Exposition

Le parcours mode de la rentrée

Mises en scène, sujets audacieux, trésors inconnus, la mode au musée séduit. À Paris, à la rentrée 2019, les expositions événementielles se multiplient avec la révolutionnaire collection Tati chez Azzedine Alaïa, les trésors inspirés par Mondrian chez Yves Saint Laurent, la mise en valeur du dos au musée Bourdelle, les souliers au MAD, les porte-monnaie au musée du 11 Conti.

Au cœur du Marais, dans l’élégante Fondation Azzedine Alaïa, des robes comme des caresses s’emparent délicieusement du corps… Quoi de plus divin, de plus beau, de plus sensuel, en effet, qu’un vêtement Alaïa s’enfilant comme un collant et livrant, en un instant, une silhouette de rêve. Tout le génie du jeune Tunisien débarqué à Paris en 1956 et idole de la mode des années 1990, devenu désormais un classique somptueux, réside dans cette alliance entre la sculpture qu’il apprit aux Beaux-arts de Tunis, sa passion pour la couture dont celle des icônes comme Madeleine Vionnet et son goût immodéré pour les nouvelles matières. Bouillonnant de curiosité, collectionneur d’art, de design, de mode, d’accessoires… le voilà en 1991 embarqué dans une nouvelle aventure due à sa rencontre avec Julian Schnabel. Le peintre fait alors du célèbre motif à carreau rouge et blanc le fond de ses toiles. Azzedine Alaïa s’empare du pied de coq, l’agrandit, l’imprime en XXL, lui donne des couleurs, rose, bleu, noir… Et voilà des pantalons cigarettes, des blousons courts, de grandes culottes et des brassières “Tati” d’une beauté à couper le souffle. L’espace de la rue de la Verrerie, peint en bleu méditerranéen, accueille cette collection “optique” et rappelle que « Barbès, Tunis, Alaïa, c’est comme prendre un bateau. Azzedine voyait les familles débarquer en Tunisie, les bras chargés des cabas Tati. Il avait cette image en tête. Dans sa longue carrière, il n’a pas fait beaucoup d’imprimés… sauf pour cette collection », confie Olivier Saillard, commissaire de l’exposition.

Dans le 15e arrondissement au musée Bourdelle, une éblouissante sélection de vêtements vus de dos est révélée aux côtés d’œuvres inédites musclées ou graciles du grand maître de la sculpture du tournant du XXe siècle. Du Grand Hall des plâtres jusqu’à l’extension contemporaine de Christian de Portzamparc, en passant par les ateliers d’Antoine Bourdelle, la promenade offre un parcours féerique avec une centaine de silhouettes et d’accessoires du XVIIIe siècle à aujourd’hui avec des mises en scènes inoubliables comme celles d’une robe de Comme des Garçons aux côtés d’un Centaure mourant ou d’une robe de Yohji Yamamoto au regard d’une femme aux bras levés…

Rue de Rivoli, en face des Tuileries, le musée des Arts Décoratifs (MAD) réunit quant à lui pléthore de chaussures, plus délicates, aristocratiques, “fashionable” ou dingues les unes que les autres ! “Marche et démarche, une histoire de la chaussure”, qui doit débuter le 7 novembre, prouve à quel point le soulier conditionne notre comportement, notre façon de marcher et même de penser. À talons, semelles plates, plateformes, aux bouts pointus ou carrés, chaussures militaires, de marche, de sport, de danse… qu’est-ce qui motive, de l’Asie à l’Europe, les créateurs de nos galoches ? Telle est la fabuleuse question à laquelle répond cette manifestation incontournable.

De son côté, le musée Yves Saint Laurent Paris, avenue Marceau dans le 16e arrondissement, présente une nouvelle sélection originale de cinquante modèles haute couture. Ici, place aux sensations fortes qui ont marqué l’histoire de la mode avec les célèbres robes inspirées par des artistes comme la collection Mondrian (automne-hiver 1965), ou encore les robes réalisées en collaboration avec la sculptrice française Claude Lalanne (automne-hiver 1969).

Pour finir ce circuit particulièrement chic, le 11 Conti-Monnaie de Paris dévoile l’histoire incroyable du porte-monnaie, de l’Antiquité à nos jours, avec une variété inépuisable de formes, de matières d’écrins d’une préciosité inouïe datant surtout du XIXe siècle.

Si la mode et, tout particulièrement, la haute couture font désormais l’objet de plus en plus d’expositions dans les musées, le couturier et designer aux multiples facettes qui touche à tous les médias depuis plus de trente ans, Rynshu ne la considère pas comme un art à part entière, car selon lui « il y a trop de facteurs extérieurs qui entrent en compte dans le processus de création (enjeux économique, social, etc.) et surtout la mode a un aspect « utile » qui ne doit pas se retrouver dans l’art en général. En revanche, certains shows peuvent s’apparenter à de véritables performances artistiques mélangeant art scénique, effets sonores et visuels. » L’exposition rêvée de ce Japonais livrant ses créations androgynes et rock’n’roll dans sa boutique rue Saint-Honoré ? « Je souhaiterais présenter au travers d’une exposition l’univers de mon roman graphique Black Legend, mes travaux autour du 7e art et notamment mon film Nine Three Quarter, ainsi que les croquis et pièces phare de mes collections. Tout le cheminement de mon processus créatif de manière chronologique autour de mes univers de prédilection, à savoir le dessin, le cinéma, la mode. »

Alors que l’art de vivre français envahit le Grand Palais avec la Biennale Paris (13 au 17  septembre), la Fashion Week (23 septembre au 1er octobre), musées et fondations privées offrent en même temps, au cœur de Paris, de brillantes et sensationnelles manifestations sur le “chic parisien”.

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Les adresses

Les adresses

  • 7 novembre au 23 février 2020. MAD. 107-111 rue de Rivoli, 1er.
  • Jusqu’au 17 novembre. Musée Bourdelle. 18, rue Antoine. Bourdelle, 15e.
  • Jusqu’au 5 janvier 2020. Musée Yves Saint Laurent. 5, av. Marceau, 16e.
  • Jusqu’au 3 novembre. Musée du 11 Conti. 11, quai de Conti, 6e.
  • Jusqu’au 5 janvier 2020. Galerie Azzedine Alaïa. 18, rue de la Verrerie, 4e.
  • 270, rue Saint-Honoré, 1er.
Par Anne Kerner. Photo : Estate of Jeanloup Sieff (dos) / Jean-Marie Duvilliers (sac) - Publié le

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