Mode Féminine

Akris Un prêt-à-porter très couture

Minimalistes et architecturées, les collections Akris du créateur Albert Kriemler sont une ode à l’élégance et à un savoir-faire méticuleux tout en subtilité. En 2020, la maison suisse fête les dix ans de Ai, son sac emblématique au pliage trapèze.

Avenue Montaigne, la vitrine d’une boutique, plutôt petite, eu égard aux dimensions de celles des grands de la mode qui l’entourent, attire, voire intrigue. Loin du foisonnement de ses voisines, la vitrine d’Akris expose un modèle et un seul. Et c’est là que la magie opère, car cette robe, ce manteau ou cet ensemble exprime comme une évidence qu’il y a là quelque chose qui relève de la mode, certes, mais qui apporte un plus, ce plus qui fait que l’on pousse la porte… Et la magie continue au rez-de-chaussée, puis au premier étage où l’on peut accéder par un ascenseur. Tout est blanc, clair, verre et chrome, et, exposés sur les portants, les modèles du dernier défilé prennent vie sur un écran.

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AKRIS

49, avenue Montaigne, 75008, Paris Tel : 01 47 20 47 49 eu.akris.com
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Une visite confirme la première impression, nous sommes là face à une collection particulière, sophistiquée, épurée, contemporaine et intemporelle. Une collection qui a valu à son créateur, Albert Kriemler, le prestigieux prix Couture Council Award for Artistry of Fashion. Plus connu aux États-Unis qu’en France – chez Bergdorf Goodman sa marque est l’une des plus recherchées – le directeur artistique d’Akris est Suisse et ne cesse depuis ses débuts, de peaufiner un vestiaire d’un raffinement inouï.

Suisse donc, il vient de Saint-Gall où sa grand-mère, Alice, avait ouvert un atelier en 1922, pour fabriquer des tabliers. Depuis, la maison a évolué, mais reste toujours familiale et indépendante. Fidèle à la mémoire de son aïeule, le petit-fils inclut toujours une robe tablier dans ses collections ; ses collections qui sont à chaque fois l’occasion de se lancer un défi, c’est sa passion, un défi technique qu’il explore dans ses ateliers de Saint-Gall.

Source d’inspiration oblige, qu’il travaille autour de Carmen Herrera ou de Geta Brătescu, les tissus ont la charge de traduire le sens de l’œuvre des artistes choisis. Il a fallu, par exemple, lorsque la collection s’est rapprochée de l’architecte japonais, Sou Fugimoto, trouver le tissu qui incarne la matière architecturée de la Taïwan Tower. Lors d’une collection inspirée par un voyage en Afrique, les ateliers ont travaillé des broderies façon peau d’éléphant, mais aussi des écailles de python, faites alors en cuir, découpées au laser, épinglées puis cousues à la main !

Les tissus seraient-ils plus importants que les modèles ? Non, justement et c’est là une part du secret de l’aura de son travail, car tout est fait pour durer dans le temps. Ses vêtements minimalistes, à la simplicité quasi monacale des coupes, sont plébiscités par les femmes dites “de pouvoir” Michelle Obama ou Condoleezza Rice entre autres, un luxe discret permis par la préciosité du savoir-faire qui a fait que la chambre syndicale de la couture le verrait bien dans la semaine de la haute couture.

Albert Kriemler, dont la silhouette longiligne et
élégante est à l’image des vêtements qu’il dessine, reste, pour l’instant, dans la semaine du prêt-à-porter et sait étonner avec des choix audacieux, comme une collection composée de plus de cinquante nuances de gris, ou, cet autre hommage à toutes les déclinaisons possibles d’une couleur de passion, le rouge. La présentation du printemps-été 2020 fut l’occasion de fêter les dix ans d’un accessoire qui lui tient à cœur, le modèle Ai, au pliage trapèze, un objet auquel il a réfléchi longtemps, et qui réunit, de par sa construction et sa composition, les fondamentaux de la maison.

Le sac accompagna de nombreux passages de ce défilé dont la luminosité fut le maître mot. La collection, en effet, est inspirée cette fois par les pastels lumineux de l’artiste peintre Antonio Calderara. Et les tissus traduisent ses peintures, la lumière spectaculaire se reflète dans les paillettes irisées, les tissus scintillants des ensembles pantalons fluides rebrodés de sequins, des robes longues comme un voile de lumière, où l’accent est mis sur l’argent, synonyme d’énergie. Car si tous ses passages sont peaufinés au millimètre près, ce travail de précision n’est jamais figé dans sa perfection, il permet au contraire une créativité d’une belle audace, toujours parfaitement maîtrisée, et ne se révèle qu’à ceux qui “savent regarder”. Un modèle signé de ce créateur atypique et perfectionniste se doit d’être approché, vu de près, pour en goûter toutes les subtilités. Albert Kriemler aime à parler “d’allure tamisée” pour décrire ses créations. Un qualificatif peu employé dans le monde de la mode, sans doute pourquoi il aime s’en parer !

Par Viviane Blassel - Publié le

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