Sting : « The Last Ship est une forme de thérapie personnelle. »
Comment définiriez-vous cette comédie musicale ?
C’est une pièce politique. L’essor de l’IA, qui pourrait rem- placer nos emplois, nous confronte à une question existentielle : que faisons-nous quand nous ne pouvons plus travailler ? Que devient la communauté ? Ce sont des questions essentielles auxquelles je n’ai pas toutes les réponses, si ce n’est qu’il faut nous soutenir les uns les autres. Mais The Last Ship est aussi une histoire d’amour et un grand spectacle divertissant. Tout cela à la fois.
Vous vous êtes fortement inspiré de votre vie pour écrire ce spectacle. Avez-vous eu un retour des habitants de Wallsend que vous dépeignez ?
J’ai présenté The Last Ship pour la première fois dans ma ville d’enfance, sous une forme expérimentale. Je l’ai jouée devant des ouvriers du chantier naval, les hommes que nous racontions, pour leur demander leur accord. Ils ont été très enthousiastes et touchés qu’on veuille raconter leur histoire. Évidemment, venant de ce milieu, je me sentais légitime pour porter ce récit. C’est un hommage à un mode de vie. Mais, pour moi, c’est aussi une dette envers ces personnes. Cette communauté a fait de moi ce que je suis : elle m’a donné mon sens du travail, mon identité. C’est très important pour moi.
Avez-vous souhaité d’emblée en faire un spectacle ou avez-vous hésité à en faire un film ?
On aurait pu imaginer la comédie musicale Roxanne, mais ce n’était pas ce que je voulais. J’ai choisi l’exercice le plus exigeant possible avec une histoire totalement nouvelle. En général, les comédies musicales sont adaptées de romans connus ou de films Disney. J’ai préféré me plonger dans cette aventure difficile, mais merveilleuse et stimulante.
À l’aube d’une nouvelle tournée, Sting se dit constamment en quête de nouveauté pour se nourrir artistiquement.
Dans la pièce, vous interprétez le rôle de Jackie White. À quel stade du projet avez-vous réalisé que vous souhaitiez monter sur scène ?
À l’origine, j’ai écrit ce rôle pour l’un de mes amis. Mais, quand on a monté le spectacle à Broadway, le producteur a pensé que ma présence aiderait à remplir la salle et m’a suggéré d’en faire partie. Et, de fait, dès que j’ai rejoint l’équipe sur scène, les représentations ont affiché complet. Mais je n’ai pu rester que peu de temps, car j’avais une tournée déjà programmée. Lorsque l’occasion s’est de nouveau présentée d’interpréter ce rôle, j’ai accepté. J’y ai pris beaucoup de plaisir. Aujourd’hui, je me sens très à l’aise avec ce personnage, il s’est presque fondu en moi.
Quels sont vos secrets pour bien vous préparer ?
Rester mince, dormir suffisamment, bien manger. Ça aide à faire le job ! (Rires)
Vous avez écrit et composé plusieurs chansons spécialement pour cette comédie musicale, mais d’autres font partie de votre répertoire…
Oui, quelques chansons avaient déjà connu une vie auparavant, comme All This Time ou When We Dance. Quelques titres issus de The Soul Cages, l’album que j’ai réalisé en 1990, sont aussi dans le spectacle. Mais la plupart du contenu reste inédit.
Ce projet vous a-t-il permis de vous reconnecter à votre enfance et de réparer quelque chose ?
Se retourner sur son passé et identifier ses troubles d’antan est forcément salvateur. Je n’ai pas eu une enfance particulièrement heureuse, et certains passages ont été douloureux à revisiter. Mais, en même temps, c’est extrêmement thérapeutique : cela permet de comprendre qui l’on est et pourquoi on pense de cette manière. Oui, c’est une forme de thérapie personnelle.
Dans la comédie musicale The Last Ship, inspirée de sa propre enfance, Sting raconte l’histoire bouleversante d’une communauté d’ouvriers navals du nord-est de l’Angleterre confrontés à la fermeture de leur chantier.
Vous vous apprêtez également à repartir sur les routes pour une tournée mondiale dès l’an prochain. Après toutes ces années, qu’est-ce qui vous procure encore le plus de plaisir sur scène ?
Ce qui m’intrigue toujours, en tant qu’interprète, c’est de découvrir quelque chose de nouveau chaque soir. Il y a sans cesse un détail auquel on n’avait pas pensé auparavant. Je chante parfois des morceaux écrits il y a quarante ans, mais je suis constamment en quête de nouveauté pour me nourrir artistiquement.
Au cours de votre carrière, quelle est la chose la plus importante que vous ayez apprise ?
Qu’il ne faut jamais cesser d’apprendre. Qu’il faut continuer cette quête, parce qu’elle est sans fin.
Que dirait, selon vous, le petit Gordon Sumner [son vrai nom, ndlr] s’il découvrait The Last Ship ?
J’espère qu’il serait heureux. Je pense qu’il le serait. Ma vie est assez improbable. Le chemin parcouru depuis mes débuts jusqu’à l’aventure que j’ai vécue dépasse tout ce que j’aurais pu imaginer. J’en suis profondément reconnaissant et je ne considère rien comme acquis. Mon enfance modeste m’a permis de mesurer pleinement ma chance. Je crois que le petit Gordon serait fier de l’homme qu’il est devenu.
Vous entretenez un lien très particulier avec Paris. Vous y avez écrit Roxanne, et y avez tourné un clip avec Mylène Farmer, Stolen Car. Qu’est-ce qui vous attire autant dans cette ville ?
C’est la plus belle ville du monde – vous le savez aussi bien que moi. Je la trouve toujours profondément romantique. C’est une ville où j’aime marcher, me perdre. J’ai joué partout à Paris : du Gibus au Bataclan, du Palais des Glaces au Stade de France, et j’ai sans doute joué à Bercy plus souvent que dans n’importe quelle autre salle. J’ai tout fait, étape par étape. Je me sens chez moi, ici, et ma femme partage ce même engouement, au point de m’y rejoindre souvent.
Vous y avez même vécu pendant la pandémie…
Effectivement, j’ai passé le confinement à Senlis. Tout le monde pensait que j’y avais une maison, alors qu’en réalité je l’avais simplement empruntée à un ami. Mais j’aime beaucoup cette ville !
Quel est votre endroit préféré ?
Je vais toujours chez Lipp. Ils me connaissent bien, là-bas, et j’y ai ma table. Ce n’est pas un restaurant touristique comme il y en a beaucoup dans le quartier. Les vrais Parisiens y vont… et c’est bon signe !
Quel est votre plus beau souvenir ici ?
Mon deuxième fils, Jack, est né à Clamart, en 1985. C’était un moment très fort.
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