Interview

Camille Thomas, Rayonnante violoncelliste

À 29 ans, Camille Thomas est la plus en vue des violoncellistes française. Née à Paris de parents bruxellois, la jeune femme, qui se considère comme une Belgo-Parisienne, s’est vue prêter par Bernard Magrez, propriétaire du château Pape Clément, un sublime instrument : un Gagliano de 1788. Le 3 avril prochain, elle jouera avec cet extraordinaire violoncelle un concerto spécialement composé pour elle sur la scène du théâtre des Champs-Élysées.

Camille, comment cette passion du violoncelle vous est-elle venue ?

À l’âge de 4 ans. Ma mère était pianiste. Ma sœur aînée jouait du violon. Pour m’aider à choisir ce que j’allais moi-même pratiquer, mes parents m’ont fait écouter différents disques sur lesquels figuraient toutes sortes d’instruments. J’ai eu un coup de foudre immédiat pour le son grave et chaud du violoncelle qui ressemble à la voix humaine et qui est tellement émouvant…

Votre scolarité a-t-elle classique ?

Entre 5 et 10 ans, j’ai intégré la maîtrise de Radio France avant de suivre une scolarité aménagée au lycée Racine. Quand je joue du violoncelle, j’ai l’impression de chanter et pour moi, la musique commence où les mots s’arrêtent. J’essaie de parler, de raconter quelque chose au-delà de la frontière du langage. Je veux parler d’un cœur à l’autre.

À l’âge de 18 ans, vous partez pour l’Allemagne.

Où je vais rester près de dix ans, avec la sensation que quitter mon cocon confortable me ferait encore davantage progresser. J’étais surtout très attirée par la sensibilité slave exacerbée de la culture allemande, dont Brahms et Schumann sont de merveilleux représentants. À Berlin, où j’ai passé les trois premières années de mon séjour outre-Rhin, il y a encore deux conservatoires et deux philharmonies, les uns correspondant à l’ex-RDA, les autres à l’ex-RFA. Moi, j’étais au conservatoire de l’ex-Allemagne de l’Est où enseignaient encore de remarquables professeurs russes. Ensuite, j’ai habité Cologne pour suivre un autre professeur, avant de finir mon circuit à Weimar. Je suis revenue à Paris il y a seulement trois ans.

La capitale ne vous a-t-elle pas manqué durant toutes ces années ?

Oh si ! Au début j’étais heureuse de quitter le côté auto centré de Paris, mais sa beauté et son foisonnement culturel m’ont rapidement manqué. D’ailleurs, j’avais en permanence sur ma cheminée un grand livre illustré des ponts de Paris ! J’étais également en manque de l’élégance d’esprit des Parisiens, de leur raffinement, de leur art de vivre. Sortir au restaurant, boire un bon vin, avoir le sens de la fête, autant de choses que je ne trouvais pas en Allemagne. Je suis moi-même une épicurienne qui adore la vie, ce qui ne m’empêche pas d’avoir des moments de nostalgie et de mélancolie.

À Paris, où avez-vous posé vos valises ?

À Montmartre. Après avoir grandi dans le Marais, j’ai eu envie de me sentir au-dessus de la ville. J’habite au pied des 40 marches qui mènent à la butte et, une fois arrivée en haut, on a totalement l’impression d’être sortie de Paris. J’ai la chance d’avoir des voisins très compréhensifs que mes sept heures de musique par jour ne font pas broncher. En même temps, je suis en concert à travers le monde une bonne partie de l’année. À Noël, pour la première fois depuis dix ans, je me suis autorisée dix jours de vacances sans violoncelle ! Un break qui m’a fait beaucoup de bien, car j’étais épuisée émotionnellement !

Camille Thomas Interview Paris Capitale Magazine (1)

 

Ce rythme n’est-il pas trop difficile à tenir pour la jeune mariée que vous êtes ?

