Exposition

L’histoire précieuse de l’art islamique

À l’occasion de l’exposition au musée des Arts Décoratifs “Cartier et les arts de l’Islam. Aux sources de la modernité”, Pierre Rainero, directeur du style, de l’image et du patrimoine de Cartier, revient sur l’influence de l’art islamique dans les créations du célèbre joaillier

Coproduite par le musée des Arts Décoratifs et le Dallas Museum of Art, avec la collaboration exceptionnelle du musée du Louvre et le soutien de Cartier, l’exposition “Cartier et les arts de l’Islam. Aux sources de la modernité” relate les influences de l’art islamique sur les objets créés par Louis Cartier et comment ces trésors ont inspiré les joailliers de la maison du début du XXe siècle à nos jours. En effet, dès les années 1910, le joaillier a rassemblé une vaste collection d’art islamique. Les commissaires de l’exposition reviennent également sur les liens étroits tissés avec l’Inde grâce à Jacques Cartier, le plus jeune frère de Louis. Les inspirations issues de ses voyages, les matières premières importées, pierres précieuses ou apprêts, sont à l’origine de créations inédites à l’esthétique nouvelle qui offrent une vision résolument moderne de la joaillerie. Le répertoire de motifs géométriques et naturalistes, les associations de couleurs inattendues et les détails de construction d’un objet issus des arts de l’Islam constitue progressivement un langage stylistique propre à la maison Cartier. Plus de 500 pièces – bijoux spectaculaires et objets d’un raffinement inouï de la maison Cartier, chefs-d’œuvre de l’art islamique, dessins, livres, photographies et documents d’archives – plongent le visiteur dans l’histoire de la famille Cartier et explorent la manière dont le joaillier a adapté les formes et les techniques de l’art, de l’architecture et des bijoux islamiques, ainsi que des matériaux d’Inde, d’Iran et des pays arabes, en les synthétisant dans un langage stylistique moderne unique. Rencontre avec Pierre Rainero, directeur du style, de l’image et du patrimoine de Cartier.

Musée des Arts Décoratifs - "Cartier et les arts de l’Islam”

Tel : 107, rue de Rivoli, 1er. madparis.fr/
Voir l’itinéraire

Quelle est la genèse de cette exposition ?

Pierre Rainero. D’abord souligner une influence dans le style même de la maison qui n’avait jamais été traitée auparavant. Or, quand on s’interroge sur les formes et leurs origines, on s’aperçoit que l’Inde moghole et la Perse ne sont pas les seules à avoir donné naissance à des formes structurantes qui ont nourri le registre stylistique de Cartier. Ensuite, démontrer la spécificité de la maison dans sa recherche de formes nouvelles. Il existe un véritable processus créatif qui ne répond pas uniquement à des besoins commerciaux. En préalable à tout objet final signé Cartier, une réflexion sur un langage des formes est nécessaire et indispensable. La démarche muséale de la “preuve”, initiée par les commissaires de l’exposition, passe par la mise en scène d’une foule de documents qui attestent du lien entre une source d’inspiration (un objet, un catalogue d’exposition, un livre…) et les études sur les formes qui en découlent. Dernier point intéressant : montrer que l’Islam est un univers vaste qui défie tous les clichés car en fait il s’étend de l’Alhambra de Grenade aux palais du Maghreb en passant par l’Asie centrale et le Rajasthan. Au-delà du pourquoi de cette exposition, j’espère qu’elle aidera le grand public à percevoir autrement la richesse infinie des objets d’art islamique. Le visiteur peut étudier la composition esthétique et l’originalité des trésors islamiques (formes géométriques, motif dit fleuron, courbes de la mandore, associations de couleurs…) et comment ils ont influencé les créations Cartier et plus largement les arts occidentaux.

Quelles sont les créations Cartier les plus exceptionnelles dévoilées au musée des Arts Décoratifs ?

P. R. D’abord, je mentionnerai les merveilles de la collection de Louis Cartier, petit-fils du fondateur Louis-François Cartier, que l’accrochage rassemble en partie pour la première fois depuis leur dispersion, comme des manuscrits rares venus de Harvard, des plumiers, un couvercle en ivoire en provenance du Metropolitan Museum, un aspersoir moghol en jade incrusté de pierres précieuses… À l’époque, ils étaient laissés à disposition des dessinateurs de Cartier. Louis Cartier prêta des pièces de sa collection personnelle pour l’exposition sur les miniatures persanes aux Arts déco de Paris en 1912. Je pense aussi à la broche-cliquet de 1920 en platine, onyx, diamants, saphirs, corail et au collier composé de motifs en forme de goutte stylisant la feuille de boteh, commande du prince Rainier de Monaco en 1957 pour son épouse et prêté gracieusement par son fils le prince Albert de Monaco. Le visiteur redécouvre le collier Draperie créé en 1957 pour la duchesse de Windsor, explosion de teintes envoûtantes en or, platine, diamants, améthyste et turquoise. Sans oublier la parure de 1971 animée de motifs triangulaires et de pierres précieuses et dures, une des dernières visées par Jeanne Toussaint.

Quelles sont les influences de l’art islamique sur la joaillerie et sur les arts appliqués et décoratifs ?

P. R. Elles sont très importantes et très nombreuses. Par exemple, le bijou d’inspiration berbère, mêlant turquoise, argent et corail, fut très en vogue dans les années 70. Les associations des couleurs chaudes et des bleu et vert, omniprésents dans les céramiques arabes, intègrent la palette joaillière et plus largement la décoration. On pense à l’utilisation de la terre cuite et le recours à la technique de la céramique vernissée. En architecture par exemple, on note la présence de petites fenêtres pour les maisons afin de protéger les intérieurs de la lumière ou des intempéries dans les pays occidentaux voire nordiques.

Pierre Rainero. Cette exposition est-elle amenée à voyager ?

P. R. Le musée d’Art de Dallas va l’accueillir en mai 2022 avec l’addition de quelques bijoux contemporains de Cartier. n

Mad expo cartier ornement
Mad expo cartier collier
Par Fabrice Léonard - Publié le

Vous aimerez sûrement les articles suivants…

Rejoignez-nous sur Instagram Suivre @ParisCapitale