Design

Paris, épicentre mondial du design

Du Marais à la Bastille, en passant par Saint-Germain-des-Prés et l’Opéra, la Paris Design Week dessine une cartographie inédite de la création contemporaine. Cinq parcours thématiques, 360 lieux, près de 550 créateurs et designers venus de 23 pays… Cette édition offre un panorama foisonnant et inspiré de la création internationale.

Le “collectible design” fait l’objet d’une section dédiée lors de cette édition. On y retrouve les miroirs-sculptures en aluminium de Vincent Dubourg, présentés à la Galerie Scène Ouverte.

Julien Sebban, fondateur du studio pluridisciplinaire Uchronia, installe Le Grand Bouquet, une œuvre spectaculaire entre architecture, design et expérience immersive dans la Rotonde d’Antin au Grand Palais.

Nous sommes septembre, comme le chantait Romy Schneider, et Paris s’éveille au design et se mue en un vaste terrain de jeu où professionnels aguerris et curieux se mélangent et partagent la même passion.

La grande fête du design reprend ses quartiers dans la capitale, comme une célébration éclatante d’un été finissant.

Dix jours de festival qui, de boutiques en galeries, d’écoles en lieux patrimoniaux, d’expositions en installations et de débats en conférences, présentent les nouveautés de la saison tout en nous invitant à réfléchir sur la place du design dans une société de consommation à court de ressources.

 

 

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exposition la matiere de la terre fondation visteria institut polonais paris design week

La scène créative polonaise se révèle dans l’exposition “La Matière de la Terre” pour la Fondation Visteria à l’Institut Polonais de Paris.

Faire mieux avec moins

C’est précisément sur cette thématique – “D comme Design, D comme Défi” – que France Design Week, qui se tient parallèlement dans toute la France, présentera le 18 septembre, à l’occasion de son inauguration à Paris, les 14 lauréats ainsi que les 40 projets sélectionnés pour le Prix France Design Impact Award, par un jury présidé par Ionna Vautrin. Des projets made in France (que l’on pourra découvrir jusqu’au 30 septembre) qui démontrent leur capacité à répondre aux grands enjeux contemporains, à impacter de manière positive nos modes de vie et à s’inscrire dans un avenir durable.

L’exposition “Multiples” (jusqu’au 3 octobre), présentée à la Galerie des Ateliers de Paris, dans le quartier de la Bastille, met aussi l’accent sur ces enjeux en s’interrogeant sur l’objet sériel. Quand les pères fondateurs du design pensaient la série comme l’opportunité de démocratiser le beau, les créateurs d’aujourd’hui la réinventent à l’aune des défis du XXIe siècle. Une quinzaine de designers – parmi lesquels Lucien Icard et Kevin Lebouvier (Klaes Studio), curateurs de l’exposition, Jules Levasseur, Studio Poirier Bailay ou Unknown, Untitled – ont travaillé autour de l’idée de faire mieux avec moins, expérimentant détournements de savoir-faire, autoproduction, circuits courts, personnalisation, pour aligner la production d’objets avec la limitation des ressources et le respect du vivant.

Focus sur les jeunes talents

Depuis plusieurs éditions, Paris Design Week Factory met le focus sur la création émergente, qui trouve son terrain de jeu dans le Haut Marais, avec une internationale de jeunes talents répartis entre l’Espace Commines et les Galeries Joseph. Jean-Baptiste Durand et Simon Geringer, concepteurs de l’exposition, ont pensé l’une de leurs scénographies à la manière d’un studio photo pour mettre en lumière les créateurs qui dessinent l’objet de demain en faisant cohabiter esthétique, innovation et savoir-faire.

Dans le 7e arrondissement, la designer Emma Donnersberg présente ses créations sculpturales, dont sa collection Ribbon.

Paris, capitale sans frontières

La Paris Design Week est aussi une scène ouverte à tous les designs du monde. Le Japon est mis à l’honneur au Bon Marché, la Chine, au 10, rue de Turenne, l’Arabie saoudite, à la Fondation Lafayette Anticipations, tandis que les instituts culturels polonais et suédois, ainsi que la Maison du Danemark, révèlent les pièces les plus pointues de leurs compatriotes. République tchèque, Finlande, Mexique, Guatemala, Ouzbékistan et Kazakhstan viennent compléter le tableau, avec, en point d’orgue, le Prix du Design de l’Institut du Monde Arabe et l’exposition des projets finalistes : une nouvelle génération de créateurs issus du Maghreb, du Proche-Orient et du Moyen-Orient y est révélée à travers des projets innovants qui réinventent savoir-faire, matériaux et art de vivre (jusqu’au 13 septembre).

