Interview

Olivia Ruiz Une artiste solaire et audacieuse

À la fois chanteuse, comédienne et danseuse ; passionnée et singulière, Olivia Ruiz a le don de transformer
en or tout ce qu’elle touche. Aussi à l’aise dans L’Amour sorcier à l’Opéra Comique, que sur la scène du théâtre de Chaillot, dans une chorégraphie de Jean-Claude Gallotta, l’artiste d’origine hispanique profite de la sortie de son nouvel album À Nos Corps-Aimants pour évoquer son parcours et ce Paris qu’elle aime tant…

Olivia, rien qu’à vous regarder, on devine en vous un tempérament passionné…

Je vous accorde volontiers que je ne suis pas tiède ! (Rires) J’ai tendance à être toujours dans l’excès et à faire à fond tout ce que j’entreprends. Je ris beaucoup, je pleure beaucoup, au point d’être parfois pénible pour mon entourage et de m’épuiser moi-même… Et puis, sans doute que ce tempérament s’explique aussi par mes origines espagnoles…

Des origines que vous revendiquez totalement…

Ma grand-mère disait toujours de moi que j’étais la plus espagnole de la famille. Une famille qui s’était installée en France pour fuir le franquisme. C’est vrai que je suis assez écorchée vive, et que l’envie de comprendre mon histoire familiale m’est très vite apparue comme une nécessité qui me donnerait la clé pour savoir où j’allais. Trois de mes grands-parents sont des exilés qui ont été plutôt mal accueillis en France. Ils ont connu la violence et l’humiliation. Seul mon grand-père paternel est français de souche. D’où mon véritable patronyme : Olivia Blanc. Ruiz étant le nom d’une de mes grands-mères.

À quoi ressemblait votre enfance ?

Je suis née à Carcassonne mais j’ai grandi à Marseillette, dans le café-tabac tenu par mes grands-parents. Mes parents travaillaient comme des fous et cumulaient deux boulots sans jamais prendre de vacances. Ma mère travaillait à la Mutuelle sociale agricole et aujourd’hui encore, continue à aider les agriculteurs du village. Mon père travaillait au café et parallèlement, faisait l’artiste en donnant des concerts qui lui ont valu une certaine notoriété dans la région. Je l’ai toujours vu une guitare à la main et à la maison, tout le monde chantait à la moindre occasion. Nous formions une famille très unie qui vivait à l’espagnole et mes parents ont toujours été des points d’ancrage pour mon frère et moi. Ils nous ont donné le goût de la rigueur et du travail bien fait. Enfant, véritable garçon manqué, j’évoluais tel un petit Tom Sawyer. Il faut dire qu’à l’époque, le monde était bien moins dangereux qu’il ne l’est aujourd’hui.

Vous n’étiez pas aussi féminine qu’aujourd’hui ?

Loin de là ! J’étais petite, je n’avais pas de poitrine, je ne ressemblais à aucune des femmes de ma famille qui étaient toutes pulpeuses, charnelles, latines et que j’enviais tant. En même temps, j’étais très créative. Je m’habillais avec des associations improbables de vêtements et de couleurs qui devaient être assez réussies puisqu’au lycée, on me complimentait souvent sur mes tenues. Je me souviens avoir flashé pendant des mois sur une chemise Jean Paul Gaultier pas du tout dans nos moyens. Ma mère avait senti combien posséder cette pièce était important pour moi. Elle a économisé de l’argent, a attendu qu’elle soit remisée plusieurs fois avant de me l’offrir. Elle était noire avec des empiècements rose fluo. Je l’ai encore aujourd’hui…

Le chant a été très tôt l’une de vos passions ?

À 12 ans, j’ai été engagée comme soliste à la chorale du collège. À 15 ans, je fondais un groupe de rock avec des amis avant de me tourner vers la chanson réaliste. En même temps, je n’avais qu’un rêve, devenir comédienne ou danseuse, même si je vivais le chant comme un plaisir faisant partie intégrante de ma vie. Et puis, un soir alors que je rentrais de la fac, ma mère me dit : « il existe maintenant sur TF1 une école gratuite de chant et de danse ». Nous étions en 2001 et il s’agissait de la première Star Academy.

Où vous parvenez en demi-finale…

Mais où je refuse de rentrer dans le moule. Je souhaitais chanter mes propres textes, qu’on respecte mon univers, ne pas être formatée. Lorsque j’apprends que la chanson de la future gagnante est déjà écrite, je dis que j’aimerais travailler avec Juliette et l’on me rit au nez. Je quitte ma première maison de disques avant de mettre un an à entrer chez Polydor. Mon premier album, dont j’ai écrit tous les textes, ne remporte qu’un succès d’estime mais les salles se remplissent. En 2005, le suivant La Femme chocolat finira à un million trois cent mille exemplaires vendus et numéro un des ventes !

Et comment gérez-vous cette notoriété soudaine ?

