Interview

Nine d’Urso Une Parisienne arty

Comédienne vue chez Xavier Legrand et Olivier Assayas, Nine d’Urso est une artiste pleine de surprise(s). En cette fin d’année, elle revient avec un beau livre, Solution de continuité, composé de plus de 200 dessins qu’elle a réalisés à la suite d’entretiens menés avec des personnes d’horizons très variés. Du grand art !

À l’origine de votre livre, Solution de continuité, il y a une exposition collective à laquelle vous aviez participé, autour du thème des fantômes. Comment s’est opérée cette transition ?

C’est parti d’une rencontre avec une artiste incroyable, Felicitas Yang. Tout ce qu’elle touche se transforme en or. Pour cette exposition à laquelle j’ai participé, elle a relié un livre composé de croquis que j’avais réalisés. Cet objet était en quelque sorte le prototype de Solution de continuité. Finalement, l’idée d’un livre est assez ancienne. J’aime la lecture depuis mon enfance, et, au départ, je voulais même être enseignante. Qu’il y ait eu ce glissement de l’exposition vers le livre est donc un très bel accomplissement.

Au cours des entretiens que vous avez menés pour réaliser ce projet, vous avez posé cette question à vos inter- locuteurs : « Qu’est-ce qui, dans ta vie, a commencé et s’est arrêté sans jamais arriver à son terme ? » Certaines réponses vous ont-elles marquée plus que d’autres ?

Je me souviens clairement de cette personne qui avait arrêté de se droguer et dont la vie s’était nettement améliorée suite à cette décision. On a souvent tendance à penser que la fin est une mauvaise chose. Mais, au contraire, cela peut être une bonne nouvelle. Si les choses s’arrêtent, c’est finalement parfois pour le meilleur et non pour le pire.

Pour réaliser son livre, Nine d’Urso s’est livrée à un exercice qu’elle affectionne tout particulièrement : poser des questions aux gens.

Parmi les personnes que vous avez interrogées, il y a vos proches, mais aussi des inconnus. Comment les avez-vous abordés ? A-t-il été facile de les convaincre de participer à ce projet ?

J’ai vraiment tenu à traiter tout le monde de la même façon. Parmi toutes les personnes que j’ai interrogées, certaines connaissaient dès le départ mon projet, et d’autres non. Aussi, certaines célébrités que j’ai rencontrées ont souhaité rester anonymes. À l’origine de cet ouvrage, il y a l’une des choses que j’aime le plus dans la vie, à savoir poser des ques- tions aux gens. Il y a de nombreuses personnes, invisibles pour la société, à qui on ne demande jamais rien. Pourtant, ce qu’ils ont à raconter est souvent passionnant…

On vous connaissait comédienne et on vous retrouve aujourd’hui dessinatrice. Quelle place le dessin occupe- t-il dans votre vie ?

Il occupe une place essentielle. Le dessin a toujours été présent dans ma vie. C’est un mode d’expression avec lequel je me sens à l’aise et qui me donne une vraie liberté.

Solution de continuité, au-delà d’être un beau livre, est aussi un objet littéraire qui attire l’attention, ne serait-ce que pour la préface du grand écrivain italien Erri De Luca. Pouvez-vous nous en parler ?

Il a écrit un livre avec ma mère [Inès de la Fressange, ndlr], intitulé L’Età sperimentale, que l’on peut traduire par “L’Âge expérimental” . Il est sorti l’an dernier en Italie. Par la suite, Erri a rencontré, grâce à ma mère, la réalisatrice Audrey Gordon, qui l’a fait tourner dans un film expé- rimental intitulé I pesci non chiudono, où je jouais le rôle de sa mère. Sur le tournage, il a vu que je dessinais et m’a encouragée à poursuivre dans cette voie. Avec sa femme, Paola, également d’un précieux soutien, ils sont en quelque sorte à l’origine du livre.

Au cinéma, vous avez tourné avec des auteurs renommés tels qu’Alain Cavalier, Xavier Legrand ou encore Olivier Assayas. Quels sont ceux avec lesquels vous aimeriez travailler désormais ?

J’admire beaucoup le travail du réalisateur Alain Guiraudie. Mais, plus que des cinéastes, je suis surtout transportée par les univers de plusieurs metteurs en scène de théâtre, comme Emma Dante et Lorraine de Sagazan.

Vous incarnez à merveille la figure de la Parisienne. Si vous deviez la définir, que diriez-vous ?

Être Parisienne, ce n’est pas forcément venir de Paris. C’est aussi être originaire d’autres villes, d’autres pays. Paris, comme la Parisienne, a de nombreuses origines. Vivre dans une capitale comme Paris et la ressentir pleinement, c’est aussi la quitter pendant quelque temps pour mieux la retrouver ensuite. C’est un peu ce que j’ai fait ces dernières années en vivant dans d’autres villes comme Lyon et Lille.

 

 

Son actualité:

  • Solution de continuité (Flammarion), 928 pages, 35 €

Qu’y a-t-il de typiquement parisien en vous ?

Le fait de ne pas arrêter de critiquer Paris (rires). Je suis une grande râleuse, et je m’indigne de tout un tas de choses, que ce soit le métro, le prix de la bière ou l’abonnement du Vélib’. C’est finalement très Parisien, de râler.

Quels seraient, selon vous, les trois indispensables de la Parisienne ?

Un endroit secret où l’on prend plaisir à se ressourcer, de bonnes chaussures, car Paris est une ville qui se visite surtout à pied, et un passe Navigo pour en découvrir les richesses et celles de sa banlieue sans nuire à son bilan carbone (rires).

D’après Ernest Hemingway, Paris est une fête. Et vous, Nine d’Urso, si vous deviez choisir un mot pour définir la ville, ce serait lequel ?

Je dirais “choix”. Vivre à Paris est une décision qui demande un certain courage. C’est une ville magnifique mais qui peut être aussi assez violente. Paris, c’est un choix qui laisse tout sauf indifférent.

Les bonnes adresses de Nine d’Urso

Les bonnes adresses de Nine d’Urso

  • Une incroyable artiste du cheveu, comme on en trouve très peu. 28, rue du Mont-Thabor, 1er.
  • L’un des endroits où je me sens le mieux à Paris. Je ne m’en lasse jamais. Pl. St-Michel et bd du Palais, 6e.
  • Certainement le musée parisien avec le plus beau jardin, agréable à n’importe quel moment de l’année. 77, rue de Varenne, 7e.
  • La boutique de ma mère regorge de véritables trésors. Impossible d’en repartir les mains vides ! 24, rue de Grenelle, 7e.
  • L’un des plus beaux hôtels de la ville, très chic, et idéalement placé pour les touristes qui veulent découvrir Paris. 12, rue Jean-Goujon, 8e.
  • J’habite dans le quartier, et ce petit bistrot est devenu l’un de mes repaires fétiches. 25, rue Condorcet, 9e.
  • Il y a de très beaux cinémas à Paris, mais le Louxor est peut-être celui qui me procure le plus d’émerveillement. 170, bd de Magenta, 10e.
  • Une petite cantine asiatique dont les spécialités à la vapeur sont de véritables délices. 54, av. Philippe-Auguste, 11e.
  • Parmi les parcs de Paris, celui de Belleville a ma préférence, ne serait-ce que pour la vue imprenable sur la ville. 47, rue des Couronnes, 20e.
  • J’ai toujours besoin de livres, et je suis sûre de trouver mon bonheur dans cette librairie de quartier qui propose de nombreuses références. 2, rue de la Mare, 20e.
Par Antoine Le Fur - Publié le

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