Interview

Thomas Dutronc

Les bonnes adresses de Thomas

Les bonnes adresses de Thomas

  • Un super restaurant corse à deux pas du Luxembourg. La cuisine y est très raffinée et l’ambiance conviviale. Le Brocciu et l’agneau-pommes de terre rôtis au four y sont excellents. 9, rue Cujas, 5e. www.restaurant-le-cosi.fr
  • Un formidable fromager, meilleur ouvrier de France, où je me régale de chèvres, de tommes et de Comté. 97-99, rue Saint Antoine, 4e. www.fromageslaurentdubois.fr
  • Quand j’avais 25 ans, les beaux meubles me faisaient rêver. Maintenant, je peux m’en offrir quelques-uns. 117, rue du Bac 7e. www.conranshop.fr
  • J’ai sympathisé tout de suite avec le patron qui a l’âge de mes parents et qui fume le cigare ! 64, rue François Miron, 4e.
  • Agnès m’habille depuis que j’ai 35 ans et je m’entends très bien avec elle. 6, rue du vieux colombier, 6e. www.agnesb.eu
  • Parce que je déteste faire du shopping, j’ai recours à un personal shopper. Pendant une heure ou deux, il me fait essayer ce qu’il pense être le mieux pour moi comme dans un film américain et, moi, je me prends pour une star hollywoodienne ! 24, rue de Sèvres, 7e. www.24s.com
  • Un luthier fabuleux qui vend d’extraordinaires guitares de collection. Je m’y suis acheté de nombreuses guitares acoustiques. 17, Galerie Vero-Dodat, 1er. www.galerie-casanova.com
De ses parents, Jacques Dutronc et Françoise Hardy, deux icônes de la chanson française, Thomas Dutronc a hérité le talent, l’élégance et cette nonchalance étudiée qui n’appartient qu’à eux. Ce professionnel de la guitare, grand admirateur de Django Reinhardt, devenu chanteur par hasard, ne cesse d’accumuler les succès depuis celui de son premier album :
Comme un manouche sans guitare, qui lui valut une Victoire de la musique. Celui qui désormais partage sa vie entre L’Île-Rousse et le 4e arrondissement est de retour dans la capitale pour la sortie de son nouvel album Frenchy.

Thomas, comment avez-vous vécu ces deux mois de confinement ?

Au début très mal. J’étais à la campagne, dans l’Yonne, très déprimé et angoissé. Sans compter que professionnellement, tout ce qui était prévu s’annulait : la sortie simultanée de mon album en France et aux États-Unis, mes dates de concerts à Paris et tout le reste. Ce ne sont que les quinze derniers jours que j’ai commencé à me sentir bien avec l’envie de retrouver l’essentiel. Maintenant, j’ai moins envie de voir le monde. À 35 ans, je n’aurais jamais pu imaginer vivre un jour à la campagne. Aujourd’hui, j’ai besoin d’espace, de nature, de voir des arbres et pas des gens continuellement énervés. J’ai vraiment l’impression d’avoir fait le tour des soirées et des fêtes. Je me recentre sur mes amis proches et le fait de vivre en Corse la moitié de l’année m’y aide beaucoup.

Cela veut-il dire que vous n’aimez plus Paris ?

Je ne dirais pas cela, mais j’observe que la ville va dans un sens qui n’est plus celui de mon enfance et dont j’ai la nostalgie. J’ai grandi dans le 14e arrondissement qui était encore à l’époque un quartier relativement populaire où se côtoyaient différentes couches sociales. Aujourd’hui, je remarque que les Parisiens sont de plus en plus froids et que le sourire à la vie se fait rare. Il faut dire que vivre à Paris est de plus en plus onéreux. Une mission impossible pour des familles avec enfants. Lorsqu’on veut voir ses amis, il faut prendre rendez-vous huit jours à l’avance car chacun est très occupé et s’offrir 45 minutes de taxi aller-retour car presque tous sont obligés de vivre en banlieue. À cause du cauchemar des embouteillages, j’ai renoncé à ma voiture pour me déplacer essentiellement en taxis qui bénéficient de couloirs spéciaux. Le vélo me fait peur et dès que je peux marcher, je marche.

Qu’est-ce qui vous séduit encore dans la capitale ?

Le 4e arrondissement où je vis depuis vingt ans et que je trouve très festif, les petits bistrots à l’ancienne avec leurs serveurs à l’humour si particulier qui ont toujours une histoire à raconter. Une ambiance que l’on ne retrouve pas du tout aux États-Unis où chacun a toujours peur de faire un truc de travers.

Né à Paris, Thomas Dutronc partage sa vie entre la capitale et l’île de Beauté où il séjourne près de six mois par an.

Votre nouvel album, Frenchy, revisite souvent en anglais les classiques de la chanson française d’après-guerre, façon jazzy avec des invités aussi prestigieux qu’Iggy Pop, Diana Krall, Jeff Goldblum ou Stacey Kent. Pourquoi ce choix ? Écoutiez-vous ces titres chez vos parents ?

Je cherchais un concept qui me permette de m’exporter ailleurs, de sortir de mon bocal francophone et, à ma grande joie, beaucoup de ces stars américaines ont répondu oui, séduites par le projet. C’est d’ailleurs Iggy Pop qui m’a amené Diana Krall sur C’est si bon ! Je n’en revenais pas ! Sinon, ce n’était pas le genre de musique que mes parents écoutaient. Mon père était branché essentiellement sur la country américaine, ma mère sur la variété française : Étienne Daho, Véronique Sanson, Michel Berger. Elle a toujours été très sensible à la nouveauté.