Je suis en Amérique du Sud avec mes musiciens en train de donner des concerts dans de petites salles. Puis en 2011, je pars quelques mois à Cuba pour me recentrer, me fondre dans l’inconnu, danser et me nourrir intellectuellement. C’était aussi ma façon de continuer à grandir en tant qu’Olivia Blanc. Ensuite, je me suis promenée à Bogotta et à Los Angeles où j’ai rencontré mon futur producteur. J’ai toujours aimé me sentir en danger, percevoir à la fois le vertige et la liberté. Aujourd’hui encore, je refuse d’avoir un garde du corps, même lorsque je me produis au Zénith.

En 2013, on vous retrouve sur la scène de l’Opéra Comique dans L’Amour sorcier de Manuel de Falla, chorégraphié par Jean-Claude Gallotta…

Où j’incarne Candelas la gitane ! C’était une idée du chef d’orchestre Marc Minkowski qui a dit un jour à Gallotta en parlant de moi : j’ai vu ses mains, j’ai entendu sa voix : c’est elle. Je me suis trouvée confrontée à un monde que je ne connaissais pas du tout et dont j’ignorais les codes : celui de la musique classique, ce qui m’impressionnait beaucoup. En même temps, je suis arrivée brut de décoffrage, plutôt rigolote avec les musiciens de l’orchestre !

Votre performance, saluée par la critique a poussé Jean-Claude Gallotta à vous mettre en scène à Chaillot dans une sorte de comédie musicale basée sur vos chansons…

Jean-Claude Gallotta a choisi 13 de mes chansons pour les chorégraphier. Il s’agit d’une fiction dans laquelle j’ai mis des personnages que je connaissais bien, les états émotionnels de tous les déracinés que j’ai connus de près. Il y était question de la transmission et du devoir de mémoire. Le 21 octobre, jour de ma dernière représentation à Chaillot, cela faisait exactement 15 ans que j’étais sortie de la Star Ac. Comme quoi, par des chemins détournés, on peut arriver à tout ! Cette expérience aura été un Sésame pour aller là où je voulais aller, pour faire confiance à mon instinct.

Vous vivez à Paris depuis longtemps ?

Je suis arrivée dans la capitale à 21 ans et je suis un produit 100 % Montmartrois ! Très imprégnée par mon répertoire de chansons réalistes, et en particulier par le fameux Moulin de la Galette de Lucienne Delyle, Montmartre me faisait fantasmer depuis longtemps. Je considère mon quartier comme un état d’esprit où règne encore une vraie solidarité entre ses habitants. J’avais d’ailleurs deux dames très âgées dans le premier immeuble où j’ai habité pour qui j’allais régulièrement faire les courses. J’apprécie le côté village de Montmartre, à la fois petit et charmant et son absence de grands immeubles que je n’aime pas du tout. Le seul moment où je n’ai pas apprécié mon quartier ? L’année dernière, lorsque j’étais enceinte de mon fils Nino et que je pesais 20 kg de plus. Grimper sans cesse ses rues pentues m’épuisait totalement !

Qu’est ce que le fait d’habiter Paris a changé en vous ?

Je suis devenue speed, la ville étant très haletante. Je ne me déplace qu’en bus et en métro. Inutile d’avoir une voiture lorsqu’on habite Montmartre : il est impossible de se garer !

À quoi ressemblent vos week-ends ?

Mon compagnon et moi sommes fans de brocantes, où nous nous rendons régulièrement le dimanche matin. Ensuite, brunch en famille ou avec des amis. J’adore le côté “auberge espagnole” et ma maison est toujours ouverte et très vivante. J’aime cuisiner pour de grandes tablées et j’ai la chance d’avoir une miniterrasse dont nous profitons l’été. Et puis, l’après-midi, sieste et balade au square, après m’être informée du taux de pollution à Paris. Je suis très vigilante là-dessus. Si il est trop important, je me refuse à sortir mon bébé !

interview-exclusive-paris-capitale-magazine-olivia-ruiz-nouvel-album-a-nos-corps-aimants-decembre-2016
Bio Express

Bio Express

  • Naissance à Carcassonne
  • S’installe chez une tante à Narbonne et fonde son premier groupe de rock
  • Fonde avec son père un duo en Languedoc-Roussillon où ils interprètent des chansons françaises et espagnoles. Participe à la Star Ac où elle arrive en demi-finale
  • Premier album : J’aime pas l’amour
  • Succès phénoménal de La femme chocolat vendu à 1300 000 exemplaires
  • Remporte la Victoire de l’artiste féminine de l’année
  • En novembre, réalise les vitrines du BHV
  • Incarne la gitane dans L’Amour sorcier de Manuel de Falla à l’Opéra Comique où elle mêle le chant, le théâtre et la danse
  • Naissance de Nino, son premier enfant
  • Volver, comédie musicale inspirée de son histoire où elle évolue entourée de musiciens et de danseurs dans une mise en scène de Jean-Claude Gallotta, à Chaillot
  • Sortie de son nouvel album À nos Corps-Aimants chez Polydor
  • Concerts à La Cigale les 21, 22 et 23, suivis d’une grande tournée à travers toute la France
Par Caroline Rochmann. Photos : Christophe Acker - Publié le

Vous aimerez sûrement les articles suivants…

Aucun commentaire

Ajouter votre commentaire

Rejoignez-nous sur Instagram Suivre @ParisCapitale