Bracelets cultes, colliers mythiques, bagues symboles… Imaginés il y a un siècle ou un an, certains bijoux ont acquis le statut de joyau indémodable, reconnaissable au premier coup d’œil. L’audace stylistique des joailliers a donné naissance à des créations devenues des classiques car elles ont bousculé en leur temps l’ordre établi du bijou, dépoussiérant ainsi les codes du milieu ultra-feutré de la place Vendôme et façonnant une vision contemporaine du précieux. Pour qu’elles restent des bijoux cultes et séduisent encore et toujours, certaines créations sont revisitées régulièrement. Elles se voient imaginées en versions XS ou XL, serties de gemmes, proposées dans des coloris inédits ou déclinées dans des variations souples.
C’est le cas du bracelet Love de Cartier, né au début des années 1970 de l’imaginaire d’Aldo Cipullo, designer pour le joaillier à New York. S’inspirant d’objets fonctionnels, il créa un jonc rigide paré de vis et se fermant avec un tournevis. Une pièce devenue depuis lors un best-seller et un symbole contemporain du lien amoureux. Love séduit également par sa facette unisexe. Quelques décennies plus tard, Cartier rend hommage à ce créateur de génie en dévoilant Love Unlimited, une collection s’enroulant autour du poignet ou du doigt comme autant de liens industriels et anticonformistes. Le nouveau bracelet est souple, parcouru de multiples maillons godronnés ponctués des vis caractéristiques de Love polies à la main. Ce bijou se veut tactile, lumineux, facile à enfiler et à retirer grâce à un système de fermoir invisible qui a fait l’objet d’un brevet.
D’une vision avant-gardiste est né Alhambra, signé Van Cleef & Arpels. L’histoire commence en 1968 avec juste un sautoir tout en or composé de plusieurs motifs de trèfle stylisés ourlés de perles. Simple et léger, donc facile à porter, il capture l’air du temps. Complètement en phase avec l’émancipation des femmes, il devient le bijou fétiche de Françoise Hardy, Grace Kelly et Romy Schneider.
Depuis plus de cinquante ans, Alhambra est la ligne la plus prisée du joaillier. Ce dessin quadrilobé porte-bonheur se décline à l’infini. Pendentifs et sautoirs arborent de un à vingt motifs. Boucles d’oreilles ou bracelets, bagues ou montres en ors jaune, blanc ou rose associent avec élégance onyx et corail peau d’ange ou turquoise, bois d’amourette, calcédoine, améthyste et diamants.
Aujourd’hui, deux nouveaux sautoirs et deux bagues réversibles en or rose, nacre blanche et nacre grise ou en or blanc, calcédoine et nacre blanche sont lancés.
« Créée en 1968, la collection Alhambra s’illustre aujourd’hui encore par sa capacité à se renouveler et à traverser les époques. Avec l’introduction de pièces transformables, elle offre des propositions esthétiques inédites, jouant sur les tailles de motifs et les matières, ainsi que sur des possibilités de porté élargies », confie Catherine Rénier, présidente et CEO de Van Cleef & Arpels.
Le savoir-faire ancestral d’un joaillier rend ses créations cultes. Imaginé par Mario Buccellati à l’aube des années 1920, l’or travaillé puise son inspiration dans les précieuses dentelles de Venise.
Bien qu’enthousiasmé par le style des périodes antiques, le fondateur n’a jamais cherché à imiter les joyaux de la Renaissance, mais plutôt à les interpréter, en les combinant avec un intérêt et une attirance pour l’art vénitien. Le métal précieux est travaillé façon “tulle” ou “nid d’abeille”, pour devenir semblable aux étoffes du même nom. Les artisans percent à la main de fines feuilles d’or, sur lesquelles le dessin est ensuite tracé. Puis, avec patience et grande dextérité, ils percent encore et encore pour obtenir le plus petit et le plus délicat des motifs, jusqu’à créer un réseau de minuscules trous polygonaux. Afin d’atteindre perfection et régularité du dessin, chaque cellule doit être retravaillée à la scie à main au moins cinq fois. Cette trame s’enrichit d’éléments en or gravé ou de pierres précieuses.
