Interview

Olga Kurylenko Le talent venu du froid…

Les bonnes fées se sont penchées à deux reprises sur le destin d'Olga Kurylenko. La première fois pour lui faire croiser, à quinze ans, la route d’une directrice de casting dans le métro de Moscou, la seconde pour lui offrir le rôle de la James Bond girl dans Quantum of Solace qui fit d’elle une actrice à la notoriété internationale. Escale à l’hôtel Peninsula Paris avec une jeune femme exquise aussi amoureuse de la France que de sa langue. Elle est à l’affiche, avec Lambert Wilson, du film de Régis Roinsard Les Traducteurs, en salle le 29 janvier.

Olga, vous être née dans l’ex-Union soviétique. Vous avez vécu à Paris, beaucoup tourné aux États-Unis avant de vous installer définitivement à Londres. Tous ces déménagements ne vous ont-ils pas fait craindre de vous perdre vous-même ?

Non, pas du tout. Parce que je suis une terrienne, une fille extrêmement lucide qui garde les pieds sur terre. Peut-être parce que j’ai été élevée en Ukraine par des femmes très fortes, ma mère et ma grand-mère, qui portaient tout sur leurs épaules. J’ai vécu des choses assez difficiles dans mon enfance qui m’ont armée pour la vie. Nous vivions à trois familles dans l’appartement de mes grands-parents où chacune avait sa chambre.

Vous avez vécu la catastrophe de Tchernobyl…

D’un petit peu loin parce que nous habitions le sud de l’Ukraine. Ce qui n’empêchait pas ma grand-mère, médecin, de m’interdire de sortir sous la pluie, de me couvrir la tête sous peine de voir tomber mes cheveux et d’éplucher le moindre aliment que nous consommions avant de le faire bouillir. Les radiations partaient en même temps que les vitamines.

L’explosion de l’Union soviétique a-t-elle amélioré votre vie quotidienne ?

Au contraire, elle l’a empirée. Du temps de l’URSS, les gens étaient égaux et la vie à peu près stable. Ensuite, si une partie de la population s’est considérablement enrichie, l’autre a plongé. Nous n’avions rien à manger à l’exception de céréales bouillies sans beurre. Jamais de viande ni de poisson et il n’était pas question de jeter le moindre bout de pain que nous faisions ramollir dans de l’eau. Je ne possédais qu’un seul pull et un seul jean et je peux dire que j’ai eu faim durant toute mon enfance et mon adolescence. D’ailleurs, quand je suis arrivée à Paris et que j’ai vu des copains jeter un restant de pâtes à la fin d’un dîner, j’étais horrifiée !

Vous avez la maîtrise parfaite de notre langue. Où l’avez-vous apprise ?

Je suis amoureuse de la langue française depuis l’enfance. À la maison, ma mère, professeur d’art, possédait des disques de Mireille Mathieu qu’elle faisait tourner en boucle. Lorsqu’à l’école, j’ai dû choisir une langue étrangère je voulais que ce soit le français à cause de Mireille Mathieu ! (Rires) Mais ma mère a jugé préférable que j’apprenne l’anglais qui me serait plus utile. Au lycée, j’étais bonne élève et envisageais de devenir médecin. Je dévorais des livres médicaux. En tout cas, je ne me voyais ni mariée, ni mère de famille. J’avais trop peur de rester coincée à la maison alors que je ne rêvais que de travailler.

À 15 ans, votre vie bascule dans le métro de Moscou lorsque vous êtes remarquée par la collaboratrice d’une agence de mannequins…

Par manque d’argent, ma famille ne voyageait jamais et restait à Berdiansk où nous habitions. Cette année-là, ma mère avait économisé pour que nous puissions passer huit jours à Moscou. Nous étions dans le métro quand une dame nous a abordées. C’était la directrice de casting d’une grande agence de mannequins. Ils ont avancé les frais pour que je puisse passer des tests. Avec mon premier cachet à Moscou, je me suis acheté une parka car je n’avais aucun manteau chaud.

