Interview

Natalie Dessay De l’opéra… au théâtre

Natalie Dessay rêvait d’être comédienne. Le destin en a décidé autrement qui fit de cette jeune femme volontaire l’une des plus grandes chanteuses lyriques de la planète. Dans le Val-de-Marne où elle vit désormais avec son mari, le baryton Laurent Naouri, et leurs deux enfants, Natalie évoque son amour de la capitale et ses débuts au théâtre…

Vous êtes actuellement en tournée avec Und, un monologue d’Howard Barker, où votre performance est unanimement saluée par la critique. Une chanteuse d’opéra qui place la barre si haut, l’initiative a de quoi surprendre…

Pas lorsque l’on sait que mon vœu le plus cher n’a jamais été de devenir chanteuse mais comédienne ! Le chant, pour moi, n’était qu’un moyen d’y parvenir. Pendant deux ans, j’ai suivi des cours d’art dramatique à Bordeaux où j’habitais. Jusqu’au jour où j’ai compris que je réussirai plus vite comme chanteuse. Dès l’âge de 20 ans, j’avais décidé que j’arrêterais l’opéra à 50 ans. Ma voix de soprano léger me destinait à des rôles de jeunes filles, de soubrettes, de courtisanes. Comment, à partir d’un certain âge, persévérer dans ce registre sans s’ennuyer, être cantonnée dans des emplois de “sprinteuse” qui ne correspondent plus à votre rythme ? Attention, j’ai beau avoir arrêté l’opéra, je continue les récitals, les concerts et les chansons !

Le rêve de devenir chanteuse n’a donc jamais effleuré la petite fille que vous étiez…

Aucunement ! Enfant, je n’avais qu’un désir : devenir clown-trapéziste car j’adorais le cirque. Une passion qui m’a valu de me lancer dans un numéro de trapèze volant à l’occasion du 50e gala de l’union des artistes ! Je suis également capable de marcher sur un fil. Peut-être aurais-je pu être funambule ! (rires) En revanche, quand il m’arrivait de chantonner à la maison, ma mère ne tardait pas à m’arrêter dans mon élan : « Arrête de nous casser les oreilles avec ta voix perçante ! » C’est sans doute pour me venger que je suis devenue chanteuse d’opéra ! Mes parents étaient mélomanes, mais pas musiciens. À la maison, on écoutait essentiellement de la variété française : Brel, Ferrat, Brassens…

Le grand écart consistant de passer de l’opéra au théâtre ne vous a-t-il pas fait peur ?

C’est exactement ce qui me séduisait ! Le chant est un geste athlétique qui empêche d’aller aussi loin. Au théâtre, la difficulté n’est pas technique et c’est ce qui me plaît. Il s’agit juste de devenir poreux. Cela s’apprend mais ne s’apparente pas à la technique. C’est comme si on se déshabillait petit à petit au fil des années, qu’on se protégeait de moins en moins en découvrant l’effet que cela produit. Pendant toutes ces années, j’ai vu dans l’opéra davantage un moyen de jouer que de chanter. Et puis, j’aime profondément les acteurs et n’apprécie pas le fait qu’ils puissent être interchangeables. L’unicité de l’interprète est très importante à mes yeux.

N’avez-vous pas davantage le trac avant d’entrer en scène en tant que comédienne ?

Pas du tout ! À l’opéra, avant d’entrer en scène, j’étais dans un état épouvantable. Je toussais, je vomissais, j’étais très angoissée et finalement pas très heureuse. Sans compter qu’il était épuisant d’être sans cesse à la merci d’un rhume ou de la moindre fatigue. Maintenant, tout le mauvais trac a disparu. Je suis juste très excitée avant d’aller jouer. Dans la vie, j’ai cette faculté de m’amuser comme une enfant, avec l’impression d’avoir 5 ans et demi. J’essaie de vivre chaque moment de l’existence pleinement et intensément.

Vous arrive-t-il de retourner à l’Opéra en tant que spectatrice ?

Non, jamais. Je m’y ennuie alors que j’adore assister à des concerts. L’opéra est un monde très sclérosé.

Enfant, mon voeu le plus cher était de devenir comédienne...

Natalie, depuis vingt-cinq ans que vous êtes l’épouse du baryton Laurent Naouri, vous n’avez que très rarement chanté ensemble…

D’une part parce que nous n’avons que très peu de répertoires en commun et d’autre part parce que nous avons deux enfants (Tom 21 ans aujourd’hui saxophoniste et Neima, 18 ans actuellement en hypokhâgne) et qu’il fallait bien que l’un de nous reste à la maison pour s’occuper d’eux pendant que l’autre disparaissait pour chanter à l’autre bout du monde ! Les grands-parents avaient beau être très coopérants, (le père de Laurent est le célèbre pédiatre Aldo Naouri), il était impossible de leur confier les enfants pour d’aussi longues périodes. Et c’est sans doute parce que nous avons toujours refusé de les trimballer partout avec nous que nos enfants ont eu une vie stable. Je ne voulais pas être comme certaines de mes collègues que leurs enfants ne reconnaissaient pas à leur retour à la maison !

