabriqués avec des matières recyclables », précise Thomas Lauriot dit Prévost. « Les toiles seront fixées sur des chassis réutilisables pour d’autres productions. Cela diminuera aussi leur volume et aura un impact écologique moindre sur le transport par camion. » Le Châtelet affiche 157 printemps, et une actualité toujours aussi fraîche et enlevée…

Par Ariane Dollfus. Photos : Mairie de Paris - Clément Dorval - Publié le

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