Dorothée Boissier " On aime cette pâte qu'est la décoration "
Depuis leur bureau d’études de 40 personnes, ils livrent des décors où tout est équilibre, volumes, proportions, matières, lumières… Avenue Montaigne, leur Showroom-Appartement –Eedécoré à chaque saison comme un lieu habité par le couple – présente actuellement la collection Réfractions. Carafes, vases, bougeoirs en métal argenté et en verre y sont sublimés par des jeux de miroirs et de lumières.
Que recherchent vos clients, qu’est ce qui les séduit dans votre travail ?
Ce qu’ils recherchent, je crois, c’est une signature très personnelle, une sincérité loin des effets de mode et sans compromis. Quelle que soit la typologie du projet, la réponse doit être forte et la vision partagée. Depuis 20 ans, un chemin s’est dessiné, constant : faire des projets qui durent, qui aient du sens, respectueux du lieu, arrimés à leur environnement.
Comment définissez-vous votre style ?
Notre travail est ancré dans des principes fondamentaux d’architecture classique. Quand vous vous attachez à des éléments classiques, vous racontez un héritage. Vous enracinez la personne dans son histoire et le projet dans une durabilité esthétique. Vous pouvez vous permettre, après, de créer des choses étonnantes à l’intérieur de ça.
Comment votre tandem fonctionne-t-il ?
Tout commence par les plans, pour visualiser l’espace. Puis on discute longuement, on s’imagine dans les lieux, nourris par nos références communes : un film, un tableau, une couleur, une ambiance. Comme au théâtre ou à l’opéra, on se glisse dans la peau de celui qui va y vivre : la façon dont il entre, s’assoit, se meut, prend la lumière. C’est ainsi qu’on se projette, en tenant compte de la personnalité du client qui nous donne à inventer son décor. Puis vient la visualisation. Et c’est Patrick qui a la main artistique sur les projets.
Au Mandarin Oriental Marrakech, Gilles & Boissier réinterprète l’esprit du riad à travers une esthétique beldi contemporaine.
Vous êtes très sollicités à l’étranger…
On aime cette espèce de pâte qu’est la décoration, se confronter à d’autres cultures, histoires, façons de travailler, s’entourer des métiers d’art et des savoir-faire locaux. Par exemple, pour le Mandarin Oriental à Marrakech, on a travaillé autour de l’architecture marocaine rustique. On s’est inspiré des matériaux traditionnels, de la manière dont ils étaient mis en œuvre avant de les retravailler. On aime partir d’un ADN qui existe.
Les boutiques Montcler, que vous réalisez partout dans le monde, sont intéressantes de ce point de vue, puisqu’on y retrouve vos codes graphiques adaptés à l’esprit de la ville.
C’est une marque qu’on adore, pour laquelle on travaille depuis 20 ans avec le propriétaire Remo Ruffini, et qui se réinvente de boutique en boutique. À Vienne ou à New York, vous retrouverez des bois noirs avec de l’inox, à Paris, des murs de boiseries en chêne brossé, tandis qu’à Londres, la boutique de New Bond Street reflète l’extravagance britannique mâtinée de codes classiques. En septembre, nous ouvrons un très grand flagship sur la 5e Avenue à New-York, qui exprimera encore autre chose.
Sur quels projets travaillez-vous ?
Nous avons une trentaine de projets en cours, à des stades variés. Parmi eux, La Réserve à Florence, qui ouvrira en novembre dans un palais historique. Plutôt que de dénaturer les lieux pour y loger un maximum de chambres, on a choisi – avec les propriétaires, des Florentins passionnés d’art qui vivront l’hôtel comme une seconde maison – de préserver les volumes d’origine et ses jolis vestiges pour en faire quelques grands appartements.
Sur les Champs-Élysées, Moncler a ouvert son plus grand flagship au monde… imaginé par Gilles & Boissier.
Parallèlement, nous travaillons sur un Mandarin Oriental à Rome, sur un Cheval Blanc en Sardaigne, un second Dorchester à Dubaï dans un bâtiment de Zaha Hadid, et de belles résidences privées à Paris.
Vous créez également vos collections d’objets et de mobilier.
Dès le début, nous avons voulu que le mobilier fasse partie intégrante de notre travail, et nous dessinons tous les objets. Nous avons la chance de pouvoir les présenter en situation dans notre Appartement-showroom avenue Montaigne, scénographié comme un véritable appartement parisien, avec meubles, objets et œuvres d’art, renouvelés régulièrement. Nous venons de lancer le même concept à New York, dans un appartement de 300 m². Nos créations y trouvent tout leur sens et leur force. C’est dans leur contexte qu’on les comprend vraiment.
Lobby du Four Seasons Mallorca, Cape Formentor, Espagne.
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