Interview

Lolita Chammah Comédienne déterminée et malicieuse

À l’affiche en février, au théâtre des Bouffes Parisiens dans Rabbit Hole et au cinéma dans Moi, maman, ma mère et moi, à 35 ans, Lolita Chammah, fille d’Isabelle Huppert et de Ronald Chammah, a déjà tourné dans plus de trente-cinq films et joué dans huit pièces de théâtre. Teint diaphane et silhouette longiligne, Lolita est une jeune femme aussi déterminée que mystérieuse. Adepte de l’autodérision.

Lolita, à vous observer il semble y avoir une dualité en vous. D’un côté, une fille décidée et très exigeante, de l’autre, une jeune femme malicieuse qui ne demande qu’à rire…

Il faut garder une distance par rapport à tout ce qui existe autour du travail, comme la représentation, par exemple. Il faut préserver son sens de l’humour face à l’absurdité de ce métier.

Quel genre d’enfant étiez-vous ?

J’étais une petite fille très agitée qui se déguisait et se maquillait tout le temps, dotée d’une très forte aptitude au spectacle. J’éprouvais le besoin continuel d’attirer l’attention et vivais littéralement collée à mes parents. Il me fallait toujours être rassurée par eux. En fait, je crois que l’on devient acteur pour guérir un abandon jamais résolu et que monter sur scène est presque un appel au secours. Pourtant, j’étais à la fois très timide et sauvage. À l’adolescence, faire du théâtre m’a été très dur. Être sur scène était pour moi quelque chose d’une violence inimaginable. D’où ce rapport d’amour et de haine que j’entretiens avec ce métier…

Vous avez suivi votre scolarité à l’école italienne Leonardo de Vinci de Paris…

Où les cours se faisaient exclusivement en italien ! Mon père (à la fois producteur et restaurateur de films anciens) est d’origine milanaise et l’italien est un point identitaire chez moi. Je me sens profondément italienne. Que ce soit dans mon rapport aux enfants ou dans la façon d’exprimer ce que je ressens. J’ai d’ailleurs un agent en Italie.

Peut-on avoir une enfance normale lorsqu’on est la fille d’une icône du cinéma français ?

Je n’ai pas été élevée dans la culture du : « Il y a les gens connus et les autres. » À la maison, il n’y avait aucune fascination pour la célébrité et ma mère considérait que son métier ne valait pas mieux qu’un autre, que le monde du cinéma ne se plaçait pas au-dessus de tous les autres. En même temps, enfant, je vivais mal sa célébrité. C’était très violent et je passais mon temps à vivre dans la peur du regard des autres. Par la suite, j’ai réalisé combien cette place à prendre était effrayante mais qu’il me fallait me libérer de cette angoisse si je voulais vivre

Vous n’avez que 15 ans lorsque la réalisatrice Laurence Barbosa vous repère dans l’appartement familial et vous engage dans La Vie moderne où votre maman doit tenir le rôle principal… 

J’étais en seconde et Laurence a flashé sur moi dans la cuisine ! Dans ce film, ma mère et moi n’avons fait que nous croiser car nous n’avions aucune scène ensemble.

La tête bien faite que vous êtes a poursuivi ses études : hypokhâgne, khâgne, le TNS (École supérieure du théâtre national de Strasbourg)…

Que j’ai interrompu en cours d’études car je travaillais déjà ! Avoir une mère comme la mienne, même si je me suis toujours très bien entendue avec elle, c’est écrasant. Quand un enfant “de” choisit de faire ce métier, il se demande toujours quelle légitimité est la sienne. Les gens, outre le fait de rechercher en nous la ressemblance physique, ne vont-ils pas nous comparer à notre parent célèbre ? Ne jouerons-nous pas forcément moins bien ? Moi, je ressens toujours un besoin de reconnaissance. Ce métier est un trajet.

Vos parents vous ont-ils encouragée dans cette voie ?

Ni encouragée ni découragée. Aujourd’hui, ils sont infiniment heureux pour moi.

 

Un acteur est-il forcément égocentré ?

Oui, il l’est obligatoirement et je le suis aussi. Ce qui ne m’empêche pas d’écouter et de regarder les autres. J’aime le monde, je suis curieuse des autres. Au théâtre, ce qui est merveilleux, c’est justement d’écouter l’autre. En même temps, ma profession est très fragilisante. Elle procure autant de bonheurs que de moments décevants et quelquefois douloureux. Mais il faut relativiser : nous ne sauvons pas des vies !

Seriez-vous une personne moins solide que vous n’en avez l’air ?

Dans la vie, je suis quelqu’un d’extrêmement peureux. Je suis claustrophobe et partage avec ma mère la même phobie des ascenseurs. J’ai également peur de l’avion, de la maladie – je suis complètement hypocondriaque – et je déteste être seule. La solitude me fait très peur. Je suis vite dépassée par les choses. Le quotidien et la réalité ne me sont pas naturels.

Vous êtes pourtant la maman d’un petit Gabriel de 6 ans pour qui il a bien fallu apprivoiser cette réalité ?

Oui bien sûr, et ma maternité est lumineuse. Moi qui adorais vivre la nuit et me coucher à pas d’heure j’ai dû remédier à cela. J’assume complètement le fait d’être maman ! Dans mes rôles également je mûris. Jusqu’à présent, on me proposait souvent des rôles d’adolescente un peu attardée. Maintenant, je suis prête pour un vrai rôle de femme. Dans Rabbit Hole, j’incarne la sœur de Julie Gayet au sein d’une famille qui se reconstruit après la mort d’un enfant. C’est une pièce sur la résilience qui aborde un thème douloureux dans le plus pur style anglo-saxon. On est également en train de m’écrire un monologue sur le mal-être.

Qu’y a-t-il de plus parisien en vous ?

Mon allure peut être ? (Rires) Je me sens très Parisienne. Et puis, je suis souvent de mauvaise humeur, nerveuse et exigeante. Paris est une ville plutôt nerveuse, non ?

À quoi ressemble un dimanche de Lolita Chammah ?

Je suis une fille très casanière qui peut rester sans problème tout un week-end à la maison. J’habite le Marais. Je circule à pied ou en bus, mais jamais en métro et j’avoue avoir souvent du mal à sortir de mon quartier. Je n’ai pas une vie ordinaire et je le sais. La mienne est extrêmement privilégiée par rapport à celle des autres.

Je ressens toujours un besoin de reconnaissance

Bio Express

Bio Express

  • Naissance à Paris
  • Première apparition à l’écran aux côtés de sa mère dans Une Affaire de femmes de Claude Chabrol
  • Premier vrai rôle au cinéma dans La Vie moderne de Laurence Ferreira Barbosa
  • L’Intrus de Claire Denis
  • Copacabana de Marc Fitoussi où Isabelle Huppert et Lolita tiennent les deux premiers rôles. Le film est salué par la critique
  • Les Adieux à la reine de Benoît Jacquot, aux côtés de Léa Seydoux
  • Naissance de son fils Gabriel
  • Gaby Baby Doll de Sophie Letourneur. Rôle titre aux côtés de Benjamin Biolay
  • Anton Tchekhov 1890, un film de René Féret
  • Rabbit Hole au théâtre des Bouffes Parisiens. Sortie du film Moi, maman, ma mère et moi de Christophe Le Masne
Par Caroline Rochmann. Photos : Stéphanie Slama - Publié le

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