Même constat pour les joyaux Tubogas de Bvlgari. Grâce à des bandes tubulaires en métal précieux à la souplesse unique appelées Tubogas, les ateliers de Bvlgari mirent au point dès la fin des années 1930 des bijoux et des montres à la flexibilité remarquable, s’enroulant comme par magie autour du poignet ou du cou. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’approvisionnement en platine comme en diamants devenant difficile, le joaillier italien commence à privilégier l’or jaune et développe une nouvelle technique inspirée des tuyaux de gaz industriels et des échappements automobiles.
Armés de bobines de fil d’or, d’un étau, de pinces et d’une drôle de baguette, les artisans enroulent deux longs rubans d’or aux bords en relief autour d’une tige de bois, appelée aussi âme, de telle sorte qu’ils s’imbriquent et tiennent sans aucune soudure. Ensuite, la tige, qui donne le bombé au précieux tube, est retirée pour que le bijou prenne vie.
En 1948 naissent les premières montres Serpenti : des cadrans géométriques montés sur des bracelets Tubogas qui se lovent autour du poignet. Culte depuis les années 1970, l’esthétique Tubogas revient aujourd’hui au travers des références inédites comme des bracelets, des colliers forme choker tout or ou sertis de diamants ou de pierres de couleur, des bagues et des joncs.
La Maison Boucheron ne manqua pas d’audace lorsqu’elle dévoila il y a plus de vingt ans la bague Quatre, un mariage surprenant d’ors jaune, rose et blanc et de métal précieux revêtu d’un plaquage en PVD marron. Les quatre anneaux qui la composent et qui reprennent les motifs iconiques de la Maison (Godron, Ligne de diamants, Grosgrain et Clou de Paris) font de cette pièce une création graphique immédiatement identifiable. Année après année, le joaillier lui donna des formes et des aspects multiples.
Aujourd’hui, Claire Choisne, la directrice artistique de Boucheron, imagine Quatre Tube. Un tube ultra-graphique en or poli est animé par le motif iconique Quatre central faisant office de fermoir sur certaines pièces qui se présentent comme de véritables sculptures à porter sur soi.
Au fil des années, le joaillier Boucheron imagine une foule d’exquises variations de son motif Quatre.
Bouleverser les formes et les matériaux de la joaillerie fut le mantra d’Elsa Peretti lorsqu’elle imagina de nombreux bijoux pour Tiffany & Co., dont Bone.
Pensée en manchette, cette création revendique une esthétique organique et intemporelle. Sa forme fluide et sa qualité tactile rompent avec les normes traditionnelles du bijou. Le design révolutionnaire Bone est calibré au plus près des courbes du poignet gauche ou droit – une décision intentionnelle qui permet à la manchette de ne faire qu’un avec le corps.
Grâce au mélange de l’extraordinaire et de l’ordinaire, le succès de cette manchette fut immense, à tel point que le joyau rejoignit les collections permanentes du British Museum en 2009. Au cours de son histoire, le bijou fut décliné dans des proportions multiples, décoré de gouttes de pierres dures et pensé dans des variations de couleurs fortes (blanc ou noir) ou pop comme le bleu, le rouge ou le vert.
La manchette Bone se voit aujourd’hui imaginée plus volumineuse, largement ouverte par une section dévoilant la peau ou pavée de diamants, pour devenir un objet unique en son genre. Réenchantée en deux modèles de bagues façonnés en or ou en argent, elle se love aussi désormais autour des doigts des femmes comme des hommes.
Certaines Maisons puisent dans leur histoire pour imaginer des créations statutaires.
Lorsque Chanel embrassa l’univers de la joaillerie, elle fit appel aux codes chers à Mademoiselle Chanel, comme l’esthétique baroque, les perles ou le camélia, que la couturière piquait en broche en tissu sur le revers d’une veste en tweed, et le motif matelassé des sacs à main.
Sa version précieuse, baptisée Coco Crush, voit d’abord le jour avec une manchette aux volumes généreux. Par la suite, cette ligne séduit par ses contours épurés, forts et délicats, doux et quelque peu sévères à la fois.
