Interview

Nicolas Duvauchelle Allure rebelle et cœur sensible

Acteur prolifique venu au cinéma par hasard, aussi à l’aise sous la direction d’André Téchiné, Alain Resnais ou Jean Becker que dans la série culte Braquo, Nicolas Duvauchelle, dans la vie, n’a rien du rebelle qu’il incarne souvent à l’écran. Dans l’une des majestueuses suites de l’hôtel The Peninsula, cet amoureux de Paris, fidèle depuis ses jeunes années au 11e arrondissement où il est revenu habiter, s’est entretenu avec Paris Capitale avant la sortie, le 9 juillet, du prochain film Persona non grata de Roschdy Zem.

Nicolas, ce qui frappe en vous rencontrant, c’est la différence entre les personnages que vous incarnez à l’écran et l’homme posé que vous semblez être dans la vie.

Peut-être parce qu’avec les années, je me suis assagi et apaisé ! C’est vrai que je suis d’une nature impatiente, avec une fâcheuse tendance à me lasser très vite de tout. Enfant, j’étais à la fois très bon élève féru d’histoire, plus spécialement de la période napoléonienne, mais aussi extrêmement dissipé, limite hyperactif. Mes parents avaient beaucoup de mal à canaliser mon énergie débordante. À 16 ans, alors que j’étais élève en classe de première S, je suis parti de chez moi et j’ai arrêté mes études. J’avais du mal avec l’autorité.

Une décision que vous avez regrettée par la suite ?

Forcément un peu, oui. On ne se rend pas compte de la chance qu’on a et des bêtises que l’on peut faire quand on est adolescent ! Mes parents étaient issus d’un milieu modeste. Mon grand-père avait commencé à travailler à l’âge de dix ans avant de devenir plombier à la Cité scolaire d’Amiens. Mon père, qui est une véritable encyclopédie, et ma mère s’étaient battus pour faire des études. Moi, j’avais la chance de grandir dans le confort et j’ai tout arrêté sur un coup de tête. Par la suite, je m’en suis voulu de les avoir déçus. Je n’aimerais pas que mes enfants me fassent la même chose.

Qu’avez-vous fait après être parti de chez vous ?

Pas grand-chose. Je zonais tout en essayant d’obtenir un CAP de préparateur en pharmacie qui ne me passionnait pas. Heureusement, en 96, j’ai commencé à faire sérieusement de la boxe, ce qui m’a sauvé.

Vous voulez dire que vous auriez pu mal tourner ?

Oui, vraiment. Parce que lorsqu’on est un peu désœuvré, on ne se tourne pas forcément vers les bonnes personnes. La boxe m’a redonné le goût de l’effort, de l’engagement et de la ténacité. C’est un sport qui cadre bien les jeunes, où l’on est seul face à soi… C’est d’ailleurs grâce à ce cours de boxe que je suis devenu acteur. Un jour, Antoine Carrard, le directeur de casting du Petit voleur, qu’allait tourner Érick Zonca, est venu au cours pour trouver des figurants pour le film. Tous les élèves se sont précipités vers lui sauf moi, qui restais planqué au fond de la salle. Il m’aperçoit et me dit : « Et toi, cela ne te tente pas du faire du cinéma ? » Il me donne un rendez-vous auquel je ne me rends pas. Il me recontacte. Je le plante à nouveau. Le cinéma ne me fait pas rêver et je n’ai pas du tout envie de devenir acteur. Il insiste. Je finis par y aller et lis un bout de texte devant Érick Zonka qui me donne le premier rôle. J’ai 18 ans et je pars tourner à Marseille. Ma mère est très heureuse. Elle adore le cinéma et collectionne depuis toujours les fiches de l’émission Monsieur cinéma. J’ai tout de suite adoré l’ambiance des plateaux, le fait qu’il ne s’y passe jamais deux jours de suite la même chose. Exercer un métier qui m’aurait obligé à rester tous les jours à la même place m’aurait fait peur.

Suite au Petit voleur, vous ne cessez d’accumuler les propositions…

Oui, même si je n’ai jamais eu de plan de carrière et que mes goûts personnels m’ont souvent incité à m’orienter vers des films d’auteur. Je suis fan du cinéma français et j’ai adoré tourner Jour J, la comédie de Reem Kherici. Depuis ce film, je rêve de tourner dans d’autres comédies populaires, mais je crains qu’on n’ose même pas me les proposer ! (rires)

Vous êtes père de trois enfants et votre première fille, Bonnie, 14 ans, (dont la maman est la comédienne Ludivine Sagnier) est née alors que vous n’aviez que 24 ans.