Des œuvres d’art fonctionnelles

Le “collectible design” – qui désigne des pièces à michemin entre l’art et le mobilier, uniques ou en série très limitée – se voit consacrer un parcours à part entière. Carpenters Workshop Gallery, la plus internationale des galeries parisiennes et pionnière du genre, y a réuni des pièces d’exception où l’expérimentation le dispute au savoir-faire le plus exigeant. La Galerie Scène Ouverte, qui célèbre cette année ses 10 ans, dévoile pour l’occasion des œuvres inédites signées par ses créateurs fétiches : les miroirs-sculptures en aluminium de Vincent Dubourg côtoient notamment les tapisseries brodées de KRJST Studio. À la galerie BSL, l’exposition “Fréquences organiques” donne à voir les formes biomorphiques de la série Sea Anemone de Pia Maria Raeder et les assises Archeologia du Zbeul Studio, tandis que le studio MVE, porté par Vincent Eschalier et Mattéo Lécuru, présente un mobilier sculptural né de la culture du réemploi, en acier, brique et bois récupérés sur les chantiers.

Cassina dévoile sa nouvelle collection, dont les canapés modulaires Ardys, signés Patricia Urquiola.

La Re-prise de la Bastille, une installation monumentale du Studio 5.5 conçue avec des vêtements recyclés autour de la Colonne de Juillet.

Des cours en grand

La section “Design sur cour” compte parmi les préférées du grand public, qui déambule dans le décor historique de la capitale et découvre sous un jour nouveau des lieux patrimoniaux où architecture, design et scénographie se fondent en un bel ensemble – comme au Musée Bourdelle, qui accueille Anthony Guerrée. Cette édition nous mène de la Colonne de Juillet, place de la Bastille, transfigurée par Studio 5.5 grâce à une matière première inépuisable – les vêtements usagés issus de la filière de collecte de Refashion –, jusqu’à l’Arc de Triomphe, où Jérémy Pradier-Jeauneau signe une scénographie immersive, intitulée La Tempête, révélant le monument autrement, de la base au sommet. À la Rotonde d’Antin, au Grand Palais, Julien Sebban et le collectif Uchronia se sont laissé inspirer par les motifs floraux historiques du lieu pour planter le décor avec Le Grand Bouquet, une œuvre collective mêlant de nombreux savoir-faire. L’ébéniste irlandais Joseph Walsh investit pour sa part l’orangerie, les jardins et la cour d’honneur de l’Hôtel de Sully,

confrontant les formes libres de ses sculptures en frêne à la géométrie minérale et végétale des lieux, tandis que Pierre Renart, autre prodige de l’ébénisterie, dévoile sa monumentale Arabesque pour Maison Parisienne dans les jardins de l’Hôtel de Rohan. Johanna de Clisson, quant à elle, investit ceux de l’Hôtel de Soubise avec ses jardinières- sculptures en grès blanc évoquant les codes du jardin à la française. Enfin, l’Hôtel de la Marine est le théâtre de multiples étonnements. Dans la Cour de l’Intendant, Antoine Tauvel (studio Maison Lacmé) expose Astre Mobile, une Méhari transparente métamorphosée en “œuvre d’art totale” avec la complicité de douze artisans d’art qui l’ont ornée de cuir, porcelaine, bois flotté, laque urushi, onyx blanc, marqueterie de plume… Et, dans les salons d’apparat, l’exposition “Hanjimania” ouvre un dialogue créatif entre la France et la Corée autour du papier hanji, en passe d’entrer au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco : Studio KO, Pierre Yovanovitch, Aline Asmar d’Amman, Constance Guisset, Jérémy Pradier-Jeauneau et Harry Nuriev y célèbrent, aux côtés d’artisans coréens, les 140 ans d’amitié entre les deux nations.

L’Astre Mobile d’Antoine Tauvel, cofondateur de Maison Lacmé, revisite l’esprit des art cars.

Carpenters Workshop Gallery présente les sculptures lumineuses Komorebi de A+A Cooren, une évocation poétique des jeux de lumière dans les feuillages.

Paris Design Week: 

Par Florence Halimi - Publié le

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