Jean-Michel Wilmotte La pierre en signature
À travers sa démarche architecturale, Jean-Michel Wilmotte souhaite «proposer des interventions contemporaines qui dialoguent avec l’existant, en respectant l’histoire et l’identité de chaque site ».
Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots l’idée fondatrice de la collection Rockstone et l’usage auquel vous l’avez destinée ?
L’idée fondatrice de Rockstone est de redonner vie aux pierres abandonnées des carrières, en exploitant leurs veines, leurs fractures et toutes leurs caractéristiques naturelles. Je voulais mettre en dialogue la force minérale du marbre avec la finesse de l’acier et la pureté du verre pour créer des objets et du mobilier uniques. La collection Rockstone est destinée principalement à des usages décoratifs et fonctionnels : tables, consoles, tabourets, qui conjuguent authenticité et élégance.
Quels matériaux avez-vous choisis pour Rockstone, et quelles décisions d’écoconception avez-vous prises ?
La démarche d’écoconception repose sur la réutilisation de pierres destinées au rebut, leur offrant ainsi une seconde vie, fondée sur leur longévité naturelle et leur caractère intemporel.
Comment votre travail de designer (mobilier, luminaires) nourrit-il vos grandes réalisations (stades, musées, hôtels), et vice versa ? Existe-t-il des règles de conception communes que vous appliquez à toutes les échelles ?
Que ce soit en matière de design ou en matière d’architecture, je poursuis la même recherche : une attention soutenue aux choix des matériaux, à la qualité de la lumière et à la justesse des proportions. Le design, par son échelle, nous impose une exigence sur la qualité des détails : il s’agit là d’un point commun avec le travail d’architecture, dans lequel le détail est souvent garant de la qualité architecturale.
L’exposition “Rockstone by Wilmotte”, à la Galerie Dutko.
Parmi vos interventions à Paris, quelles réalisations vous tiennent particulièrement à cœur ?
Deux projets me tiennent particulièrement à cœur : la Galerie des Cinq Continents au Louvre et le Centre Spirituel et Culturel Orthodoxe Russe. Le premier m’a permis de repenser des espaces historiques pour accueillir des œuvres du monde entier dans une lecture contemporaine et lumineuse, tout en respectant le bâtiment d’origine. Le second représente un défi différent : créer un ensemble cohérent mêlant cathédrale, espaces culturels et éducatifs, où les volumes et matériaux modernes s’intègrent harmonieusement dans le contexte historique parisien. Ces deux projets reflètent ma démarche : proposer des interventions contemporaines qui dialoguent avec l’existant, en respectant l’histoire et l’identité de chaque site.
Le dessin reste-t-il au centre de votre démarche ?
Oui, toujours : le dessin est au cœur de ma démarche. Je commence de manière quasi systématique par des croquis à la main, souvent sur calque, qui me permettent d’explorer librement plusieurs idées, de superposer les différentes pistes et de faire évoluer le projet sans le figer. Le calque est un outil précieux, car il offre une grande souplesse : on peut corriger, affiner, déplacer une ligne, tester plusieurs variantes tout en conservant la mémoire des étapes précédentes. Les outils numériques interviennent ensuite pour développer et préciser le projet, en validant les dimensions, les assemblages et la faisabilité technique. Mais le croquis reste toujours la base du travail : il porte l’intuition initiale et accompagne le projet jusqu’à sa réalisation.
Quel effet souhaitez-vous provoquer chez les usagers, et comment mesurez-vous la réussite d’un projet ?
Je souhaite sensibiliser l’usager à la “sacralité” de la matière naturelle brute par sa capacité d’expression propre à nous émouvoir.
Le Centre Spirituel et Culturel Orthodoxe Russe, dans le 7e arrondissement.
La Galerie des Cinq Continents, au Musée du Louvre.
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