 

Pouvez-vous nous dire à quoi ressemble Natalie Dessay dans l’intimité ?

À une femme extrêmement maniaque qui ne supporte pas que le moindre objet soit déplacé dans la maison ! Le seul fouillis que je m’autorise est celui de mon bureau. C’est ma soupape. Mon fils a décidé depuis peu de prendre son indépendance et, comme la plupart des jeunes, la notion de rangement lui semble tout à fait étrangère. Et bien, j’ai beau adorer mon fils, je refuse de mettre les pieds chez lui tant son indescriptible fouillis m’attaque physiquement… Sinon, je jardine, je taille mes rosiers, je plante, je tonds la pelouse, je prépare des gâteaux, mais pas la cuisine que je laisse aux soins de mon mari qui la fait très bien. Contrairement aux apparences, je suis une grande contemplative et ce que je fais le mieux au monde est, justement, de ne rien faire. Lorsque je ne suis pas en déplacement professionnel, rien ne me plaît davantage que paresser et rêvasser en caressant mes trois chats. J’ai tellement peu le loisir d’être à la maison !

Lyonnaise de naissance et élevée à Bordeaux, vous habitez aujourd’hui une jolie maison du Val-de-Marne. Que vous inspire la vie parisienne ?

J’ai toujours eu des projets à long terme et dès l’âge de 11 ans, je savais déjà que j’habiterais Paris. J’adore cette ville. Je m’y sens autant chez moi que si j’y étais née. Son offre artistique est la plus riche du monde. Nous nous sommes installés dans cette maison du Val-de-Marne il y a dix-sept ans parce que rêvions d’une grande maison avec jardin et que les prix intra muros dépassaient largement nos moyens ! Le dimanche, nous allons au marché de la Varenne-Saint-Hilaire avant de nous promener le long de la Marne.

Comment vous voyez-vous dans vingt ans ?

Dans vingt ans, je ne sais pas. Mais dans trente, je peux vous assurer d’une chose. Je monterai encore sur scène pour jouer Oh les beaux jours de Samuel Beckett. J’aurai alors l’âge idéal pour interpréter ce rôle !

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Bio Express

Bio Express

  • Naissance à Lyon
  • 1er prix du conservatoire de Bordeaux. Intègre le chœur du Capitole de Toulouse. Remporte plusieurs prix et se décide à devenir soliste
  • Rôle d’Olympia dans les Contes d’Hoffmann, dans une mise en scène de Roman Polanski à l’Opéra Bastille
  • Incarne la Reine de la Nuit dans La Flûte enchantée de Mozart au festival d’Aix-en-Provence sous la direction de William Christie, pendant que l’Opéra de Vienne monte à son intention La Femme silencieuse de Richard Strauss. Débuts au Metropolitan Opera de New York
  • Incarne Lakmé dans l'opéra homonyme de Léo Delibes à l’Opéra-Comique
  • Chante Le Rossignol d’Igor Stravinski au théâtre du Châtelet sous la direction de Pierre Boulez et fait ses débuts au festival de Salzbourg dans le rôle de La Reine de la Nuit
  • Problèmes vocaux. Se fait opérer à deux reprises de polypes sur les cordes vocales
  • Manifeste son envie d’interpréter des personnages plus tragiques
  • Fait l’ouverture de la saison du Met dans Lucia di Lammermoor
  • Pelléas et Mélisande de Claude Debussy à Vienne aux côtés de Laurent Naouri, son mari
  • Annonce que son rôle dans Manon de Massenet sera le dernier en tant que cantatrice
  • Sort un album de reprise de chansons de Michel Legrand
  • Joue Mme Emery dans la version scénique des Parapluies de Cherbourg au théâtre du Châtelet
  • Interprète Fosca dans la comédie musicale Passion de Stephen Sondheim au théâtre du Châtelet
  • Sort Pictures of America, un nouvel album inspiré des tableaux d’Edward Hopper
  • Sortie de l’Album Schubert chez Sony Classic
  • Jouera au théâtre La légende d’une vie de Stefan Zweig dans une mise en scène de Christophe Lidon
Par Caroline Rochmann. Photos : Simon Fowler - Publié le

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