Interview

Lang Lang Rock star du piano

Ce pianiste virtuose, rock star de la musique classique, sort Piano Book et donne un concert à la Philharmonie de Paris le 16 avril. L’ex-enfant prodige, qui n’en finit pas de fasciner les foules, est fou amoureux de Paris où il vient de s’acheter un appartement. Rencontre avec l’artiste au Shangri-La Hotel, Paris.

Vous avez commencé votre carrière exceptionnellement jeune. À quel âge remonte votre premier émoi musical ?

À l’âge de deux ans, devant le dessin animé Tom et Jerry que j’adorais. Ce dessin animé était sans paroles, uniquement musical et l’on y voyait Tom en smoking interpréter la Rhapsodie hongroise N° 2 de Liszt en étirant sa patte tout le long du clavier pour atteindre les octaves supérieures. Cette scène me faisait hurler de rire et m’a donné l’envie de jouer moi-même du piano.

À 5 ans, comme Mozart, vous êtes déjà connu à Shenyang, votre ville natale…

De 5 et 9 neuf ans, je donnais beaucoup de concerts, car j’avais remporté le concours de ma ville, aussi bien des menuets de Bach que la sonate Numéro 16 de Mozart. J’étais entouré de mon père et de ma mère. Ce sont les années les plus heureuses de mon enfance. J’avais l’impression d’être un gros poisson dans un petit étang alors que j’allais bientôt devenir un tout petit poisson dans un océan de doutes.

Votre vie a diamétralement changé lorsque vous partez étudier à Pékin seul avec votre père…

Mon père a dû faire différents petits jobs pour que je puisse poursuivre mes études de musique à Pékin. Mon premier choc a été d’être séparé de ma mère, une femme très douce et généreuse, qui a dû rester à Shenyang où elle travaillait comme opératrice. Notre séparation allait durer huit ans. Nous vivions très chichement avec mon père, qui me mettait une pression terrible. Je devais jouer encore et encore, au moins six heures par jour, il voulait absolument que je sois le meilleur. Tout ce que je faisais n’était jamais assez bien tant son exigence était grande et son attitude tyrannique à mon égard. Il a failli me dégoûter du piano, heureusement mon amour de la musique a été le plus fort.

N’aviez-vous pas l’impression qu’on volait votre enfance ?

Pas vraiment, tant la musique envahissait ma vie et me procurait de joie. J’avais tout de même du temps pour regarder des dessins animés et m’amuser avec les jouets Transformers.

Aujourd’hui, quels sont vos rapports avec votre père ?

Nos relations sont apaisées. À 21 ans, je l’ai fait monter sur la scène du Carnegie Hall pour jouer du violon chinois, sa spécialité, avec moi. Cela a été un grand moment d’émotion pour nous deux. Il se rêvait grand musicien, mais il a eu la malchance d’appartenir à cette génération sacrifiée que la révolution culturelle avait coupée de la culture occidentale. Quant à ma mère, je l’emmène depuis des années très souvent en voyage avec moi, une façon de rattraper le temps perdu. Elle me connaît par cœur et veille à ce que je sois toujours bien émotionnellement.

 

Vous avez 14 ans lorsque vous partez vous installer aux États-Unis, à Philadelphie très exactement.

D’abord avec mon père les trois premières années, puis avec ma mère. J’ai 17 ans lorsqu’au festival Ravinia de Chicago, en 1999, je remplace André Watts au pied levé. Ce jour-là, je suis reconnu par les plus grands de la profession parmi lesquels le pianiste et chef d’orchestre allemand Cristoph Eschenbach qui, aujourd’hui, est toujours mon maître. J’éprouve une grande reconnaissance pour Garry Graffmann, mon professeur, qui m’a mené au Carnegie Hall à 18 ans. Il me disait toujours que l’important n’était pas de se concentrer sur la compétition, mais sur la variété du répertoire.

En 2009, le très sérieux Times vous sélectionne parmi les cent personnes les plus influentes de la planète. À 36 ans seulement, cela ne vous donne-t-il pas la sensation d’être plus âgé que vous ne l’êtes ?

