Interview

Valentine Colasante, nouvelle étoile de l’Opéra

La danseuse du Ballet de l'Opéra de Paris, tout juste nommée étoile à la suite d'une représentation de Don Quichotte le 5 janvier à l'Opéra Bastille, se livre sur ses passions. Un entretien plein de fraîcheur, à son image.

Vous avez grandi dans une famille d’artistes. Est-ce à dire que l’on n’échappe pas à son destin ?

Mes parents ne m’ont jamais poussée à quoi que ce soit. Mon père est musicien de jazz. Ma mère, qui était danseuse, a pris soin de m’expliquer les difficultés de ce métier. Je savais que je risquais de ne pas avoir une enfance de petite fille normale. Mon trop plein d’énergie s’est, en définitive, plutôt bien accommodé de la danse. Et puis, ma sœur et mon frère ne sont pas devenus danseurs. Vous voyez, tout n’est pas écrit…

En vous voyant sur scène, on ressent le plaisir que vous prenez à danser.

Parce que c’est vrai ! Mon professeur Max Bozzoni voulait avant tout que je m’amuse, il me disait que je ne devais pas avoir peur de tomber et de reprendre un mouvement, de ne pas me bloquer à cause des difficultés techniques aussi. Il était vigilant à conserver l’authenticité de ses élèves. De cet apprentissage, j’ai gardé la part de plaisir à danser.

Mais l’école de danse de l’Opéra, que vous intégrez en 1998, c’est aussi une école de l’excellence, voire de la compétition, non ?

Je suis d’une génération où il n’y avait pas ce genre d’esprit car à mon époque chaque danseuse passait dans la classe supérieure. La peur du renvoi de l’école n’était pas mon moteur ! Mais il y a des examens de fin d’année, on peut voir cela comme une sorte de compétition. J’ai donc fait avec mes défauts, mon envie.

N’avez-vous pas de regrets liés à cette enfance entièrement occupée par la danse ?

On a toujours, même jeune, des moments de doute où l’on se demande si on pourrait concilier son art avec une autre passion. Mais je sais que je ne peux pas passer une journée sans danser.

L’Opéra de Paris, le voyez-vous comme un cocon protecteur ?

Je me sens bien ici, j’y ai grandi en quelque sorte. Le palais Garnier est comme ma seconde maison. Mon père, en plaisantant, me disait que l’école de danse était un peu une prison dorée. Mais cette idée de l’Opéra comme un cocon me parle assez. De plus, j’ai connu trois directeurs de la danse – Brigitte Lefèvre, Benjamin Millepied et aujourd’hui Aurélie Dupont – et j’ai toujours pu communiquer avec eux. Disons simplement que, si cette nomination n’était pas arrivée, j’aurais pu avoir un autre regard sur la maison Opéra

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Justement, qu’est-ce que cela change le fait d’être étoile, le plus haut grade de l’Opéra ?

Quand on vous nomme, vous ne dansez pas mieux pour autant ! C’est un signe de confiance et c’est énorme. J’étais Première danseuse depuis cinq ans. Et on se pose beaucoup de questions. On a envie que les portes s’ouvrent et d’avoir la responsabilité d’un personnage dans un grand ballet. Être étoile, c’est enfin avoir la possibilité d’incarner des rôles à sa manière. Une étoile ne doit ressembler à personne d’autre.

Vous avez une vraie facilité à passer du répertoire classique aux chorégraphies contemporaines.

C’est ce que j’aime à l‘Opéra de Paris où l’on passe d’un genre à l’autre. Je déteste m’ennuyer en dansant. Ces styles différents me stimulent. Je vais créer la pièce d’Hofesh Shechter au printemps. Et je rêve de danser le cygne blanc du Lac des Cygnes, montrer ainsi mes différentes facettes. Ne faire qu’un style de danse, ce ne serait pas moi. Le classique reste ma formation. Mais la danse évolue, et le public avec. Cela me convient d’être comme vous le dites une danseuse moderne dans ce sens.

Vous avez des origines italiennes. Vous sentez-vous Parisienne pour autant ?

Effectivement, mon sang est italien par mes parents (elle rit). Je suis un sacré mélange ! Mais je suis une vraie Parisienne, c’est ma culture. Je me laisse porter par les expositions ou les concerts dans la capitale. M’enrichir avec tout ce que Paris propose, c’est aussi enrichir l’artiste que je suis. J’ai parfois peu de temps pour récupérer. Mais, dans ce cas, mon énergie fait le reste : j’irais à un concert plutôt que de dormir une heure de plus !

Être étoile c’est pouvoir incarner des rôles à sa manière

Les bonnes adresses de Valentine

Les bonnes adresses de Valentine

  • Je suis fan. Pour les concerts classiques mais aussi la programmation jazz. J'ai pu entendre Natalie Dessay, il y a quelque temps, un grand moment.
  • Mes parents n'habitent pas loin alors j'en profite. Pour les expositions mais tout autant pour les rendez-vous autour de l'alimentation raisonnée. Je suis fan de La Ruche qui dit Oui.
  • On y trouve toute l'Italie ou presque. Je n'ai pas vraiment le temps de cuisiner tous les jours, mais j'y trouve des fromages, des douceurs.
  • Un lieu magique, une atmosphère à part. Et des pianistes, ce qui est de plus en plus rare. Et comment résister à leurs millefeuilles...
  • Je suis férue de décoration et j'adore ces magasins dans le Marais. Je peux craquer sur un meuble ou une plante. J'aime regarder les idées déco sur Pinterest aussi.
Par Philippe Noisette. Photos : Stéphanie Slama - Publié le

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