Reconnu pour son travail architectural sur les bureaux de prestige, Vincent Eschalier a signé le siège parisien de Snapchat.
Vincent Eschalier : « La force de nos pièces vient du matériau plus que du dessin »
Maîtrisant toutes les échelles, il additionne les talents et les savoir-faire pour livrer des projets clés en main, de la conception ou de la rénovation du bâti aux aménagements et à la décoration d’intérieur. En tant qu’architecte, il redessine Paris, perche des maisons sur des immeubles d’habitation, crée les bureaux-palaces du groupe Gustave Collection et les sièges sociaux de grandes maisons dans des édifices qui se réinventent sur l’existant, en recyclant les matériaux trouvés sur place et en les réaffectant à d’autres usages, notamment décoratifs. Cette culture du réemploi a mené Vincent Eschalier à lancer MVE, sa marque de design et d’aménagement intérieur, avec le designer Mattéo Lécuru, dont les créations sont directement issues des « déchets » de son travail architectural. Avec une pièce fondatrice, la poignée de porte AL13 378, en aluminium recyclé, récompensée par un Frame Award.
Votre agence d’architecture est connue pour sa culture du réemploi des matériaux…
Valoriser le squelette d’un bâtiment – pour le garder apparent dans l’architecture et l’aménagement intérieur – et conserver au maximum tout ce qui est qualitatif me paraît essentiel. On évite d’apporter des matériaux qui viennent du bout du monde, en réutilisant ceux que l’on a récupérés sur nos chantiers, comme l’aluminium des fenêtres, transformé et réinjecté dans le projet sous d’autres formes, en luminaires, tables, poignées de porte…
C’est cette philosophie qui vous a conduit à lancer la marque MVE en 2023, en créant la poignée AL13 378 ?
À l’agence, on s’est aperçus que l’on posait entre 2 500 et 3 000 poignées tous les ans. D’un côté, on avait des déchets d’aluminium, et, de l’autre, un usage intensif de poignées. Finalement, c’est assez simple et logique : on a corrélé nos besoins avec nos rebuts, pour créer les collections de MVE.
Le matériau détermine souvent la forme de votre mobilier. Quel est celui que vous explorez aujourd’hui ?
Le pavé parisien, dont plusieurs tonnes sont récupérées chaque année. On développe des prototypes en fonction de ses typologies, car il varie dans ses formes selon les époques. La force de nos pièces vient de la matérialité plus que du dessin. C’est typiquement le cas sur notre série de tables et bancs en briques, cuites au feu de bois, aux teintes nuancées. Elles ont une histoire séculaire, et, à travers nos meubles, encore quelques décennies devant elles. On garde l’essence de la matière, on met en valeur sa géométrie, ses défauts et qualités, sans fard. Qu’elles soient en brique, en béton ou en aluminium, nos collections vont bien vieillir, embellir, parce que la matière va s’user et se patiner. Ça fait partie du charme de ces objets.
Le café-restaurant audiophile du Social Sports Club La Montgolfière Lamarck, un lieu idéal pour le réconfort après l’effort.
Parmi vos derniers projets grand public, vous avez réalisé le Social Sports Club La Montgolfière à Montmartre. Comment avez-vous travaillé ?
Notre rôle était global, sur l’architecture, l’architecture d’intérieur et tout le FF&E [Fixture, Furniture & Equipements ndlr]. Nous avons mêlé des matériaux nobles et de réemploi dans un immeuble atypique en béton et métal – une ancienne imprimerie – quasiment à 100 % vitré en façade. En détruisant l’un des trois bâtiments, en très mauvais état, on a pu créer un patio qui donne sur un parc, faire entrer de la lumière, libérer de l’espace. Le résultat est ce lieu hybride dédié aux sports, avec des espaces de travail, un restaurant et un café audiophile aux allures japonisantes.
Il y a aussi la rénovation du Théâtre Daunou, un bijou Art déco habillé de bleu et d’or par Jeanne Lanvin, dont on attend la réouverture prochaine. Quel a été votre apport sur ce projet ?
Les architectes du patrimoine ont travaillé sur la partie classée du théâtre, et nous, sur l’amélioration des aspects techniques et réglementaires, comme l’accessibilité, le passage total en LED, le désenfumage… tout ce qui touche à l’accueil, au confort, à l’efficacité de l’outil de travail pour les artistes et le public. Nous avons également créé une grande partie des fauteuils – seuls 80 fauteuils d’origine ont pu être restaurés – dans le fameux bleu Lanvin.
Que cherchent vos clients en faisant appel à vous ?
Ils savent qu’on n’a pas de réflexes conditionnés ; on va penser l’immeuble selon le contexte, créer un bijou sur mesure. Il n’y a pas un langage récurrent dans nos projets, on essaie de surprendre par nos dessins et les matières utilisées.
Brique, béton, aluminium… Les collections de MVE assument leur matière.
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