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Plein feux sur LA CASERNE

Cette ancienne caserne de pompiers, reconvertie en incubateur dédié aux métiers de la création et de la mode durable et éthique, accueille aussi de nombreux espaces de partage ouverts sur le quartier. Elle abrite un rooftop couvert, une salle de danse, un club de jazz, un café-restaurant végétarien, quelques boutiques et une immense cour.

Le 10e arrondissement continue sa transformation pour devenir l’un des quartiers le plus éco-responsable de Paris. Nombre d’initiatives y prennent place avec, entre autres, la revalorisation des espaces verts dans un secteur très dense connu pour ses deux gares. Certaines rues changent et se gentrifient comme la rue d’Enghien avec ses bars et ses restos branchés. Du côté de la gare du Nord, le grand chantier de rénovation de la Caserne Château-Landon, qui a duré près de deux ans et demi, prend vie. Longtemps dévolus aux pompiers et fermés depuis 2005 pour des raisons de salubrité, ces beaux bâtiments de briques et de pierres retrouvent une nouvelle activité. La Caserne abrite désormais le premier incubateur de mode durable… et pas seulement. « Nous voulons en faire un vrai espace de vie que les gens du quartier et tous les Parisiens s’approprient », explique Maëva Bessis, la directrice des lieux. « Non seulement, nous accueillons une quarantaine de sociétés que nous aidons et soutenons dans leur démarche vers une production plus éco-responsable, mais nous voulons aussi ouvrir le lieu comme un espace festif, convivial, culturel. » Une respiration dans un quartier qui cherche à changer sa réputation mise à mal ces dernières années aux abords des grandes gares du Nord et de l’Est. Un lieu pour tous comme le définit Maëva Bessis.

La Caserne

12, rue Philippe-de-Girard, 10ème www.lacaserneparis.com/
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Ici la mode se veut donc responsable comme toutes les autres initiatives. Alors à La Caserne, le restaurant au rez-de-chaussée, qui donne sur la sublime cour pavée de 800 m2, sera végétarien. Le bar en rooftop est végétalisé grâce au soutien du programme RSE de la marque Aigle dont les fameuses bottes servent de pots aux plantes alimentaires ou non. Des plantes dont certaines viendront agrémentées les cocktails. Ouvert en hiver ou non ? « Nous réfléchissons à savoir si il pourra être exploité l’hiver, confie Maëva Bessis, il est bien sûr hors de question de mettre des radiateurs chauffants, ce serait contraire à notre vision environnementale, alors peut-être des plaids… » Quant à la cour, poumon du lieu à partir de laquelle tous les espaces sont distribués, elle sera au cœur de grands événements, comme Conscious Festival, qui s’est tenu en septembre, aux buts éducatif et festif sur l’écologie. Éduquer, sensibiliser, mobiliser sur les questions environnementales, tels sont les enjeux initiaux de ce projet. Pour mener à bien ces idéaux, deux salles sont prévues pour organiser tout au long de l’année des conférences et des formations. Clin d’œil au bal des pompiers, on est dans une caserne ne l’oublions pas, une salle de bal a été aménagée de même qu’un club de jazz en sous-sol dont la programmation n’a pas encore été dévoilée. Lieu de vie, lieu festif, La Caserne est aussi un lieu d’innovation et d’entreprenariat éco-responsable, sa vocation première. D’ailleurs, les 4 000 m2 ont été rénovés avec goût tout en respectant le même motto d’écologie responsable. « On a cherché à garder l’essence du lieu. J’ai particulièrement veillé à ce que les pierres des murs, les escaliers en bois et même le carrelage à petits carreaux si caractéristique des années 60 soient conservés. Une passerelle reliant tous les bâtiments entre eux a été créée pour fluidifier les parcours », met en avant Maëva Bessis. Le résultat, après plus de 5 millions investis ? Un bâtiment beau et fonctionnel. Ce projet, financé par l’industriel français Jacques Veyrat et soutenu par LVMH, Kering et Woolmark, sert donc de tremplin à des marques qui souhaitent travailler avec des matériaux durables et/ou recyclés dans leurs collections. Une quarantaine de marques ont été sélectionnées qui bénéficieront de locaux, d’espaces de production et surtout de toute la logistique et du soutien de La Caserne. 25 d’entre elles dans le prêt-à-porter, et les 15 autres sont spécialisées dans la maroquinerie. Alice Watier et Laura Dalaloy pour Yuni et Yunan (ici et là en laotien) font partie des créatrices participant au projet. Toutes deux apprécient le fait d’avoir un lieu vaste et lumineux où produire et échanger avec d’autres personnes qui rencontrent les mêmes problématiques qu’elles et surtout de bénéficier de tout le support d’information de La Caserne. Maëva Bessis et son équipe sont à l’affût de toutes les aides qui existent (et elles sont nombreuses mais pas toujours connues ou faciles à dénicher), les informent, organisent des réunions, des mises en contact. Alice Watier, après ses formations en BTS et en CAP en maroquinerie, conçoit des sacs personnalisables et organise des ateliers pour les fabriquer avec ses clientes. Laura Dalaloy pour Yuni Yunan travaille avec des chutes de cuir ce qui l’a conduite à s’orienter vers un travail proche de l’origami pour en tirer bénéfice. L’espace mode se joue au sous-sol, avec un accès gratuit à un studio photo et à un atelier de 100 m2 équipé de machines adéquates. Jeanne Friot y travaille à temps plein pour sa ligne de vêtements non genrés où elle utilise des matériaux originaux plumes, coquillages, cordes… Elle a aussi accès à un bureau personnel et personnalisable pour la partie administrative ou de création de sa marque. Un coup de pouce qui dure trois ans, le temps pour que ces 50 entreprises puissent se lancer ou revoir leur mode de fonctionnement pour produire de façon plus responsable et prendre (et tenir) des engagements durables. Un lieu hybride où entreprises et commerces – une fleuriste est installée avec des plantes essentiellement locales, et le concept store premium de créateurs L’Exception a quitté le 1er pour La Caserne – cohabitent avec des espaces dévolus aux rencontres et conférences, à la restauration, à la culture… Un lieu de vie qui prône une attitude responsable et respectueuse de la planète.

La caserne Maeva Bessis directrice de la Caserne
La caserne laura dalaloy
Par Dominique Millérioux - Publié le
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