Non, curieusement, c’est plus jeune que je me sentais vieux. Je devais faire mes preuves et je pensais que pour réussir, je me devais d’avoir l’air sérieux. Pendant longtemps, je me comportais et m’habillais d’une façon très stricte. Avec l’âge, je me suis détendu et j’ai compris que pour être le meilleur, il fallait avant tout être soi-même. Je suis désormais quelqu’un de très joyeux qui a retrouvé sa fraîcheur initiale.

Certains vous reprochent d’ailleurs un style un peu trop personnel, jugé parfois trop exubérant.

La musique est comme une créature que le musicien fait vivre. C’est lui qui est l’âme de cette créature, lui qui lui donne vie quand il l’interprète. Que serait cette musique sans l’âme de celui qui la joue ? Seulement des notes. Quand j’enseigne, j’essaie d’aider mes élèves à se trouver eux-mêmes. Chaque étudiant doit découvrir sa personnalité.

D’ailleurs, vous ne vous contentez pas de jouer. Nommé plus jeune ambassadeur de l’Unicef en 2004, vous avez également fondé une école et une fondation…

Mon école repose sur un apprentissage de la musique par une approche multimédia. Quant à ma fondation, créée en 2007, elle a pour but de susciter des vocations parmi des enfants qui formeront la génération de musiciens de demain. Chaque année, la fondation repère un petit nombre d’artistes de talent, âgés de 6 à 12 ans, au cours d’auditions passées devant des musiciens de renom. Elle les parrainera par la suite pour un enseignement à la fois général et musical dans les meilleurs établissements d’Amérique et d’Europe.

Cette initiative, est-ce une volonté de laisser une trace ?

Je ne veux pas être juste un pianiste. Je souhaite influencer la génération suivante. En chine, 90 % de mon public a moins de 20 ans et 40 millions d’enfants apprennent le piano avec, malheureusement, un manque de bons professeurs. Dans mon dernier album Piano Book, je revisite toutes les pièces du répertoire de mon enfance avec ma maturité et mon évolution.

Vous qui courez le monde continuellement, avez-vous le temps d’apprécier Paris lorsque vous y séjournez ?

J’adore Paris où je viens d’acheter un appartement. J’aime tout spécialement arpenter à pied les bords de Seine, de la tour Eiffel à Notre-Dame. Je suis très attaché à la Seine sur laquelle j’ai donné un concert privé, lors de la dernière Saint-Valentin. C’était très romantique ! Paris est pour moi la ville la plus artistique du monde et je trouve le savoir-vivre à la parisienne très inspirant. Sinon, comme je suis très gourmand, j’aime découvrir de nouveaux restaurants à chacun de mes séjours dans la capitale.

Que pensez-vous des Français en général, et des Parisiens en particulier ?

Au premier abord, ils sont assez fermés, difficiles d’accès, très attachés à leur culture, leurs traditions et leur identité. Peu ouverts sur l’international. Du coup pour un étranger, c’est un peu dur de s’intégrer ! Mais une fois que l’on passe du temps avec eux, ils peuvent devenir des amis très fidèles et sincères.

Né en Chine, habitant aux États-Unis et en tournée dans le monde. À quel pays appartient votre cœur ?

Je me sens à la fois chinois et citoyen du monde.

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Bio Express

Bio Express

  • Naissance à Shenyang (Chine)
  • Premier prix au concours de piano de Shenyang
  • Premier prix du concours Tchaïkovski pour jeunes musiciens au Japon
  • Il perfectionne sa technique au Curtis Institute de Philadelphie
  • Se produit pour la première fois au Carnegie Hall à New York
  • Nommé plus jeune ambassadeur de l’UNICEF
  • Création de la Lang Lang Music Fondation
  • Se produit à la cérémonie d’ouverture des J.O de Pékin
  • Se produit devant le président Obama lors de la remise du prix Nobel de la paix
  • Nommé docteur honoris causa de musique par le prince de Galles
  • Se produit avec Metallica. à la remise des Grammy Awards
  • Édition limitée du Lang Lang Black Diamond, un piano Steinway and Sons doté d’une technologie révolutionnaire : le Spirio
Par Caroline Rochmann. Photos : Stéphanie Slama. Remerciements au Shangri-La Hotel, Paris - Publié le

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