Rencontres Designer

Anthony Guerrée « Mon style évolue projet après projet »

Diplômé de l’École Boulle, où il enseigne aujourd’hui, Anthony Guerrée a travaillé au Studio Andrée Putman puis dans celui de Christophe Delcourt avant de fonder sa propre agence et de développer ses collections d’objets et de mobilier. Normand devenu Parisien d’adoption, il cultive l’art des projets manifestes et narratifs, comme les “Assises du Temps Perdu”, dédiées aux personnages du chef-d’œuvre proustien et à leurs singularités. En début d’année, il présentait l’exposition “Symposion” avec Les Marbreries de la Seine à Paris, autour de sept blocs de marbre d’Arabescato Fantastico transformés en un mobilier spectaculaire comme jailli de la roche. Il investit aujourd’hui le Musée Bourdelle avec l’exposition “Contrepoint”, à l’occasion de la Paris Design Week et des Journées du Patrimoine.

Exposition “Contrepoint” au Musée Bourdelle

18 Rue Antoine Bourdelle, Paris, France anthony-guerree.com/en/
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Vous présentez l’exposition “Contrepoint” au Musée Bourdelle. Qu’allons-nous y découvrir ?

Un dialogue entre le design, la sculpture et les savoir-faire qui interviennent dans la démarche créative. L’exposition célèbre l’aventure collective avec les artisans derrière l’objet, l’importance des outils, des moules, des prototypes. Dans l’atelier de sculpture et les jardins, mes dernières créations en terre cuite réalisées pour Fornace Brioni se confrontent ainsi à leurs matrices et à la terre dont elles sont issues. De l’empreinte à l’objet accompli, ce parcours fait écho à la philosophie du musée, où chaque élément – des études en plâtre de Bourdelle aux socles, au mobilier et à la patine du temps – participe à l’œuvre.

Hormis ces pièces commercialisées en septembre, toutes les créations présentées ont été réalisées spécialement pour l’exposition. Comment avez-vous travaillé ?

Ce projet a été conçu pour le musée, et nourri par une longue immersion dans l’œuvre de Bourdelle. À partir de ses sculptures, de leurs mouvements, contours et tensions, j’ai composé un répertoire de formes qui irrigue l’ensemble de l’exposition. Les quatre paravents en vitrail du hall des plâtres, réalisés avec la vitrailliste Sophie Toporkoff et le menuisier Meilleur Ouvrier de France Louis Monier, en sont l’une des expressions. Leurs formes organiques évoquent moins les sculptures elles-mêmes que la perception que j’en ai. Dans l’atelier de peinture, un textile développé avec les Tissages de Charlieu, inspiré dans ses motifs par le même vocabulaire formel, habille la méridienne Orbe créée pour La Chance.

La table Figures, en chêne teinté noyé et terre chamottée ivoire, a intégré les collections permanentes du Mobilier National en 2024.

Vous avez une histoire personnelle avec ce musée ?

Depuis que je vis à Paris, c’est un des lieux que je préfère, pour sa manière de présenter la sculpture, telle que Bourdelle lui-même la définissait : « Du dessin dans tous les sens. » Cette idée de tourner autour des choses pour les voir sous tous leurs angles m’a marqué durant mes études à l’École Boulle. C’est ainsi que j’ai voulu dessiner les objets, qu’il s’agisse d’une tasse ou d’une chaise. Et, au-delà de la sculpture elle-même, c’est toute la programmation du Musée Bourdelle qui invite à regarder les œuvres sous toutes leurs formes.

Y a-t-il une patte particulière chez Anthony Guerrée ?

Formellement, mon style est difficile à définir, car il évolue et se construit projet après projet. Cette année, deux étapes m’ont ouvert des terrains d’expression inédits. D’abord l’exposition “Symposion”, un travail sur des blocs bruts des Marbreries de la Seine – les derniers issus du chantier du Crillon, notamment des salles de bains conçues par Karl Lagerfeld et Aline Asmar d’Amman – qui m’a libéré et permis d’assumer la rugosité de la pierre, de laisser parfois les choses inachevées. Puis cette exposition consacrée à Bourdelle, qui, en me plongeant dans sa sculpture, élargit encore mon vocabulaire vers des formes plus organiques, plus libres, et m’éloigne un peu plus de la géométrie.

Exposées au Musée Bourdelle, les céramiques créées pour Fornace Brioni.

Quels sont vos projets ?

Je suis à l’aise avec l’échelle du corps, du geste, des objets et du mobilier. Mais j’aime aussi penser des ensembles et nouer des collaborations qui dépassent le mobilier, vers d’autres typologies de produits – carreaux muraux, papiers peints, poignées de porte… Travailler à différentes échelles m’intéresse. J’ai aussi des projets d’édition pour janvier 2027 : une collection de tapis avec Toulemonde Bochart, et des assises avec Pierre Frey, qui réinterprètent la chaise médaillon. Des artistes seront invités à investir le textile – de face, de dos, sur les côtés — pour raconter des histoires. C’est encore une autre façon de penser la pièce dans toutes ses dimensions.

  • Jusqu’au 27 septembre

Avec ses paravents en vitrail et bois, le designer se fait sculpteur de lumière.

À la croisée de l’art et de la sculpture, la méridienne Symposion, l’une des pièces créées avec Les Marbreries de la Seine.

Par Florence Halimi - Publié le

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