Joanna Pera Duvocelle « J’aime me laisser surprendre »
Formée dans les meilleures agences parisiennes, elle déploie dans son studio versaillais une écriture personnelle, et multiplie les projets entre résidences privées, hôtels et restaurants, comme la terrasse du Corail au Musée d’Art Moderne de Paris et la Vinosphère à Versailles. Également initiée au design d’objet à l’Université Bauhaus, elle a créé une collection singulière de poignées et de boutons de meubles en laiton massif et envisage désormais la conception de mobilier en série.
Quel est votre parcours ?
Diplômée en 2011 de la Faculté d’Architecture d’Intérieur des Beaux-Arts de Cracovie, j’ai fait un détour, en cours de route, par le design de mode, dans la même école, afin d’explorer d’autres formes de création. En quatrième année, un échange m’a conduite à l’Université Bauhaus, à Weimar, sur des projets tournés vers le mobilier et l’objet. Cette expérience, en raison de la liberté de création qu’elle m’a offerte, m’a profondément marquée et m’a considérablement fait évoluer.
Vous avez un profil assez cosmopolite. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous installer à Paris ?
Je m’y suis installée en 2015, avec l’envie de vivre autre chose, de nouvelles aventures. J’ai commencé par un stage dans un cabinet d’architecture, puis j’ai enchaîné avec plusieurs agences d’architecture d’intérieur. Il y a une vraie identité à Paris, un style qui me parle, qui me correspond. Je m’y sens à ma place : ce sont des gestes esthétiques que je comprends et que je partage.
Comment définiriez-vous votre signature ? Y a-t-il des éléments forts qui la symbolisent ?
Je n’ai pas envie de transmettre un style qui se reproduirait à l’identique dans différents espaces, que l’on décèle ma signature derrière le projet. J’essaie d’écarter ce type d’approche pour que chaque concept reste vraiment singulier. L’idée est plutôt de penser chaque projet avec un regard neuf, en se laissant inspirer par le lieu, le concept, le contexte, le storytelling, pour créer quelque chose de totalement nouveau.
Le restaurant Red Rock BBQ, sur les hauteurs du Jebel Jais, aux Émirats arabes unis, fait partie des nombreux projets sur lesquels Joanna Pera Duvocelle a travaillé.
Travaillez-vous différemment en fonction du type de client, particuliers ou “contract”, comme les hôtels ou les restaurants ?
Oui, c’est totalement différent. Un particulier n’a pas les mêmes besoins qu’un groupe hôtelier ou de restauration, pour qui on va oser davantage, porté par un concept fort, affirmé, de caractère. Pour un particulier, tout se joue sur ses besoins, ses habitudes, son mode de vie, ses goûts, sa personnalité… C’est ce qui façonne le résultat final. Ses préférences ne s’expriment pas de la même manière.
Parlons de la terrasse du restaurant Corail, au Musée d’Art Moderne de Paris. Comment avez-vous travaillé sur ce projet ?
C’était un projet complexe : entre les attentes de notre client – Moma Group à l’époque, aujourd’hui Butler Collection – et les exigences des Monuments Nationaux, qui n’étaient pas toujours alignées, nous avons dû composer. Nos concepts initiaux tournaient davantage autour de l’art contemporain du XXIe siècle ; la terrasse, finalement, reste sobre et neutre, comme un compromis entre les deux visions. L’idée consistait aussi à créer un havre méditerranéen en plein Paris, une métaphore du restaurant en bord de plage – ici en bord de Seine, avec la tour Eiffel en majesté, comme un phare dans la ville. L’agencement et les assises ont été pensés pour que le plus grand nombre en profite.
La terrasse du restaurant Corail, un « havre méditerranéen en plein Paris ».
Vous avez créé la collection Les Pépites, des boutons et poignées de meubles en laiton massif, comme des bijoux d’intérieur. Envisagez-vous une collection de mobilier ?
Je ne trouvais pas dans les catalogues d’éléments assez forts pour habiller les meubles de mes projets. Je les ai donc dessinés et fait fabriquer par des ateliers spécialisés. C’est ainsi qu’est née la collection de poignées et boutons Les Pépites. Le mobilier en série est la suite naturelle de cette démarche. Je viens de débuter une collaboration avec une marque portugaise pour un tabouret de bar, qui a d’abord été conçu pour le projet Corail, et qui va intégrer son catalogue. Nous venons aussi de signer pour une série de meubles d’extérieur et de salon, qui sera visible l’année prochaine.
Bureaux, hôtels, restaurants, lieux de vie, design d’objet… Tout vous intéresse ?
Oui, j’aime beaucoup cette dynamique, que les sujets changent, que les exigences et les demandes varient. C’est ce qui rend le métier intéressant. Et je ne me fixe pas d’objectifs à très long terme : je saisis les opportunités qui se présentent et je me laisse surprendre.
La Vinosphère, une cave à vin avec un bar à dégustation situé à Versailles.
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