Exposition

Perriand la pionnière

Longtemps oubliée et pourtant aussi prolifique et disruptive que Le Corbusier, Jeanneret et Prouvé, l’architecte designer Charlotte Perriand revient dans la lumière grâce à la Fondation Louis Vuitton, à l’occasion de l’anniversaire des vingt ans de sa disparition.

C’est un beau roman, une belle histoire que nous conte la Fondation Louis Vuitton, une longue et pleine existence, celle de Charlotte Perriand (1903-1999), qui a traversé la quasi-totalité du XXe siècle avec la même curiosité juvénile. Dès son diplôme de l’Union Centrale des Arts Décoratifs en poche, elle s’est s’attelée à bouleverser nos façons de vivre, simplifiant pour le meilleur la décoration d’intérieur et l’architecture. À travers des reconstitutions minutieuses dans lesquelles prennent place deux cents de ses créations (réalisées seule ou en collaboration), cette exposition met en lumière ses liens avec les autres architectes et les artistes de son époque. Deux cents œuvres, qui ont joué un rôle direct ou inconscient sur son travail, rencontrent, au fil des galeries, son mobilier, ses plans, collages ou encore photos d’art brut. On croise au détour d’une salle, une céramique ou un tableau de son ami Fernand Léger, une toile de Pablo Picasso, de Georges Braque, de Joan Miró, un mobile d’Alexander Calder, un bronze d’Henri Laurens…

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Fondation Louis Vuitton

8 Avenue Mahatma Gandhi, 75016, Paris Tel : 01 40 69 96 00 www.fondationlouisvuitton.fr/fr/expositions/exposition/charlotte-perriand.html
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À l’âge de dix ans, lors d’un séjour à l’hôpital des enfants malades, elle est éblouie par la pureté monochrome de l’environnement, son dépouillement lumineux, la fonctionnalité du mobilier en fer, un ensemble sans fioritures qui contraste fortement avec le chaos du logement familial. C’est cette concision qui animera toute sa création et sa passion pour le métal va s’en trouver confortée. Son petit appartement-atelier de la place Saint-Sulpice lui offre un terrain de jeu grandeur nature, guidé par la volonté d’exploiter l’espace au mieux et au maximum. Elle y conçoit Le Bar sous le toit, un lieu de convivialité tout en cuivre nickelé et aluminium, aux assises en cuir violet et rose, qu’elle présente au Salon d’automne de 1927 et lui vaut la proposition de Le Corbusier d’intégrer son agence, où officie déjà Pierre Jeanneret. Elle signera avec eux deux créations qui s’imposeront parmi les pièces phare du design tubulaire du XXe siècle, et sont toujours éditées par Cassina : le fauteuil grand confort et la chaise longue basculante. Parallèlement, elle s’engage pour une démocratisation du mobilier et cofonde l’Union des Artistes Modernes (UAM) en 1929, en réponse aux salons académiques et à la rigidité de la Société des Artistes Décorateurs. En 1936, année du Front Populaire, elle imagine un mobilier de qualité, pour petits budgets. En 1940, nommée conseillère pour l’art industriel par le gouvernement japonais, elle part six ans à Tokyo, une expérience qui la conduit à introduire l’usage du bambou dans sa création. Cette expérience formatrice fait l’objet d’une section dans l’expo. « Il faut avoir l’œil en éventail » répétait-elle à sa fille Pernette, l’une des commissaires de l’exposition. Elle rentre en France en 1946 et participe aux grands chantiers de la reconstruction. Au début des années 50, elle est sollicitée pour créer La maison de Tunisie et celle du Mexique à la Cité Universitaire de Paris. Cette Savoyarde, qui a fait entrer le tabouret de traite dans les intérieurs citadins, connaît la consécration entre 1967 et 1989, lorsqu’elle fait jaillir des cimes, ex nihilo, la station de sports d’hiver Les Arcs, labellisée Patrimoine du XXe siècle par le ministère de la Culture en 2006. Se fondant dans le décor, ses immeubles de bois et de verre aux formes organiques épousent les reliefs et les pentes.

« Devant une belle page blanche, j’aimerais avoir 20 ans », disait celle qui à l’âge de 90 ans réalisait encore La maison de thé, à l’Unesco à Paris. Cet espace ouvert et éphémère où s’entrecroisent architecture, art et nature préfigure les axiomes du design d’aujourd’hui, comme un dernier élan visionnaire de la grande Charlotte Perriand.

Jusqu’au 24 février 2020
Fermé le mardi. De 11 h à 20 h, 21 h le vendredi, dès 10 h samedi et dimanche.
16 €

Plus d’informations sur le dossier dédié ici.

exposition-fondation-louis-vuitton-Charlotte-Perriand-Agence-Air-France-Londres-1957
Biographie

Biographie

  • Naissance à Paris
  • Étudiante à l’école de l’Union centrale des arts décoratifs
  • Architecture intérieure et équipement de son atelier place Saint-Sulpice. Elle devient associée de Le Corbusier et Pierre Jeanneret pour l’équipement mobilier
  • Collabore à l’équipement mobilier des principales réalisations de Le Corbusier et Pierre Jeanneret : Villa Church, Villa Savoye, la cité du refuge de l’Armée du Salut, le Pavillon suisse à la cité universitaire
  • Participation au Salon d’automne avec Le Corbusier et Pierre Jeanneret, première présentation du mobilier en tube - fruit de ses recherches au sein de l’atelier
  • Se spécialise dans l’architecture préfabriquée pour les loisirs : création de la Maison au Bord de l’eau, de centres de loisirs, hôtels et refuges en montagne
  • Nommée conseillère pour l’art industriel par le gouvernement japonais, elle part à Tokyo. Elle rentrera en France en 1946
  • Elle participe à de nombreux chantiers de la Reconstruction : Unité d’habitation de Toulon, Hôpital de Saint-Lô, Unité d’habitation de Marseille, Maison du Mexique et Maison de la Tunisie à la Cité universitaire à Paris, bâtiments en Afrique
  • Présentation de l’exposition « Proposition d’une synthèse des arts, Paris 1955, Le Corbusier, Fernand Léger, Charlotte Perriand », aux grands magasins Takashimaya à Tokyo
  • Conception des nouvelles agences Air France, Londres, Paris, Tokyo, Osaka, Rio, Brasilia
  • Equipement des salles du Musée national d’art moderne à Paris
  • Dirige la conception urbanistique et architecturale de la station de sports d’hiver Arc 1600 et Arc 1800 en Savoie
  • Réalisation d’une Maison de thé à l’Unesco dans le cadre du Festival culturel du Japon à Paris
  • Le 27 octobre, disparition de Charlotte Perriand à Paris
Par Florence Halimi. Photo : © Iwan Baan-Fondation Louis Vuitton. / F.L.C. - ADAGP, Paris 2019 © ADAGP, Paris 2019 © AChP / © Adagp, Paris, 2019-© Gaston Karquel/AChP / « Japon, 1954 » © Jacques Martin, archives Charlotte Perriand - ADAGP, 2019 - Publié le

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1 commentaire

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