 

À peine un an plus tard, vous vous retrouvez seule à Paris…

Un directeur de casting français cherchait de nouveaux visages pour la France. Il m’a dit : «Tu vas marcher chez nous. » Il m’a aidée à obtenir un visa et à seize ans, je suis arrivée toute seule à Paris, ne parlant pas un mot de français. Ma carrière de mannequin a vite décollé à travers des marques de cosmétiques comme Clarins et Helena Rubinstein et ensuite avec les marques de lingerie que sont Lejaby, Darjeeling ou Victoria’s Secret.

Vous en profitez pour découvrir la cuisine française ?

Pendant des semaines, je ne me nourris que de céréales au lait et d’œufs trois fois par jour avant de découvrir le charme des boulangeries et de leurs viennoiseries !

Vous ennuyez-vous de votre famille ?

Les apprenties mannequins avec qui je partageais un appartement pleuraient le soir en pensant à leur maman. Moi, très franchement, j’étais contente d’être là et de travailler. J’étais si occupée que je n’avais pas le temps d’être triste. Assez vite, j’ai choisi de louer un studio dans le 16e arrondissement. C’est là que j’ai ressenti pour la première fois le manque de ma famille et de mon pays. Je n’étais pas habituée à vivre seule. Comme j’étais très timide, je ne sortais jamais de chez moi et restais seule enfermée à lire ou écrire. Tout le monde avait un petit copain sauf moi de peur qu’il n’accapare mon temps précieux. Je craignais qu’on me prenne ma liberté et mes envies et en même temps j’avais honte de cette situation. Je pensais que je n’étais pas normale.

En 2008, second miracle : vous êtes choisie parmi 400 candidates pour incarner la James Bond girl de Quantum of Solace aux côtés de Daniel Craig.

Ce rôle a été le deuxième grand flash de ma vie. Je me souviendrai toujours du jour où j’ai appris la nouvelle. C’était un 24 décembre au soir à Paris, dans mon appartement du quartier de la Madeleine où je réveillonnais avec des amis. Au milieu de la soirée, je reçois un coup de fil de mon agent anglais qui m’annonce que je vais être James Bond Girl. Je lui réponds : « Si c’est une blague, elle n’est pas drôle. » Je n’y croyais pas. Puis réalisant enfin, je me mets à sauter comme une folle dans l’appartement devant mes amis ahuris. Ce rôle m’a demandé une préparation intense. Rétrospectivement, je me dis que j’ai vécu un conte de fées !

Voici environ cinq ans que vous êtes installée définitivement à Londres…

Parce que mon agent anglais m’avait dit que cela était préférable pour mener une carrière internationale. Ma mère s’y est aussi installée il y a cinq ans et elle est folle amoureuse de mon petit garçon ! Si je n’ai plus d’appartement à Paris, je continue d’y venir très régulièrement. J’adore travailler avec les Français. J’adore le cinéma français. Les acteurs français sont tellement relax, tellement détendus sur un tournage ! Aux États-Unis, il y a plus de règles et elles sont bien différentes. Les acteurs américains n’osent pas poser de questions, sont beaucoup moins directs que les français…

Qu’appréciez-vous le plus à Paris ?

Marcher le long de la Seine, aux Tuileries ou admirer la place de la Concorde dont je ne me lasse jamais. Et puis l’art de manger, la façon de s’habiller. J’adore quand on me dit à Londres : « You are so French ! » et puis aussi l’art de la conversation. Être autour d’une table et parler. Décortiquer un sujet, échanger des avis. À Paris, on parle beaucoup plus librement qu’à Londres ! Les gens y sont plus ouverts même si les Londoniens sont plus polis. J’ai également l’impression que les classes sociales se mélangent davantage à Paris qu’à Londres. Là-bas, tout le monde se connaît depuis l’école et en fonction de ton accent on sait immédiatement de quelle école tu viens.

Bio Express

Bio Express

  • Naissance en Ukraine
  • Arrive à Paris
  • Naturalisée française
  • James Bond Girl dans Quantum of Solace
  • À la merveille de Terence Malick avec Ben Affleck
  • Oblivion aux côtés de Tom Cruise
  • The November Man avec Pierce Brosnan
  • Naissance de son fils Alexander
  • L’Empereur de Paris de Jean-Francois Richet avec Vincent Cassel
  • Les Traducteurs de Régis Roinsart avec Lambert Wilson
Par Caroline Rochmann. Photos Stéphanie Slama. Remerciements The Peninsula Paris. - Publié le

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