Je regrette tellement de n’avoir pas été assez présent lors des premières années de la vie de Bonnie ! J’étais très jeune. Je grandissais avec elle. En même temps, j’ai toujours tenu à ce que ma fille ait une bonne image de son père. À faire toujours bonne figure devant elle, même quand j’étais pétri de doutes car je suis d’une nature anxieuse. Je suis très fier d’elle et j’en profite beaucoup plus maintenant que lorsqu’elle était petite. C’est une adolescente brillante qui fait déjà de la musique et de la mise en scène avec ses cousins. Je suis également le papa de Romy, 7 ans, et d’un petit garçon, Andréa, qui a vingt mois. Je suis fou de mes enfants. Je leur consacre tout mon temps libre.

Quel genre d’éducation leur donnez-vous ?

Je suis très strict avec mes enfants. Très à cheval sur la politesse et le respect des autres. Je leur apprends aussi à rester humbles car l’enfant roi n’est vraiment pas mon truc. Les enfants ont besoin de cadre et de limites. Sinon, sans le savoir, on contribue à leur malheur. En fait, je reprends avec eux ce que j’ai connu dans ma propre famille : l’enseignement des valeurs.

Vous même, vous vous tenez plutôt loin du star-system…

J’ai toujours eu la volonté de rester dans la vraie vie, de travailler au gré des rencontres. Je vis normalement et je continue à me déplacer en métro. Parfois, dans une rame, certains passagers croient me reconnaître. Je les entends alors chuchoter : « Mais non, ce ne peut pas être lui ! Il ne prendrait pas le métro ! » Et pourquoi je ne prendrais pas le métro ? Je vis totalement en dehors du star-system. Peut-être même un peu trop. Je suis quelqu’un de très discret qui ne se vend pas assez. Je n’ai pas la recette. Je ne sais pas faire. J’attends toujours que le désir vienne des réalisateurs.

Continuez-vous à boxer ?

Non, il y a deux ans, j’ai remplacé la boxe par le Jiu-Jitsu brésilien. C’est un bon exutoire qui brasse les gens de tous les milieux sociaux ce qui est bénéfique pour l’humilité. Continuer la boxe à un haut niveau signifiait arrêter de fumer, ce que je n’ai jamais été capable de faire. Je suis quelqu’un de très nerveux qui fume énormément, y compris sur les tournages.

Quels rapports entretenez-vous avec la capitale ?

Amoureux. Je suis né dans le 15e arrondissement et mes parents se sont très vite installés dans le 11e où je suis allé à l’école primaire. Nous habitions rue de la Roquette, près du Père Lachaise. De 1989 à 1996, nous sommes partis habiter Amiens, dont mon père était originaire. J’en ai également conservé des souvenirs heureux et si retourner là-bas me fait à chaque fois très plaisir, cette joie est toujours mêlée à un pincement au cœur, car le passé m’émeut toujours. L’enfance est pour moi un paradis perdu et je suis naturellement porté vers la mélancolie. Aujourd’hui, je déplore que nous soyons toujours dans l’émotion plutôt que dans la réflexion. Tout va trop vite. Nous nous devons d’être disponibles tout le temps ce que je trouve insupportable.

Après les années amiénoises, vous êtes revenu à Paris.

Oui, d’abord dans le 18e avec mes parents, puis à nouveau dans le 11e, le quartier de mon enfance dont je ne veux plus bouger. Je m’y sens chez moi avec mon petit bar au bas de l’immeuble où j’adore prendre mon café. Souvent, je me dis que j’ai de plus en plus en plus de mal à vivre entre le bruit de la ville et l’agressivité des Parisiens, mais à chaque fois que je quitte Paris, j’ai hâte d’y revenir, je suis en manque ! Sans compter que je suis un marcheur infatigable qui ne passe pas à Montmartre sans avoir une pensée pour les communards qui ont été massacrés au pied de la butte. L’incendie de Notre-Dame m’a aussi complètement bouleversé même si je ne suis pas croyant. Qu’un lieu aussi chargé d’histoire puisse disparaître, ce n’était pas possible.

Par Caroline Rochmann. Photos : Stéphanie Slama. Remerciements à l'Hôtel The Peninsula Paris - Publié le

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