Promenade

Une balade en première classe

L’ouverture de la Pinault Collection et les rénovations parallèles de la Poste du Louvre et de la Samaritaine ont braqué les projecteurs sur un périmètre de la capitale, en pleine transformation. Le patrimoine historique du 1er arrondissement se conjugue désormais avec luxe et culture, en toute harmonie.

Son nom pourrait laisser penser le contraire, mais le Pont-Neuf est bien le plus ancien de Paris. Beaucoup d’eau a coulé depuis sa construction, à la charnière des XVIe et XVIIe siècles, augurant une nouvelle “aire” en la matière : pour la première fois, la pierre a remplacé le bois, le pont est non couvert, dénué d’habitations et doté de “vrais” trottoirs. En 1985, l’artiste Christo l’élève au rang de chef-d’œuvre en l’empaquetant, et l’an passé, l’édifice long de 238 mètres a refait les gros titres, son nom désormais accolé à celui du grand magasin La Samaritaine, qui lui fait face. Resté “à quai” durant presque deux décennies, le vaisseau amiral, conçu par la célèbre famille Cognacq-Jay en 1870, a été remis à flot, le 23 juin 2021, sous le pavillon du groupe LVMH. Pari titanesque réussi. La rénovation de ce joyau de l’Art Nouveau et de l’Art déco a été faite dans les règles de l’art – et avec 750 millions d’euros de budget. Le joyeux bazar d’antan a laissé place à un temple du luxe, dont un magasin de 20 000 m2 et, côté Seine, offrant une vue spectaculaire, la première adresse parisienne de l’enseigne hôtelière Cheval Blanc.

Paris Centre

Avec cette nouvelle Samaritaine (du nom d’une pompe à eau située sur le Pont-Neuf), les réhabilitations des Halles, de la Bourse de Commerce, de la Poste du Louvre, du théâtre du Châtelet, de l’église Saint-Eustache – distants de quelques centaines de mètres les uns des autres – le bien nommé cœur de Paris trouve un nouveau souffle. Le number one des arrondissements a même fusionné, il y a deux ans, avec ses voisins, les deuxième, troisième et quatrième, pour ne plus former qu’un unique secteur administratif, baptisé Paris Centre. Lequel peut donner le vertige : les vestiges de l’histoire sont légion, les expériences et les contrastes, aussi !

Entre le Louvre et le Forum des Halles, qu’on soit badaud nonchalant, acharné du shopping, amateur d’art ou historien patenté (voire tout ça à la fois !), les horizons sont désormais multiples. À commencer par celui proposé par cette Canopée, drôle de soucoupe volante de 18 000 écailles de verre, vaste comme la place des Vosges, qui surplombe ledit Forum, point névralgique d’une zone (autrefois interlope…) transfigurée au terme d’un gigantesque chantier de dix ans. L’aménagement d’un jardin (Nelson-Mandela) de 4 hectares et d’une cour de 22 mètres de large reliant le “mall” à la Bourse de Commerce (ressuscitée en cathédrale de l’art contemporain par le biais de la Pinault-Collection) parachève la métamorphose – qui aura pris moins de temps (plus d’un siècle !) qu’il n’en fallut pour venir à bout de l’édification de l’église riveraine, au mitan du XVIIIe siècle. Actuellement, la belle Saint-Eustache se refait (encore) une beauté…

Art et Luxe

Le quartier s’embellit, se met au goût du jour, mais les traces du passé demeurent. La rue Saint-Honoré (avec celle de Rivoli, une des artères commerçantes les plus emblématiques de Paris) fourmille de maisons anciennes et de boutiques pittoresques aux façades classées, à l’instar de celle du Bourdon d’or, au numéro 93, adresse de l’apothicaire d’Henri IV, où le roi assassiné aurait reçu les premiers soins, en vain, le 14 mai 1610…

Autre lieu de mémoire, la Poste du Louvre, située à quelques encâblures de la Bourse de Commerce et de la place des Victoires (bordée de magasins de mode), dont la plupart des usagers n’avaient probablement jamais noté la splendeur du bâtiment, booste, elle aussi, les habitudes du quartier. Au terme de sept ans de travaux, l’énorme bloc de 32 000 m2, parangon de l’architecture industrielle (1886), dans lequel le bureau de poste historique siège toujours sous le péristyle, accueille depuis, cette année, l’hôtel cinq étoiles Madame Rêve, des boutiques, des bureaux, une crèche, un petit commissariat, notamment. De quoi parachever une mutation conjuguant Art et Luxe qui n’a pour autant pas encore dit son dernier mot : en 2024, pour ses 40 ans, la Fondation Cartier pour l’Art contemporain déménagera dans l’ancien Louvre des Antiquaires, sis rue de Rivoli, à deux pas de la place du Palais-Royal. 

Par Mireille Sartore - Publié le
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