Tatiana, à ce jour, onze millions d’exemplaires de votre livre Elle s’appelait Sarah, adapté au cinéma avec Kristin Scott Thomas, ont été vendus à travers le monde. C’est dire si vous êtes un écrivain extrêmement bankable.
Ne croyez pas cela ! Mes débuts ont été plus que laborieux, mes huit premiers livres s’étaient très mal vendus. J’ai alors du faire du journalisme pour allier le plaisir d’écrire à la nécessité de gagner ma vie. C’est ainsi que durant quelques années, j’ai dirigé le bureau de Paris de Vanity Fair où je faisais travailler Helmut Newton et Annie Leibovitz avant de collaborer à d’autres journaux.
Peut-on dire alors que vous devez cette notoriété mondiale au succès d’Elle s’appelait Sarah ?
Entre 2002 et 2005, pas un seul éditeur ne voulait de ce manuscrit. Trente d’entre eux l’avaient refusé en me répétant chacun leur tour : « Mais madame, personne ne veut entendre parler de cette rafle du Vel d’hiv ! » J’étais totalement découragée. J’ai voulu arrêter d’écrire. Et puis un jour, je fais la connaissance d’Héloïse d’Ormesson à l’occasion d’une interview. Elle venait de monter sa maison d’édition. Je lui parle de mon livre et elle me demande de lui envoyer le manuscrit, écrit en anglais. Elle le lit et me dit vouloir le publier. Nous signons fin 2005, le livre sort en 2007 et là, c’est le tsunami !
Il semble que vous ayez toujours eu le désir d’écrire chevillé au corps.
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être écrivain. J’étais très bonne en rédaction. J’adorais inventer des histoires. À l’âge de dix ans, j’avais déjà écrit mon premier roman que j’avais offert à ma mère en cadeau d’anniversaire ! Elle l’a trouvé très prometteur et m’a toujours encouragée dans cette vocation. Parce que j’ai grandi à Boston, j’ai commencé à écrire en anglais, y compris mes carnets et mes journaux intimes. D’ailleurs, je parlais anglais avec ma mère, mon frère et ma sœur et français seulement avec mon père et aujourd’hui mon mari. Ce qui est assez amusant, c’est que je m’exprime en anglais avec mon fils et en français avec ma fille !
On vous imagine adolescente épanouie dans ce foyer cultivé et aimant…
Non, pas vraiment. Pendant des années, j’ai été anorexique-boulimique. J’étais boulotte, très timide et je me trouvais affreuse. J’étais très complexée par rapport à mes parents qui étaient très sportifs et très beaux, et tout spécialement par ma mère et ma sœur qui étaient carrément splendides. J’étais obsédée par mon poids, je faisais du sport à outrance persuadée que si je n’atteignais pas un poids précis, je ne ferais jamais rien de bien dans la vie.