Je me suis mariée à 23 ans et mon mari, haut fonctionnaire et passionné de musique, me soutient énormément. Et puis, nos séparations forcées évitent la routine et rendent chacune de nos retrouvailles encore plus intenses. En ce moment, je suis dans une période très heureuse de ma vie. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité faire un album très solaire. Ce n’est pas parce que les morceaux ont été écrits il y a cent ans qu’ils ne sont plus actuels. Ils sont atemporels.

Un album que vous avez eu la chance d’enregistrer avec un violoncelle exceptionnel.

L’homme d’affaires œnologue Bernard Magrez, mélomane averti, souhaitait offrir un instrument d’exception à un jeune interprète. Il s’est renseigné auprès de journalistes musicaux pour savoir qui, à leurs yeux, pouvait mériter cette attention et ils lui ont parlé de moi. J’ai eu la chance de pouvoir choisir mon instrument, ce qui est rarissime dans ce cas. J’ai parcouru toute l’Europe à la recherche de “mon” violoncelle pour finalement le trouver à Paris : un Gagliano de 1788. Un instrument est à son interprète ce qu’est la baguette magique à Harry Potter : un fluide se crée entre un musicien et son instrument. Depuis, Bernard Magrez l’a renommé du nom de son plus grand vin : Le Château Pape Clément.

Pourquoi avoir choisi des œuvres de jeunesse de Saint-Saëns et Offenbach pour ce nouvel album ?

Pour mon premier disque chez Deutsche Grammophon, j’ai souhaité un programme sous le signe de la joie, de la jeunesse et de l’émotion de ces deux compositeurs que j’adore. Le premier concerto de Saint-Saëns était considéré par Rachmaninov et Chostakovitch comme l’un des plus réussis concertos pour violoncelle. Quant à Offenbach, si beaucoup de gens ne voient en lui qu’un homme léger créateur d’opérettes comme La Vie parisienne, il était bien plus que cela et j’ai voulu aller au-delà du cliché. Fils d’un cantor de synagogue, il a été au départ un violoncelliste remarquable, une sorte de Paganini du violoncelle de son époque.

Le 3 avril, vous allez jouer au théâtre des Champs- Élysées une œuvre spécialement écrite pour vous…

Un concerto pour violoncelle écrit par le compositeur turc Fazil Say qui s’appelle Never Give Up (qui dit qu’il ne faut jamais renoncer à l’espoir face à l’obscurantisme et au terrorisme). Lui-même a beaucoup souffert de l’obscurantisme dans son pays. Ce concerto a été commandé par Bernard Magrez. C’est un mécène formidable qui soutient la création.

Aurez-vous particulièrement le trac avant d’entrer en scène ?

Avant de jouer, j’ai toujours le trac même si je suis dans ma bulle. Après avoir répété avec l’orchestre le matin, je passe l’après-midi à me mettre en condition mentale, à entrer dans mon personnage même si, avant d’entrer en scène, le trac augmente tellement que j’ai parfois envie de vendre des crêpes en Bretagne ! (Rires) Mais dès que j’entre sur scène et que le partage commence, mon trac s’évanouit et je suis très heureuse. À l’image de mes modèles Rostropovitch et Jacqueline du Pré, quand je joue, je donne tout.

Bio Express

Bio Express

  • naissance à Paris.
  • commence le violoncelle.
  • Conservatoire de la rue de Madrid. Premier prix de violoncelle et bac littéraire mention Bien.
  • début de l’aventure allemande. Entre à la Hochschule für musik Hanns Eisler de Berlin.
  • nommée dans la catégorie révélation soliste instrumentale aux Victoires de la Musique. Premieur prix au concours de l’Union européenne : New Talent of the Year.
  • première femme violoncelliste à signer un contrat d’artiste exclusif international avec Deutsche Grammophon qui fut la maison de disques de Rostropovitch et Karajan.
  • Sortie de l’album consacré à Saint-Saëns et Offenbach.
  • création du Concerto de Fazil Say au théâtre des Champs-Élysées.
Par Caroline Rochmann. Photos : Stéphanie Slama - Publié le

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