Spectacles

Chez Michou… sans Michou, La renaissance d’un lieu mythique

Deux ans après la mort de Michou et malgré la pandémie, le célèbre cabaret parisien s’est relevé de plus belle, avec à sa tête Catherine Jacquart, sa nièce. Une renaissance, qui s’équilibre subtilement entre tradition et modernité. Bienvenue au cabaret !

Quand on pense à Montmartre, deux images viennent à l’esprit : le Sacré-Cœur et Michou, créateur du mythique cabaret transformiste du 80 rue des Martyrs. Mais le 26 janvier 2020, une question a subitement brûlé les lèvres de nombreuses personnes : Fallait-il continuer sans “l’homme en bleu”, le maestro des lieux depuis 66 ans, qui, chaque soir jusqu’à la fin, accueillait ses clients qu’il appelait “mes amis” ? Car si pendant longtemps, Michou a souhaité la fermeture du cabaret à sa mort, il est finalement revenu sur sa décision, en laissant une lettre-testament à son unique nièce, Catherine Jacquart : « La poursuite de son activité dépendra de vous tous et de votre détermination à continuer ce merveilleux spectacle, à maintenir la magie », écrit-il. Face à ses dernières volontés, Catherine Jacquart, qui a travaillé à ses côtés pendant vingt-cinq ans, confie avoir peu hésité : « J’ai réuni toute la troupe en leur demandant s’ils voulaient continuer. Ils m’ont répondu : ‘On est avec toi, on fonce’. Sans eux, cela n’aurait pas été possible. » Tout en voulant garder l’ADN de Michou, à savoir « la qualité, l’élégance, la fête et l’humour, mais sans aucune vulgarité », Catherine Jacquart et toute son équipe ont su.
donner un nouveau souffle au cabaret.

The Show must go on

Résultat, elle repense la structure de la salle et place une régie ultra-moderne au fond, quitte à rogner sur des tables, alors qu’il n’y a que 75 places assises. Côté gastronomie, elle revoit l’offre, pour la monter en gamme : « Tout doit être cuisiné sur place, avec des produits frais, et de saison. La nouvelle carte a d’ailleurs été validée par un chef », explique Catherine Jacquart. Surtout, elle nomme un nouveau directeur artistique, Christian Cousseau, dit Marie-Pierre, une Michette depuis 35 ans, qui interprète à merveille Liane Foly, Cher (et le professeur Raoult). Il élabore ainsi un nouveau spectacle, “Destination Michettes”, dans lequel il s’inspire des codes de la maison, pour mieux les transcender : « J’ai pris conscience que le show n’évoluait pas, alors j’ai soigné les éclairages et revu l’esthétisme général », dit-il avant de poursuivre : « Mais à chaque fois que je prends une décision, je me demande si Michou serait d’accord. Si j’ai un doute, je ne le fais pas. » Symbole de ce mélange entre tradition et modernité ? Le prologue pop et acidulé. Les trois artistes en scène parés d’un costume rose bonbon reprennent une chanson vieille de 40 ans, remastérisée version “boîtes de nuit 2022”.

Ensemble, c’est tout

Sur la plus petite scène de Paris (2 m2), les huit Michettes se succèdent pendant une heure et demie, dans des tableaux plus impressionnants de ressemblance les uns que les autres. Avec à chaque fois, à nouveau, un subtil équilibre entre l’ancien et le nouveau. De Hoshi à Régine, en passant par Lady Gaga ou Sylvie Vartan, il y en a pour tous les goûts. Et, cela se ressent dans le public, plus jeune qu’avant. Ainsi, Clémence, 28 ans, est agréablement surprise : « Je ne m’attendais pas à entendre du Jennifer Lopez et à voir des personnages modernes ! C’est beau de les voir tous ensemble. » Une chose en effet réunit ces papillons de nuit, comédiens incroyables bien plus que de simples transformistes : l’unité, comme une famille. Dans cette joyeuse troupe, dont étonnamment, seulement deux sont maquilleurs professionnels, subsiste une forte volonté de transmission, comme l’explique d’ailleurs Patrice, au cabaret depuis douze ans et dont l’énergie déborde sur scène (Zaz, Nolwenn, Hoshi) : « Quand je suis arrivé, ils ont tous mis la main à la pâte pour m’expliquer les techniques de make-up, et j’ai appris sur le tas. » Aujourd’hui, il est une sorte de mentor pour le benjamin de la troupe, Antoine, 19 ans seulement. Une passation de talent depuis 66 ans, qui est très bien racontée dans le livre La Nuit en bleu, cabaret Michou, l’esprit d’un mythe, de Sylvain Dufour et François Soustre (éd. du Cherche Midi). Et dans la salle, les étoiles plein les yeux, les “amis” du cabaret ressortent en pensant à cette célèbre phrase de Michou : « Mais quelle belle soirée ! »

Cabaret Michou

80, rue des Martyrs, 18e Tel : 01 46 06 16 04 www.michou.com/
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Par Paola Dicelli - Publié le

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