Alain Ellouz « En façonnant l’albâtre, j’ai découvert sa nature profonde »
L’albâtre, ce gypse longtemps surexploité par l’industrie, a conquis ses lettres de noblesse grâce à un artiste autodidacte, entrepreneur à succès dans l’informatique, qui a rencontré la sculpture et un matériau dans une forme de coup de foudre.
C’est dans l’albâtre qu’il a trouvé son Graal, en allant chercher dans ses profondeurs sa transparence, ses nuances et ses paysages marbrés. Avec son équipe de cinquante personnes, sculpteurs, designers, ébénistes, il se consacre depuis vingt ans à cette passion minérale en créant des luminaires qui repoussent les limites de la matière dans une quête perpétuelle d’innovation.
Présentes dans ses showrooms à Paris et New York, ses pièces équipent demeures privées, boutiques de luxe, restaurants et palaces à travers le monde. Parmi ses réalisations emblématiques figurent le luminaire Infinity, qui se déploie selon l’envie dans des arabesques sans fin (la collection a reçu le premier prix aux New York Design Awards), mais aussi des bars monumentaux, plafonds opalescents et murs rétroéclairés, comme celui qui auréole depuis peu le lobby du cinéma Le Grand Rex. En 2022, il lance la Fondation Alain Ellouz pour l’Albâtre, qui lui permet d’initier des interactions artistiques avec d’autres créateurs, et de donner naissance à du mobilier hybride, réuni dans la collection Extra.ordinary Designs. Son odyssée minérale est retracée dans le livre Albâtre. Les Infinis Paysages d’Alain Ellouz (éditions La Martinière).
Comment est née votre passion pour l’albâtre ?
En 1997, j’ai eu l’occasion de m’initier à la sculpture, plus précisément à la taille directe dans le bloc de pierre. Cette pratique est aussi une philosophie : contrairement au modelage, elle ne laisse aucune place à l’erreur. J’aime la technique, les choses complexes, singulières et novatrices, et l’albâtre représente à ce titre un véritable défi. Sa fragilité – comparable à celle de la craie en termes de dureté – le rend particulièrement délicat à travailler. Terne lorsqu’il est extrait, l’albâtre se révèle peu à peu, au fil d’un long et minutieux travail de ponçage. Apparaissent alors sa brillance, sa beauté cachée et sa translucidité. En le façonnant, je suis allé chercher sa nature profonde. Mais c’est en plaçant une lumière à l’intérieur que j’ai vu surgir l’incroyable. Je dis souvent que l’albâtre sans lumière, c’est un monde sans musique : il lui faut de la lumière pour donner toute sa mesure.
Qu’avez-vous apporté à cette pierre, en termes de savoir-faire, d’innovations, de création ?
J’ai contribué à la valoriser. C’est aujourd’hui une matière précieuse, et, du point de vue géologique et écologique, c’est déjà une réussite. Cela a permis de créer toute une chaîne industrielle et artisanale pour la transformer en objet d’art. Nous avons travaillé techniquement avec mon équipe pour la rendre solide – l’albâtre ne supporte pas le moindre choc – en développant des traitements très particuliers, plus ou moins intensifiés selon l’usage, pour stopper l’évolution de la molécule dans un premier temps – c’est une pierre vivante, qui bouge dans le temps – puis pour protéger la surface. Aujourd’hui, je fais des sols plus durs que le granit et aussi imperméables que le verre.
Vous allez plus loin avec la Collection Extra.ordinary Designs, qui fusionne les savoir-faire dans du mobilier : canapés, tentures, tapis…
Mon travail se nourrit de rencontres et de collaborations avec des artistes et des créateurs, comme avec l’atelier Danneels + Zafiro sur la collection Incandescence en bois brûlé et albâtre, avec Ana Moussinet sur Umami – issue d’un travail pour le Ritz-Carlton – ou encore avec Jean-Marc Mouchet, qui prépare une magnifique série. La ligne Extra.ordinary va plus loin et répond à mon besoin d’aller contre les habitudes, d’explorer et d’étudier tout le potentiel de l’albâtre, mais aussi d’intégrer le geste artistique au mobilier. Les nouvelles pièces de la collection, que vous découvrirez en septembre, sont révolutionnaires de ce point de vue.
Quelles sont les réalisations dont vous êtes le plus fier ?
Ce que j’ai déjà fait ne me passionne pas, je suis toujours tendu vers l’après. Je reste un entrepreneur, qui essaie de se poser les bonnes questions. Qu’apporte-t-on dans le monde qui n’existe pas, qui fait que, si vous n’étiez pas là, il ne serait peut-être pas le même ? Les chemins inexplorés sont ma seule boussole.
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