Rencontres Designer

Bruno Moinard Le couturier des intérieurs

Peintre, designer et architecte d’intérieur avec son associée Claire Bétaille, Bruno Moinard est l’auteur de décors aux équilibres délicats. Pour des palaces – dont le Plaza Athénée, son voisin de l’avenue Montaigne, qu’il retouche depuis 2013 –, des restaurants, boutiques (dont celles de Cartier), caves, chais, vignobles… « Comme un réalisateur qui ne fait pas deux fois le même film, je ne fais pas deux fois le même projet », confie ce grand
témoin du design des années 1980.

Galerie Bruno Moinard Éditions

31 Rue Jacob, Paris, France www.brunomoinardeditions.com/
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Maître des décors sur mesure et designer mondialement connu, Bruno Moinard redevient le peintre de toujours lorsqu’il rejoint son atelier dans sa Normandie natale chaque fin de semaine. Une rétrospective est d’ailleurs consacrée à cet artiste protéiforme à Macao, ville où il vient d’achever l’hôtel Capella at Galaxy Macau, dont les balcons sont des piscines. Une destination exotique pour ce grand voyageur, qui immortalise ses escapades sur des carnets de voyage depuis 1985 (une sélection de ses croquis figure dans un ouvrage paru chez Albin Michel *). Car Bruno Moinard n’a pas seulement vécu les années 1980, il en a été l’acteur aux côtés d’Andrée Putman, chez Écart International. Ensemble, ils ont décoré les bureaux des ministres de François Mitterrand, dont celui de Jack Lang, mais aussi le Concorde, mythique avion de cette époque folle qui a vu naître et monter les stars d’aujourd’hui.

Paris Capitale fête ses 40 ans. Vous-même avez débuté en 1980 avec Andrée Putman. Qu’a apporté cette décennie au design ?

Énormément. C’était de l’archéologie, la porte ouverte aux projets les plus fous. Auparavant, on avait eu, bien sûr, de grands décorateurs, mais ça restait élitiste. Là, on venait chercher la touche Starck, la touche Wilmotte, le motif damier et le noir et blanc d’Andrée Putman. C’était plus ostentatoire, mais aussi plus réducteur, car on finissait par faire la même chose. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse, on est dans l’écoute du client, dans le sur-mesure. Je suis le couturier des lieux dans lesquels il va se sentir bien. À l’époque, on travaillait en prise directe avec les créateurs, pas avec les propriétaires des maisons comme c’est le cas maintenant. Nous avons notamment accompagné tous les grands couturiers, de Thierry Mugler – ma première boutique – à Karl Lagerfeld, dont nous avons dessiné les projets privés et professionnels chez Chloé, Chanel et Fendi pendant cinq ans. C’était une période très amusante et stimulante.

Bruno Moinard est un designer au sommet de son art depuis quarante-cinq ans.

Vos tableaux font de l’objet de nombreuses expositions. La peinture, c’est votre premier grand amour ?

C’est l’essence de mon travail, et il y a une vraie cohérence dans mes trois activités. C’est d’ailleurs avec la reproduction d’une peinture sur un tapis qu’est né Bruno Moinard Éditions en 2013. Les couleurs, abstractions, collages, assemblages… tout cela me permet d’inventer des formes, de créer des effets qui se retrouvent dans mon mobilier ou mes projets d’architecture. Et je prends autant de plaisir à créer les 16 000 m2 des Galeries Lafayette à Doha qu’à dessiner une petite gouache sur le format d’un timbre.

Comment définissez-vous votre style ?

Ma patte est celle d’un caméléon qui se fond dans le décor. Mes architectures sont différentes mais toutes reliées par des petits détails – poignées de portes ou de fenêtres en bronze, plinthes, sculptures – qui reviennent d’un chantier à l’autre. C’est aussi une architecture de mémoire. J’ai la chance de dessiner des projets faits pour ne pas se démo- der. Créer un vignoble ou une église, c’est créer un lieu de méditation, pour l’éternité. On nous confie également beaucoup d’hôtels pour notre travail sur la lumière – peu de spots, surtout des éclairages indirects – qui apporte de la chaleur, le sentiment d’être à la maison. C’est à la fois simple, intime, pas ostentatoire, on a envie de vivre dedans.

Comment travaillez-vous ?

Je suis spontané dans ma peinture comme dans mes projets. On voit un client, on a un flash, et la bonne idée naît souvent de la première sensation. Toute la difficulté est de conserver cette fraîcheur jusqu’à la fin du projet, qui peut s’étaler sur cinq ou six ans.

L’un des plus récents projets de l’Agence Moinard Bétaille : les caves de l’Hôtel de Paris-Monte Carlo à Monaco.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Sur un hôtel Dorchester à Tokyo, dans une tour de 289 mètres de haut, dont l’ouverture est prévue en 2028. Ce sera une sorte de ryokan avec les résonnances anglaises du groupe. Le Japon en particulier et l’Asie plus généralement inspirent beaucoup mes créations par leur côté immatériel, zen, brouillardeux, ce qu’on retrouve aussi sur la côte normande.

Par Florence Halimi - Publié le

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