L’or est gravé en diagonale, rappelant le célèbre dessin du cuir matelassé des sacs de la griffe. En or beige, jaune ou blanc pavé ou non de diamants, bagues, bracelets forme jonc, boucles d’oreilles et colliers viennent compléter cette famille emblématique de Chanel Joaillerie.
Avec la collection unisexe Le Damier, Louis Vuitton métamorphose en variation joaillière le motif géométrique phare de la Maison né en 1888, créé par Louis Vuitton et son fils Georges, qui imaginèrent une signature unique et reconnaissable entre toutes, permettant aux bagages Louis Vuitton de se démarquer instantanément de ceux de ses concurrents. La collection, composée de bagues, colliers, bracelets et boucles d’oreilles à pans inclinés en métal précieux et en diamants taille brillant, se décline en deux styles distincts : l’un avec deux rangées de gemmes blanches, l’autre, plus graphique, en comptant quatre. En or blanc ou jaune, la ligne s’enrichit avec des versions en or rose. Deux bagues, un bracelet, un pendentif, des boucles d’oreilles ainsi qu’un collier exclusif se prêtent ainsi à d’infinies possibilités de porté.
Les pierres sont également le point de départ de la création de bijoux novateurs. Chopard a toujours aimé les diamants en liberté. D’abord avec sa collection Happy Diamonds, dans laquelle les gemmes mobiles se déplacent librement entre deux glaces saphir. Puis avec l’intemporelle ligne Ice Cube, où chaque bijou associe élégance urbaine et modernité, avec ses cubes d’or aux facettes carrées méticuleusement façonnées comme des miroirs de glace, grâce à la technique du “poli miroir”, et intercalés de diamants. Bagues, bracelets, pendentifs disponibles en deux tailles et grandes créoles raffinées furent récemment rejoints par des déclinaisons plus précieuses. Un collier choker et un bracelet à la souplesse incroyable mélangeant la forme du cube avec l’éclat du diamant sont ainsi mis en scène dans une campagne inédite sublimée par Bella Hadid.
Bella Hadid fait rayonner la très précieuse collection Ice Cube de la Maison suisse Chopard.
Dessinée en 2005, la collection Talisman signée De Beers se distingue par le serti poinçon. Le joaillier créa une monture originale destinée à mettre en lumière les diamants bruts et taillés, les surélevant pour sublimer leur éclat. La couleur minérale des pierres est mise en valeur par le travail de l’or gris, jaune ou rose, poinçonné à la main avec irrégularité. Cette technique apporte de la profondeur au métal précieux et une brillance quasi surnaturelle aux gemmes. Nouvelle création : la médaille Locket Talisman. Disponible en édition limitée à vingt exemplaires, ce médaillon est un porte-bonheur dont l’intérieur, un disque en or poli, offre une toile vierge idéale pour une gravure. Un fermoir dissimulé révèle un compartiment secret destiné à accueillir des souvenirs précieux, avec un cadre amovible permettant de garder près de soi ce qui compte le plus.
En se lançant dans la joaillerie, Valérie Messika voulait démocratiser le port du diamant. Pour la créatrice, fille de diamantaire, cette pierre ne devait plus être réservée aux grandes occasions. Elle devait se porter au quotidien. En imaginant Move, la jeune femme a ouvert une formidable brèche dans le domaine de la joaillerie avec trois diamants fixés sur un axe qui ondulent au gré des mouvements. Pour fêter les 20 ans de sa Maison, elle réinvente aujourd’hui son icône en version XXL avec un design aux proportions encore plus affirmées. Et toutes les combinaisons sont possibles : le motif Move tout or et son diamant mobile, le halo pavé de gemmes de l’entourage… Le métal noble sublime l’éclat des diamants de chaque pièce, reconnaissable à ses larges aplats d’or poli.
Enfin, si le joaillier londonien Graff met en scène les plus belles pierres précieuses du monde, il donne toutes ses lettres de noblesse à l’or et aux diamants à travers sa collection Laurence Graff Signature. Bagues, pendentifs, créoles, pendants d’oreilles, colliers doubles et maintenant bracelets rigides unisexes sont pensés en métal précieux facetté, rappelant les pans taillés d’une gemme, et piqués de diamants.