Promenade

Le virage bobo de la rue de Charonne

Ex-rue populaire connue pour ses ateliers d’ébénisterie entre autres, la rue de Charonne s’est embourgeoisée avec l’arrivée, dans les années 2010, des premières adresses branchées. Depuis la tendance n’a cessé de s’amplifier. Tristement célèbre lors des attentats meurtriers de novembre dernier, le quartier tente de panser ses blessures. La vie et l’activité ont repris leur cours. Paris Capitale vous emmène en balade.

Paris est cette capitale capable de choisir pour s’épanouir un tout petit bout de rue, comme ça, par caprice ! Un des exemples frappant est cette rue de Charonne, rue tranquille et un peu oubliée s’il en était du 11e arrondissement, redevenue tristement célèbre en novembre dernier puisqu’elle fut douloureusement touchée lors des attentats. Une rue branchée, mais voilà, branchée façon Paris c’est-à-dire pas partout : le coin qui se fréquente va du numéro 1 au numéro 50, autrement dit du faubourg Saint-Antoine à l’avenue Ledru Rollin. Pourquoi ? Mystère… Un peu d’histoire peut-être ? La rue de Charonne a connu des hauts et des bas, mais jamais d’indifférence. C’est une des plus anciennes voies de Paris qui, au début du XVIIe siècle, conduisait à Charonne, un village de vignerons et de cultivateurs avant que celui-ci ne soit annexé en 1860. Quand on connaît le rôle qu’ont joué la vigne et le vin dans l’économie de Paris, on ne s’étonne pas qu’alors la vie se soit éclose en cet endroit, qui devint vite un quartier d’ateliers et d’artisans, bons travailleurs, bons vivants. Il en reste d’ailleurs quelque chose dans certaines maisons, certains passages surtout. Bien sûr, impossible d’emprunter la rue sans une pause au tout début, à l’angle du Faubourg-Saint-Antoine. Là, comme un clin d’œil, on admire la fontaine Trogneux – du nom d’un ancien brasseur – classée aux monuments historiques depuis 1995. Elle compte parmi l’une des quatre fontaines mises en place avant la première moitié du XVIIe siècle pour alimenter les vignerons, oh ! ironie, en eau ! Construite en coin de rue, sous la forme d’une imposante façade à pilastres et moulures et surmontée d’un fronton triangulaire dans un pur style Louis XV, elle se fond dans l’alignement des immeubles. Comme seul indice de son ancienne utilisation, les deux petits mascarons en bronze à tête de lion, qui n’ont pas l’air d’avoir reçu de l’eau depuis longtemps, sont difficiles à trouver.

 

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Qu’à cela ne tienne, le promeneur, lui, a de quoi se rafraîchir et se charmer tout au long de la rue. Dès le numéro 5, un attroupement de touristes asiatiques indique la première curiosité, au-delà d’une grille, la cour Saint Joseph, avec ses bâtiments construits entre 1764 et 1794, utilisés à l’époque comme ateliers qui firent la gloire du quartier pour longtemps : ici, les artisans en ébénisterie, restauration de meubles ou fabricants occupaient le haut du pavé, remplacés, aujourd’hui, par des boutiques de mode ou de décoration… Mais l’esprit semble avoir été gardé, d’une certaine tendance à la liberté d’innover et d’entreprendre, et à voir la foule qui déambule tranquille, le message est bien passé. Un peu plus loin, deux habitations anciennes. Au numéro 37, un porche ouvre sur une de ces voies privées qui font le charme de la capitale, un éblouissement de plantes et d’arbres, avec chats ronronnant au soleil, et petits ateliers anciens. Même si le renouveau de la rue s’arrête avenue Ledru Rollin, il ne faudra pas se refuser une halte au Bistrot du Peintre, à la devanture style art nouveau et au décor “bien dans son jus”, déjà présent en 1905 sous l’enseigne : À Jean Pierre, vins, liqueurs, bières, cafés, billard, encore visible sous la verrière. Certes le Bistrot du Peintre se trouve avenue Ledru Rollin à hauteur du 50 de la rue de Charonne, mais il mérite une petite entorse au protocole tout comme encore un peu plus loin dans la rue vers les numéros 51-53, le très bel hôtel de Mortagne construit en 1661 par l’architecte Pierre Delisle-Mansart, neveu de François Mansart. Il fut la propriété du comte Antoine de Mortagne, premier écuyer de la duchesse d’Orléans, puis de Jacques de Vaucanson, inventeur et mécanicien qui y construisit une grande partie de ses automates et surtout de nombreux métiers à tisser… Important car, en 1783 Louis XVI achète l’hôtel pour y établir le cabinet des mécaniques du roi, autrement dit, l’ancêtre du musée des Arts et métiers… Après un peu d’histoire, il paraît alors logique que ce bout de rue, peuplé d’artisans et de créateurs depuis plusieurs siècles soit prêt, même après leur disparition, à rebondir avec d’autres idées, d’autres pratiques, mais toujours dans le même style : joyeux, créatif et fidèle à son prestigieux passé.

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Par Viviane Blassel. Photos : Stéphanie Slama - Publié le

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