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Le Palais Galliera entre dans une nouvelle ère

Après deux ans de travaux, le Palais Galliera rouvrira ses portes en automne. Grâce au soutien de la maison Chanel, il s’est transformé en un véritable musée de la mode avec des collections permanentes et peut rivaliser avec le Victoria et Albert Museum de Londres ou le Metropolitan de New York. L’exposition inaugurale consacrée à “Gabrielle Chanel, manifeste de mode” marque le début d’une programmation impressionnante.

La jeune Espagnole Miren Arzalluz, directrice du Palais Galliera depuis deux ans, est désormais en charge non plus seulement d’un lieu d’expositions temporaires mais d’un véritable musée de la mode avec un immense espace dédié aux expositions permanentes. Une métamorphose dont elle a suivi les travaux avec minutie depuis 2018. Étape historique donc pour ce lieu magique qui se dote d’un parcours permanent grâce aux caves voûtées permettant de doubler les surfaces d’exposition. Les nouvelles galeries d’une superficie de 700 m2 célèbrent les vœux de Maurice Leloir, peintre, collectionneur et fondateur de la Société de l’Histoire du costume en 1907, qui voulait offrir à Paris un musée présentant une histoire de la mode en France, du XVIIIe siècle à nos jours… « Les chefs-d’œuvre du Palais seront particulièrement mis en valeur afin de souligner la qualité exceptionnelle des fonds du musée, résultat d’un siècle de collection », confie sa directrice. Réalisés par la ville de Paris avec le soutien de la maison Chanel, fruit d’une collaboration entre deux agences d’architecture parisiennes L’Atelier de l’Île et Ciel architectes, les travaux ont mis en valeur les voûtes de briques rouges et de pierre de taille des caves transformées en salles d’exposition. Un escalier chic et minimaliste en béton blanc poli a été ajouté qui relie les deux niveaux et poursuit la minéralité du rez-de-chaussée. Le musée Galliera est prêt pour fêter les cent ans de la donation de la collection Leloir à ville de Paris en 1920, avec la création d’une librairie et d’un atelier pédagogique. Et continue ainsi sa vocation dans l’esprit de Marie Brignole-Sale, duchesse de Galliera.

En effet, le palais Galliera est né d’un rêve de femme, Marie Brignole-Sale De Ferrari, mûe par une prodigieuse générosité, un goût affirmé pour les arts et une philanthropie sans faille. Bienfaitrice la plus riche de l’Empire, elle décide de construire un musée pour abriter sa collection d’œuvres d’art qu’elle souhaite léguer à l’État français, mais à la suite d’un imbroglio testamataire le sera à la Ville de Paris. Un terrain de plus de 17 000 m2 le long de l’avenue du Trocadéro et 6,5 millions de francs, permettent le début des travaux dès 1879. La duchesse fait appel à l’architecte Paul-René Léon Ginain, rival de Charles Garnier, pour réaliser une façade classique ornée de statues allégoriques des arts et métiers d’Henri Chapu, Gabriel-Jules Thomas et Pierre-Jules Cavelier. Indignée par les nouvelles lois prises par l’État français contre les nobles en 1884, la richissime aristocrate retire  ses inouïes collections à la France au profit de son Palazzo Rosso à Gênes ! Néanmoins, la construction du Palais Galliera demeure maintenue et il est inauguré, vide, en 1895 par le président Félix Faure. Tout d’abord Musée d’art industriel, ses espaces accueillent des expositions d’arts décoratifs, abrite le Salon des peintres, des ventes aux enchères comme des expositions temporaires. Ce n’est qu’en 1977 qu’il devient musée de la Mode et du Costume.

En 2010, arrive un personnage hors-norme à la tête du musée : Olivier Saillard. Historien de la mode, poète, cet amoureux fou du vêtement, ancien directeur du musée de la mode de Marseille, décide de redonner ses lustres au Palais Galliera. Il rallume alors les rouges pompéiens et le noir des boiseries. Pendant les quatre années que durent les travaux (2010-2013), l’impétueux Olivier Saillard sort les collections du musée, les expose au musée Bourdelle ou encore à la Cité de la mode et du design. Il est aussi le cerveau bouillonnant derrière vingt-huit expositions de mode en huit ans dont “Madame Grès”, “Les années 50”, “Jeanne Lanvin”, “Balenciaga l’œuvre au noir”… En 2018, Olivier Saillard, l’esthète, part pour de nouvelles aventures chez J.M. Weston et au sein de la Fondation Azzedine Alaïa. Désormais, Miren Arzalluz poursuit le rêve pour de nouvelles générations. Aux manettes des futurs shows parisiens de la mode, son plus grand désir est de transmettre au public la culture du vêtement. Diplômée du Courtauld Institute of Art, à Londres, ex-directrice de la collection de la Fondation Cristóbal Balenciaga à Getaria au pays Basque espagnol, cette scénographe hors pair a également développé une brillante expérience de commissaire ou de chercheur associé pour plusieurs expositions marquantes dans le domaine de la mode durant ces dix dernières années.

Les salles baptisées Gabrielle Chanel accueillent aujourd’hui l’une des plus belles et riches collections au monde avec 200 000 vêtements, accessoires, photographies, dessins, illustrations, estampes présentée à la faveur d’accrochages sous des thématiques différentes. Le programme d’expositions de Miren Arzalluz commence avec un hommage à l’emblématique révolutionnaire du vêtement : Gabrielle Chanel. Il se poursuivra avec “Vogue 100 ans” et “Paolo Roversi”. Une nouvelle ère commence. 

PALAIS GALLIERA – voûtes
Par Anne Kerner. Crédit photo 2 : Pierre Antoine - Publié le

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