Promenade

Du côté de la Rue du Mail

Fief des éditeurs de tissu, la rue du Mail déroule le fil de son histoire depuis la place des Petits-Pères. Un lieu au charme immuable où domine la basilique Notre-Dame-des-Victoires. Ici, le temps semble s’être arrêté, il fait bon s’attarder à la terrasse du Moulin de la Vierge, flâner dans les boutiques mode de la place des Victoires. Un Paris authentique qui n’est pas encore gagné par la frénésie de la capitale… mais calme et bien ordonné.

Paris peut se vanter de compter cinq places royales : celle des Vosges, Dauphine, Vendôme, de la Concorde et… des Victoires. Cette dernière, située à la pointe du très historiquement riche 2e arrondissement de Paris est dédiée à Louis XIV et à ses conquêtes militaires. Elle a été réalisée par le célébrissime architecte Jules-Hardouin Mansart qui en a conçu les plans afin que les rues adjacentes aboutissent au pied de la statue du roi. Cette fameuse statue équestre, signée Joseph Bosia, qui semble toujours surveiller la destinée de la place, victoires militaires au départ, prêt-à-porter de luxe désormais. Faites la mode pas la guerre, semble dire aujourd’hui la place des Victoires aux petites rues et places qui l’entourent, en particulier celle des Petits-Pères, sur laquelle semblent veiller Louis XIV, à quelques encablures, et Napoléon. En effet, la rue d’Aboukir, voisine de la place, doit son nom à l’une des victoires de l’empereur en Égypte. De là à imaginer que cette petite place “pète le feu”, il n’y a que quelques pas, baskets ou escarpins, au choix, et pourtant… Lorsqu’on se balade place des Petits-Pères, au beau milieu de ce 2e arrondissement, un sentiment domine : celui de se rendre dans un endroit calme, bien ordonné, offrant un parfait mélange de boutiques et de monuments, bien conservés, bien entretenus. Un lieu fréquenté par une population qui, pour venir d’horizons divers, se retrouve en cet endroit animé par le même désir, celui de passer un moment élégant, savoureux et chaleureux. L’histoire de la place y est peut-être pour quelque chose, elle mérite que l’on s’y attarde. Jadis, elle abritait un monastère, celui des Augustins Déchaussés, dits “Petits Pères”. Nous y voilà ! Mais là où l’histoire devient amusante, c’est que si ces “Petits Pères” se sont retrouvés ici, c’est parce qu’ils chantaient faux et parce que la Reine Margot avait l’oreille fine.

 

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Rue du Mail

Rue du Mail, 75002, Paris
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En effet, la Reine Margot, au début du xviie siècle, avait intimé aux moines l’ordre de chanter toutes les deux heures, dans la chapelle des louanges qu’elle avait fait ériger dans son hôtel de la rue de Seine. Las, les moines chantaient tellement faux que la reine les renvoya… Que devinrent-ils ? Louis XIII vint à leur secours en leur donnant, en 1628, un terrain sur la rive droite de la Seine, où ils construisirent un monastère dont la chapelle devint l’église Notre-Dame-des-Victoires (elle fut gratifiée du titre de basilique par le pape Pie XI en 1927). Construite entre 1629 et 1750, consacrée en 1836 au cœur immaculé de Marie, l’église et les Petits Pères ont ainsi créé un lieu, servi de rassemblement d’abord à de nombreux magasins d’objets de culte qui, peu à peu ont été remplacés (pas tous, il reste Au Cœur Immaculé Marie) par des officines plus contemporaines, mais faisant toutes appel au bon goût, voire au goût tout court… Il n’est que de voir les mines ravies des clients du bar du Moulin de la Vierge, sis au coin de la place et de la délicieuse rue Vide-Gousset, qui doit probablement son nom à quelques vols commis lorsqu’elle était isolée près de la place Charles V ! Oui, ici se retrouve une population variée qu’unifie un même désir de calme et de beauté… Car la place des Petits-Pères, de petite dimension, à dimension humaine aurait-on envie de dire, présente de beaux motifs de contemplation. En plus de la basilique Notre-Dame-des-Victoires, plusieurs maisons et constructions attirent le regard et réjouissent la rétine. Au numéro 5, s’est installée l’annexe de la mairie du 2e arrondissement dont les façades et les toitures de l’immeuble sont inscrites aux monuments historiques. Pratiquement en face, toujours au coin de la rue Vide-Gousset, se dresse un immeuble de belle facture, et l’on ne pourra pas ne pas remarquer la fameuse maison bleue qui, surmontée d’une statue de la Vierge Marie abrite aujourd’hui Maison Bleue, justement, un styliste-coiffeur, ou le délicieux bar du Moulin de la Vierge dont les pâtisseries ne donnent qu’une envie : supprimer la gourmandise des 7 péchés capitaux.

Outre les constructions, les lieux de rendez-vous, la place est l’aboutissement de petites rues tout aussi tranquilles et élégantes. En tout premier, celle du Mail, “la” rue par excellence des amoureux du tissu, ouverte en 1634 à l’emplacement du mail qui s’étendait de la porte Montmartre à la porte Saint-Honoré. On y trouve les plus grandes marques comme Lelièvre ou Pierre Frey.

Le promeneur ne pourra s’empêcher de faire quelques incartades vers l’une des plus célèbres galeries parisiennes, la galerie Vivienne, construite en 1823, au sol de mosaïques d’époque, inscrite aux monuments historiques, puis vers la rue d’Aboukir, où deux boutiques retiendront son attention, l’une, Adieu, avec un nouveau concept de chaussures, l’autre, Design et Nature avec un hommage à la nature, sa faune et sa flore, bien dans l’air du temps. Alors, à propos de temps, une constatation s’impose, c’est que la “pépère” place des Petits-Pères et ses alentours sont restés “dans leur jus” et que peu d’entreprises nouvelles y voient le jour. Lorsqu’on en parle avec les résidents, c’est justement ce qui fait le charme de l’endroit, c’est justement ce qui attire. Partant du principe que plus ça change et plus c’est la même chose, la place des Petits-Pères à encore de beaux jours devant elle.

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Par Vivianne Blassel. Photos : Stéphanie Slama - Publié le

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