Interview

Nathalie Herschdorfer « Il faut donner plus de visibilité aux femmes artistes »

Paris Photo poursuit son engagement en faveur des femmes dans la photographie avec Elles x Paris Photo, un programme initié en 2019 en partenariat avec le ministère de la Culture pour promouvoir la visibilité des femmes artistes et leur contribution à l’histoire de la photographie. Pour cette édition, Nathalie Herschdorfer, historienne de l’art spécialisée dans l’histoire de la photographie, et directrice du musée de Locle en Suisse, présente une sélection d’œuvres réalisées par des femmes parmi les propositions des galeries de la foire.

Pourquoi ce parcours dédié aux photographes femmes est-il important ?

Ce parcours est important car en tant que directrice d’institution et historienne de l’art, il faut parler de la présence des femmes et donner plus de visibilité à leurs œuvres, que ce soit dans le cadre d’une foire ou des institutions. Cela prend tout son sens dans le cadre d’une foire pour l’influence que cela peut avoir sur les collectionneurs et sur leurs collections. Les femmes ont souffert d’une invisibilité et c’est notre rôle de les faire entrer dans l’histoire.

Avez-vous vu une évolution de la visibilité des femmes photographes dans Paris Photo depuis la création de Elles ?

Depuis que Paris Photo a lancé le programme Elles, on a vu le pourcentage d’œuvres de femmes photographes augmenter, encore trop doucement. On était à 20 % il y a quatre ans et 32 % aujourd’hui. Les femmes sont encore clairement minoritaires. Il est donc important de poursuivre ce programme. Car dans les galeries comme dans les musées, la programmation masculine se faisait par défaut. Directrice du musée de Locle en Suisse, ma programmation, qui va ouvrir au mois d’octobre, est exclusivement féminine. Il est nécessaire de faire entrer les femmes aussi bien dans les expositions, les publications que dans les collections.

Est-ce que ce sont les femmes à la tête des institutions qui font évoluer cette visibilité ?

Cette question est le sujet de l’une des Conversations dans le cadre de Paris Photo : “Est-ce aux femmes d’assurer une meilleure reconnaissance aux femmes artistes ?” Quand on regarde de plus près, on se rend compte que les commissaires d’expositions exposant des femmes sont plutôt des femmes. Donc oui, aujourd’hui, je me rends compte que ce défrichage a été fait par des femmes en particulier. C’est le cas au Centre Pompidou par exemple. C’est une réalité.

Comment avez-vous réalisé ce parcours ?

En tant qu’historienne de la photographie, il est important de réunir des œuvres qui sont à la fois historiques et contemporaines. C’est la richesse de Paris Photo. Donc, je trouvais important que le parcours réunisse des travaux de toutes ces périodes. J’ai donné une place au XIXe siècle en commençant le parcours avec
l’œuvre d’Anna Atkins qui est la contemporaine en Angleterre de William Henry Fox Talbot, l’inventeur de la photographie. On a même découvert très récemment qu’elle a réalisé le premier ouvrage sur l’histoire de la photographie avant même Talbot ! J’ai retenu des travaux de l’entre-deux-guerres, période importante où les femmes travaillaient comme photographes, obtenaient des commandes, publiaient beaucoup comme l’Allemande Anneliese Kretschmer. Mais certaines ont complètement disparu. J’ai choisi aussi des travaux des années 1970 comme une très belle œuvre d’Orlan de 1967, parce que j’ai observé que les galeries reviennent cette année à Paris Photo avec des travaux féministes de la première génération. Ensuite, nous arrivons à la période contemporaine avec entre autres l’Américaine Sally Man, comme l’Espagnole Pilar Albarracin ou l’Africaine du Sud Dimakatso Mathopa. 

Nathalie Herschdorfer

Qu’aimeriez-vous communiquer avec ces choix ?

J’aimerais montrer que les femmes ont toujours été présentes, ont toujours travaillé dans ce domaine-là, qu’à certaines périodes elles étaient très importantes, simplement on a moins retenu leurs noms.

Quelles sont celles que vous avez tout particulièrement découvertes ?

Sirkka-Liisa Konttinen, par exemple, dont je n’avais pas du tout repéré l’œuvre alors que c’est quelqu’un qui a énormément travaillé. J’ai volontairement retenu le nom de Dora Maar, car son travail est très important et qu’il faut la considérer sans lier son nom à celui de Picasso.

Comment est représentée la femme par les photographes femmes d’aujourd’hui ?

Il y a une volonté de la part des femmes artistes d’interroger les faits et les représentations. Beaucoup de travaux reviennent sur la façon dont on a l’habitude de représenter les femmes, soit en utilisant l’autoportrait ou en les faisant poser devant la caméra. Elles étudient la vision stéréotypée de la femme. Elles donnent une nouvelle lecture de toute cette collection d’images qui nous a nourris jusqu’à aujourd’hui en revisitant l’histoire de la photographie.

Byker
Par Anne Kerner - Publié le

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