Comment grandit le fils unique de deux monstres sacrés de la chanson française ?

Très bien. Mes copains se disputaient avec leurs parents, pas moi. Avec mon père, je dirais qu’on se devinait. Ma mère elle, a toujours été très bavarde et nous avons toujours beaucoup échangé. Lorsque j’étais au lycée, ils m’ont laissé autonome en me confiant le second étage de notre maison. Les jours sans cours, j’y invitais mes potes pour visionner une quantité impressionnante de films, jouer au flipper ou au babyfoot en ingurgitant bon nombre de Yop, de bières et de barres chocolatées. Mes camarades étaient pour la plupart de mauvais élèves. Moi, j’étais très bon. Tellement bon en maths que ma mère me rêvait astrophysicien. Aujourd’hui encore, les mystères de l’univers me passionnent. C’est en ce sens que la musique pure me plaît par sa dimension un peu mystique où l’on n’est plus dans l’humain mais dans le divin.

Et vous, qu’écoutiez-vous comme musique ?

Bach, Chopin, Pink Floyd jusqu’aux deux chocs de ma vie qu’ont été Georges Brassens et Django Reinhardt. La philosophie de Brassens m’a parlé et je dirai qu’il a joué pour moi le rôle d’un guide spirituel. Sa manière d’appréhender le monde m’a montré comment agir et me comporter dans la vie, d’une manière à la fois tendre et humaniste. Il a été ma boussole, mon étoile du Nord, un code pour déchiffrer le monde. À cette époque, j’avais besoin de repères et à la maison on ne parlait jamais de choses profondes. Mes parents, qui ont toujours su rester très simples, se comportaient un peu comme deux gamins.

À partir de quand avez-vous envisagé une carrière de guitariste professionnel ?

À chaque fois que j’étais en Corse, où j’allais continuellement dans la maison de Monticello que ma mère avait fait construire en 1966, j’avais l’habitude de jouer dans tous les bars et les petits festivals de Corse du Nord avec deux guitaristes super connus là-bas. Puis, on a joué à trois guitares du jazz bossa dans une boîte de nuit de L’Île-Rousse. Essentiellement de la musique instrumentale, un peu à la manière des Manouches. Je me suis dit : « Voilà une niche où je peux exister en tant que Thomas, ne pas être le “fils de”. »

Comment vos parents ont-ils réagi ?

Ma mère a été formidable. Elle m’a dit : « Je te donne cinq ans pour réussir. D’ici là, je te soutiendrai financièrement comme si tu entreprenais des études de médecine. » J’arrive au terme de mon contrat avec elle lorsqu’un miracle se produit : ma rencontre avec Biréli Lagrène, le plus grand guitariste manouche du monde. Un de ses cousins ne pouvait plus suivre le groupe. Il me propose de le remplacer comme accompagnateur. Je suis fou de joie. Pendant un an, je l’accompagne partout à travers le monde. Une expérience extraordinaire. Au bout d’un an, j’éprouve le besoin de souffler. Avec Matthieu Chedid, un ami d’enfance, nous montons un mini spectacle musical de bric et de broc. Pour le promouvoir, nous avons besoin d’un disque, que nous souhaitons de musique instrumentale avec seulement deux chansons interprétées par une copine. Finalement, c’est moi qui m’y colle. Voilà comment est né Comme un Manouche sans guitare.

Lors d’une rencontre remontant à une dizaine d’années, vous m’aviez confié à la fin de l’entretien : « Dans dix ans, le temps de mettre de l’argent de côté, j’arrêterai tout pour profiter de la vraie vie et pas de la notoriété. » Êtes-vous toujours dans cet état d’esprit ?

Pas exactement, dans le sens où j’ai pris goût à ce métier et que chanter devant un public me nourrit l’âme. En même temps, je privilégie toujours la vraie vie en habitant en Corse six mois de l’année, à vingt minutes en voiture de la maison de mon père avec qui je déjeune deux fois par semaine. Lui vit là-bas à l’année, entouré de ses douze chats. J’ai trouvé en Corse une dimension humaine formidable. Je m’y suis fait de vrais amis que je considère comme ma famille avec qui je fais dix fois plus de bœufs que lorsque je suis à Paris. L’hiver, je monte en montagne. L’été, je vais à la pêche et je me baigne. C’est là que j’aime travailler, là que me vient l’inspiration. Je me considère toujours comme un artisan.

Bio Express

Bio Express

  • Naissance à Paris.
  • Bac C mention Très Bien.
  • Découvre la musique de Django Reinhardt et fréquente la Chope des Puces, incontournable lieu du jazz manouche à Paris.
  • Écrit plusieurs titres et joue un titre sur l’album de son père : Brèves rencontres.
  • Les Corses Antoine Tatich et Jérôme Ciosi fondent avec lui une formation de guitare jazz entre la bossa nova et le swing gitan. Écrit Mademoiselle pour Henri Salvador.
  • Biréli Lagrène, quitariste manouche, admiratif, l’invite à l’accompagner un an durant sur sa tournée mondiale.
  • Collabore à la musique du film Les Triplettes de Belleville et à celle de Toutes les filles sont folles avec son ami d’enfance Matthieu Chedid.
  • Série de concerts de jazz manouche. Premier album solo : Comme un Manouche sans guitare pour lequel il remportera une Victoire de la musique.
  • Sortie de son cinquième album Frenchy.
  • Concerts à la Cigale à Paris.
Par Caroline Rochmann - Publié le

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