Interview

Marianne Denicourt Talent vrai loin des paillettes

Depuis le début de sa carrière, Marianne Denicourt alterne films d’auteurs et cinémas populaires. Elle revient ce printemps avec une double actualité : le film Médecin de campagne de Thomas Lilti dont elle partage l’affiche avec François Cluzet et la pièce Old Times de Pinter, au théâtre de l’Atelier.

C’est avec plaisir qu’on vous retrouve avec une double actualité, Marianne ! Ces derniers temps, vous vous étiez faite plus rare…

J’ai souvent en tête cette jolie phrase de Simone Signoret : « Un acteur qui tourne trop se dessèche. » En fait, ces dernières années, je n’ai jamais cessé de travailler. J’ai juste souhaité, après des événements qui m’avaient blessée (Marianne avait attaqué son ancien compagnon Arnaud Desplechin en justice pour s’être inspiré de sa vie privée dans Rois et Reine) prendre du recul par rapport au cinéma, exercer pendant quelque temps mon métier différemment, de façon moins médiatisée. J’ai interprété Jeanne au bûcher à l’Opéra de Bâle. J’ai fait des lectures de Camus pour le centenaire de sa naissance, partout à travers le monde, de l’Algérie qui l’a vu naître aux territoires palestiniens en passant par Israël. J’ai aussi réalisé des documentaires.

 

L’un de vos documentaires, Nassima, une vie confisquée, tourné en Afghanistan, a été diffusé dans Envoyé Spécial avant de recevoir le prix Media pour l’enfance en 2009…

L’un de mes amis afghans, réfugié en France depuis longtemps, est le fondateur de l’organisation Afghanistan demain dont le but est de scolariser les enfants défavorisés. Je l’ai accompagné là-bas avec une caméra lorsque dans cette école j’ai été frappée par le regard infiniment triste d’une petite fille de 9 ans qui semblait déjà très mûre. J’ai appris qu’elle avait été mariée de force à l’âge de 5 ans et que son mari devait venir la chercher le lendemain pour lui faire arrêter l’école. Cette petite fille m’a bouleversée et j’ai décidé de la suivre dans son parcours, de rencontrer sa famille juste avec ma caméra, tentant de me faire la plus discrète possible et ne posant aucune question. Le fait que je sois déjà sur place depuis plusieurs semaines a rendu la chose possible. Il est vrai que j’envisage mon travail de façon beaucoup plus artisanale que les autres. Je vais toujours là où me portent mes envies et je suis toujours prête à mettre les voiles.

Quel genre de petite fille étiez-vous ?

Une enfant distraite et un peu timide qui s’était inventé un ami : Rothko. Pourquoi ce nom ? Je n’en sais rien. Chaque jour, en rentant de l’école, je racontais à ma mère mes jeux avec ce petit garçon qui n’existait pas. Par contre, j’avais bien une sœur, d’un an mon aînée qui est aujourd’hui réalisatrice sous le nom d’Emmanuelle Cuau. Moi, à 15 ans, j’ai eu une sorte de révélation en jouant une pièce de Michel Deutsch au club de théâtre de mon lycée. J’ai eu ensuite la chance de faire un stage chez Antoine Vitez à Chaillot avant d’intégrer à 20 ans l’école des Amandiers à Nanterre de Patrice Chéreau où j’allais rester quatre ans.

À vingt ans, vous avez vécu un évènement tragique : la perte de votre compagnon dont vous portiez l’enfant…

(Très émue) C’est arrivé au moment où j’intégrais l’école des Amandiers. J’ai eu la chance d’être très entourée, de travailler beaucoup même si mon fils est toujours resté ma priorité dans la vie. Aujourd’hui, il a presque 30 ans, a fait de belles études et n’a aucun rapport avec le monde du cinéma ! Nous avons beaucoup d’amour et d’estime mutuelle l’un pour l’autre. Beaucoup de respect aussi.

Les élèves de votre promotion aux Amandiers ont tous fait de brillantes carrières. Laurent Grévill, Agnès Jaoui, Valeria Bruni Tedeschi… Continuez-vous toujours à vous fréquentez ?

Oui, et cela à chaque fois nous rend très heureux. Même si nous ne nous fréquentons pas en continu, le lien ne s’est jamais rompu. Je crois beaucoup aux liens et mes amis sont dans ma vie depuis longtemps. Mes trois meilleures amies sont d’ailleurs celles avec qui je formais un quatuor au lycée ! Nous étions et sommes toujours inséparables. J’ai conservé également un lien très profond avec Daniel Auteuil dont j’ai partagé la vie. Même si avec le temps, les sentiments évoluent et l’amour se transforme en tendresse. Je suis quelqu’un de très fidèle en amitié.

L’adjectif qu’on vous attribue le plus souvent, dans la vraie vie, est celui de discrète. Le revendiquez-vous ?

Il est vrai que je suis peu dans les paillettes et les mondanités parce que je ne m’y sens pas à ma place. J’aime vivre simplement et un trop grand luxe me met mal à l’aise ; peut-être par fidélité à mon enfance et à mes parents. En même temps, une actrice discrète a du mal à obtenir un joli rôle parce que le métier, désormais, tourne toujours un peu avec les mêmes pour des impératifs de financement.

À Paris, êtes vous plutôt Rive droite ou Rive gauche ?

J’ai habité à peu près tous les quartiers de Paris, mais depuis plusieurs années, ma vie tourne autour du 5e. Je circule en vélib’ ou en bus et je marche énormément, systématiquement en baskets ou en godillots, m’arrêtant sans cesse devant un porche ou une façade qui m’émerveille.

Malgré les épreuves traversées, vous semblez toujours éternellement optimiste…

Je reconnais avoir une aptitude au bonheur. Pour être heureux, il faut profiter de ce qu’on a, et j’ai la chance de toujours apprécier l’instant présent et les gens autour de moi. Je sais ce qu’est le malheur et je n’ai aucune envie d’y retourner. Je veux toujours voir un verre à moitié plein, jamais à moitié vide.

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Par Caroline Rochmann - Publié le

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